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CHAPITRE I

CONDITIONS GÉNÉRALES FAVORABLES À L'ART— CES CONDITIONS EN ECOSSE- APPARITION D'UN MAÎTRE NATIONAL

'ETAIT, si je ne me trompe, une croyance acceptée jusqu'à ces derniers temps que l'Ecossais des Basses-terres est un être essentiellement inartistique. Peu d'écrivains peut-être ont exprimé cette pensée aussi nettement que feu James Fergusson, lorsqu'il a dit, dans son Histoire de rArcJiitechire * :

" Personne, ayant quelque notion de l'ethnographie de l'art, ne soupçonnerait le peuple qui habite maintenant les Basses-terres d'Ecosse d'avoir inventé une forme quelconque d'architecture, ni d'y avoir été très sensible lorsqu'elle lui fut apportée de l'étranger."

Ces mots ont été écrits il y a près de trente-cinq ans, avant que se fût produit de l'autre côté de la Tweed ce grand accroissement de richesse qui a conduit au mouvement artistique dont se marquent les deux

* History of Architecture, vol. ii. p. 201.

dernières décades du XIX' siècle. Mais, même en les reportant à leur date, et toutes limitées qu'elles soient à l'architecture seule, ces paroles de Fergusson sont un peu inconsidérées. L'ethnographie de l'art est une expression attrayante, mais dangereuse. Il est peu sûr de diviser trop nettement les races d'après leurs facultés esthétiques, et moins sûr encore de baser un raisonnement sur cette division. Dans de certaines conditions, par exemple, le Teuton est artistique et le Latin ne l'est pas. On peut, sans doute, rechercher à travers le passé et reconnaître, dans les races européennes, des tendances qui paraissent caractéristiques. Mais il est rare que ces tendances soient assez permanentes et assez nettement définies pour fournir de solides fondements à la déduction.

Il est bien certain que, si la mer avait englouti les Pays-Bas au XIV= siècle, personne ne se serait douté que cette catastrophe avait fait perdre au monde un grand patrimoine artistique. La racine de l'art, l'aptitude qui, lorsqu'elle se développe, conduit à l'art et à rien autre, fait partie de la constitution de l'homme, et réussit, dans des conditions favorables, à s'épanouir en une sorte de floraison, même dans les races les plus abjectes.

D'un autre côté, une grande apparence d'énergie artistique n'est pas une preuve infaillible qu'il y ait derrière un génie artistique proportionné. Certaines qualités morales et intellectuelles provoquent de temps en temps une remarquable activité esthétique dans des races qui ne sont pas plus riches que leurs voisines en faculté esthétique spécifique. Les Français en sont un exemple frappant. La France a produit moins d'artistes de premier ordre que d'autres pays, et cependant son énergie productrice, son émission d'objets artistiques ou quasi-artistiques est plus grande, depuis des siècles, que celle de tout le reste de l'Europe en bloc. A première vue, la chose semble étrange, mais un peu de réflexion en suggère une explication fort simple. Le don spécifique des Français n'est pas plus grand, il est selon toute probabilité moindre, que celui de certains autres peuples ; mais le caractère français fournit des succédanés qui, pris ensemble, opèrent presque aussi bien. Le Français aime son pays comme on aime sa maîtresse ; il est vain, systématique, et, dans les questions sociales, d'un conserv^atisme intense. Ces qualités combinées produisent des effets aisés à confondre avec ceux qui sont dûs à un génie artistique largement répandu. Elles rendent populaires la prodigalité des dépenses consacrées aux entreprises d'art de toute sorte ;

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