SES ORIGINES
native. Ils ne se placent pas devant les yeux un but éclatant vers lequel ils dirigeront leur vie tout entière. Leur énergie, toute terrible qu'elle est parfois, s'enroule à un fil d'indolence qui ressort à la fin et prend la place du joyau dont se devrait fermer leur carrière. En somme, la population de ces comtés méridionaux a l'esprit vif, l'humeur fine et prompte, un sentiment de l'équilibre et de la proportion dans les choses intellectuelles qui est rare ; mais il lui manque cette sorte d'ambition insatiable sans laquelle de tels dons ne peuvent donner leurs plus grands résultats. A tous ces égards, nous verrons que Henry Raeburn était un vrai fils de sa race.
Le véritable berceau de la famille Raeburn est en Annandale, où une ferme, en pays de coteaux, connue sous le nom de Raeburn, fut plus tard et est encore, je crois, la propriété de cette famille Scott dont Sir Walter fut le grand et brillant ornement. Allan Cunningham et le biographe plus récent de l'artiste, William Raeburn Andrew, son arrière petit-fils, sourient tous les .deux de la prétention ingénue mise en avant par un archéologue du nord en faveur de Raeburn, et qui le ferait descendre directement d'une famille guerrière du Border. Il s'agit des Raeburns de Raeburn, qui portaient pour armes un chevreuil buvant à un ru, et qui étaient apparentés collatéralement à la plupart des grandes maisons du sud. Il est impossible, après le laps de plus d'un siècle et demi, d'arriver à des faits exacts, et l'historien fidèle doit, je crois, se contenter de compter le maître parmi ceux qui sont des ancêtres, plutôt que parmi ceux qui en ont. Après l'union des couronnes d'Angleterre et d'Ecosse, les Raeburns de proie — si tant est qu'ils fussent de proie — se rangèrent et devinrent, comme les autres de leur classe, des citoyens paisibles. Leurs noms ne se présentent pas parmi ceux des hommes qui contribuèrent à la confusion où tomba l'Ecosse pendant la seconde moitié du XVI P siècle. Le premier membre de la famille qui émerge de l'obscurité la plus absolue est un certain Robert Raeburn, qui échangea le séjour de l'Annandale pour celui d'Edimbourg il y a quelque deux cents ans. Quelque étincelle d'ambition brûlait en lui, et il quitta les champs où il était né pour s'établir meunier dans ce qui était alors le village de Stockbridge, légèrement à l'ouest de la route qui joint Leith à la capitale écossaise. A l'époque de ce changement, la ville neuve d'Edimbourg n'était pas née ; on n'y songeait même pas. Le " Nor' Loch " protégeait encore le Château du côté où il ne reçoit pas le soleil, et occupait le glen aujourd'hui déshonoré par le North British
Raihvay ; et l'Eau de Leith cheminait vers la mer sans avoir à passer devant le front de ces régiments de maisons indiscrètes qui maintenant surveillent sa marche. Même alors, cependant, le cours d'eau avait à travailler pour vivre, et le moulin de Stockbridge était loin d'être le premier auquel il communiquait le mouvement.
L'entreprise de Raeburn tourna bien. Il prospéra, ajouta moulin sur moulin, et se maria. Sa femme, Mademoiselle Anne Elder, pour employer la phraséologie des vieux Ecossais, lui donna deux fils: l'un, William, en 1744 ou environ; l'autre, Henry, notre héros, le 4 mars 1756. Ni Robert ni sa femme ne vécurent assez pour \'oir leur second fils grand. Ils moururent lorsqu'il était encore enfant et que son frère aîné, William, avait à peine l'âge d'homme. William, néanmoins, fut à la hauteur de sa responsabilité nouvelle. Plus âgé d'une douzaine d'années, non seulement il conduisit le commerce de la famille avec succès, mais il fut pour le petit Henry un père judicieux et affectionné. Il est agréable de savoir qu'il vécut assez longtemps pour jouir de la récompense de sa vertu.
Dans la plupart des biographies du peintre, on aftirme qu'il fut élevé à Heriot's Hospital, mais l'auteur anonyme de la courte notice sur Raeburn dans le Dictionnaire biograpJiiqne des Ecossais fameux de Robert Chambers, contredit formellement cette assertion, et déclare que "loin d'avoir été redevable à la charité publique de son apprentissage dans les humanités, son frère William lui avait de bon cœur fait donner l'éducation succincte, mais habituelle, de l'époque." Dès que je fus averti qu'on avait ainsi jeté le doute sur la croyance commune touchant le lieu où Raeburn avait reçu son éducation, je m'adressai aux directeurs de la Fondation George Heriot, qui me mirent sur la trace de renseignements qui paraissent régler la question. Dans \ Histoire de Heriofs Hospital du Dr. William Steven,* il est dit qu'une certaine Sarah Sandilands jouissait du droit de présenter deux garçons pour recevoir l'entretien et l'éducation à Heriot's Hospital, droit qui avait été acheté par son père aux Gouverneurs. Steven poursuit : "On peut dire qu'elle fut ainsi la première patronne de Sir Henry Raeburn, qu'elle présenta à Heriot's Hospital en 1764. Cet orphelin, devenu plus tard le célèbre peintre de portraits, sa petite-fille (Mrs. Durham Weir) eut le plaisir
l'Idition de 1872, revue et augmentée par F. W. Bedford, qui succéda à Steven comme Gouverneur intérieur de l'Hôpital et Inspecteur des Ecoles de la Fondation Heriot.