‹ Sir Henry RaeburnChapitre 12 sur 71 · LADY PERTH ET SA FILLE · texte numérisé non relu

LADY PERTH ET SA FILLE

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coûtait souvent plus de peine que la construction ou l'expression d'une tête ; 7° iamais il ne se servait d'appuie-main. Or ces habitudes sont justement celles des peintres français à premier coup* terme qui ne signifie pas que chaque touche donnée était définitive, mais simplement que le travail de recherche et celui d'achèvement se faisaient directement avec la couleur en une seule et même opération. Cette peinture pouvait prendre des minutes, des heures ou des semaines ; mais elle ne passait que par un seul état, s'approchant graduellement du fini grâce au modelage, au perfectionnement, à la correction du premier jet. En réalité, l'effet général était campé tout entier dès le commencement, et l'on n'y arrivait pas par des gradations de dessin, de clair-obscur, et enfin de couleur, brun, rouge ou vert. Si la recherche et le fini demandaient longtemps, ou bien on conservait la fluidité de la couleur en se servant d'huile d'œillette, ou, quand on la laissait sécher, on avait recours au grattage, au ponçage au papier de verre, à l'huilage, et à d'autres "trucs" analogues pour la raviver. Ces habitudes caractérisent non-seulement Raeburn et les Français contemporains, mais les " naturalistes " du monde entier, et, pourrait-on dire, le peintre à l'huile mis en opposition avec le dessinateur, — les artistes qui cherchent et trouvent la forme par la masse, le modelé intérieur, la tache, la gradation de la lumière, opposés à ceux qui imaginent et construisent avec des lignes conventionnelles.

Je ne veux point déprécier ni le travail conventionnel ni le travail décoratif. Les dessins à la pointe, par exemple, peuvent se classer parmi les plus belles oeuvres d'art. Prendre comme moyen d'expression la ligne à la pointe sèche, c'est faire l'usage le plus direct, le plus naturel, le plus beau et le plus légitime de l'instrument intermédiaire. Toutefois rendre avec la pointe toute la série des valeurs, la gamme complète de la lumière, c'est forcer l'instrument intermédiaire à donner au-delà de sa capacité naturelle. En le faisant, on peut accomplir un tour de force, mais un peu aux dépens de la vraie et simple beauté. Maintenant la peinture à l'huile a, elle aussi, j'ose le dire, ses avantages particuliers et naturels. Elle est propre à exprimer certaines qualités. Si l'on gâte les beautés intrinsèques de la ligne en écartant ce qu'elle comporte légitimement de convention et en cherchant à rendre toutes les nuances du clair-obscur, on gâte tout aussi sûrement la puissance et la richesse de la peinture

* En français dans le texte anglais. — N. d. T.

à rhuile en abandonnant l'expression directe dans la lumière réelle et en se réfugiant dans une formule conventionnelle ou dans des procédés indirects ou abstraits. La peinture à l'huile est le moins abstrait et le moins conventionnel des intermédiaires. C'est l'intermédiaire du " luminariste " et de l'homme qui veut rendre compte de l'aspect complet de la nature. Quel que soit d'ailleurs l'intermédiaire, en faire un légitime usage c'est assurément s'assurer de ses beautés intrinsèques, appelées souvent décoratives, et rendre son œuvre recommandable aux yeux d'autrui par les relations les plus directes et les plus naturelles entre les moyens et la fin.

Si un peintre du XVI IP siècle a eu coutume dans ces îles de suivre les traditions les plus saines et les plus durables, c'est Raeburn. Nous avons vu que sa pratique s'accordait avec celle des meilleurs artistes, avant et après son époque ; nous pouvons donc proclamer qu'il a suivi le vrai sentier de l'art. L'excellence de sa méthode franche et droite fait que sa couleur s'est tenue beaucoup mieux que celle de Reynolds. La plus grande partie de l'œuvre de Sir Joshua a changé presque autant que les dernières peintures de Turner.

On ne peut guère résister au désir de comparer Sir Joshua à Raeburn, et Turner à un autre Ecossais, Thomson de Duddingston. Tout en admettant que les deux Anglais eurent l'imagination plus vaste, on préfère les vues que les deux Ecossais eurent de la nature, c'est-à-dire les qualités de leur imagination et les idées d'exécution qui en découlent. Non seulement la peinture solide et carrée de Raeburn dure mieux que celle que Sir Joshua cuisine d'après les recettes italiennes, mais nous croyons qu'au moment même où ils venaient d'être peints, seuls les plus beaux tableaux de Reynolds étaient au-dessus des ouvrages de Raeburn. Si Thomson avait été un professionnel, il aurait probablement surpassé Turner et devancé Théodore Rousseau. Sa conception du paysage romantique était plus grandiose que tout ce qu'on a vu dans ce genre, certainement plus large et plus épique d'exécution que les données un peu tourmentées et d'imagination trop inventive de Turner, moins entravée par les scrupules de la recherche que ne l'était Rousseau, excepté dans ses chefs-d'œuvre. Mais la conception de Thomson ne fut jamais adéquatement soutenue par l'étude, et ainsi il n'en effectua jamais la réalisation adéquate. Par la seule ardeur de leur imagination, Raeburn et Thomson furent amenés à anticiper de trente ans l'idéal des Français.

Raeburn n'eut pas souvent la tentation de faire ressortir ses figures sur

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