SON ÉDUCATION
de le voir fait chevalier par George IV à Hopetoun House." Cette assertion est confirmée par les minutes de l'administration de l'Hôpital. A une séance des Gouverneurs tenue le 15 avril 1765, une présentation leur fut soumise, "accordée par Sarah Sandilands, veuve de Thomas Durham de Boghead, en faveur de Henry, fils de Robert Raeburn, Bourgeois et Libre Homme, dont les parents sont tous deux morts." Sur quoi les Gouverneurs admirent Henry Raeburn comme pensionnaire de l'Hôpital. Le nom de Raeburn reparut devant les Gouverneurs en 1770, six ans après son entrée à l'école. A une séance du 4 juin, le jour anniversaire de la naissance du roi, les Gouverneurs "approuvèrent le rapport du comité visiteur, en date du seize de mai dernier, déclarant que Henry Raeburn et Francis Ronaldson, par leur talent en écriture, etc., avaient le plus de titres à bénéficier de la dotation du Doyen de Guilde Heriot, et chargèrent le Trésorier de l'Hôpital de faire paiement à chacun de ces Garçons de la somme de Une livre cinq shillings sterling" (31 fr. 25). Semblable récompense fut donnée à Henry Raeburn douze mois plus tard. De tout ceci il appert que le garçon resta sept ans dans l'école, et que son séjour n'y fut pas tout-à-fait sans gloire.
Le jeune Raeburn, suivant les traditions de la famille, ne fut pas un génie précoce. On nous dit, il est vrai, que les croquis et les caricatures qu'il griffonnait aux heures et sur les livres défendus, étaient les meilleurs de l'école ; mais ce n'est pas, probablement, dire beaucoup. Et pourtant lorsqu'on se rapelle la suite de sa carrière et qu'on réfléchit qu'il devint le meilleur des peintres écossais sans avoir guère d'autre secours que son intelligence, ce n'est vraiment pas être trop hardi que de supposer que, s'il ne réussit pas dans son enfance à se faire remarquer de ses amis, cela est dû à leur aveuglement bien plus qu'au peu d'espérances qu'il donnait. Peu de peintres sont arrivés aussi rapidement que lui à commander à leurs instruments. Dès l'abord ses portraits sont exempts de ces tâtonnements qui marquent les tentatives d'une lente initiation. Sans être exactement des oeuvres d'art, ils sont évidemment la production de quelqu'un qui n'éprouve pas de difficulté à trouver les moyens de dire ce qu'il a dans l'esprit. Même ses miniatures, toutes sèches et raides qu'elles sont, ont de la décision. La main dont elles viennent a de la sûreté, si la fantaisie n'y a pas encore son développement. En dépit, donc, de la tradition, on doit s'attendre à trouver des qualités de
dextérité, tout au moins, dans ses premières gribouillages. Et la conduite suivie par son frère et tuteur confirme cette impression.
Henry Raeburn fut retiré de l'école à l'âge de quinze ans, et mis tout de suite en apprentissage chez un orfèvre, commençant ainsi sa carrière artistique dans la même direction que beaucoup d'Italiens célèbres. Le commerce de joaillier à Edimbourg ne devait être alors ni étendu ni ambitieux. En ces jours-là, la mode des choses celtiques dormait encore dans le sein du temps. La joaillerie des Highlands était une industrie exclusivement propre aux Highlands, et ce qu'on demandait à l'ouvrier en métaux précieux devait être rare et modeste.
L'orfèvre lui-même, un certain Gilliland, paraît avoir reconnu que son apprenti avait des dons à la manifestation desquels son métier ne pouvait donner d'occasions convenables. Lui, sans doute, savait mieux voir la signification d'un griffonnage sur la marge d'une grammaire, qu'un grammairien ou qu'un tendre frère. En tout cas, il ouvrit de nouveaux horizons au jeune homme, car il le stimula à user de tous les talents dont il donnait des marques, il le présenta à des personnes qui pouvaient l'aider à cultiver ses facultés, il lui amena même des clients dès qu'il fut assez mûr et capable de peindre une miniature passable. Pendant ces années, où Gilliland avait les premiers droits à ses services, le temps de Raeburn paraît s'être partagé à copier des tableaux, à peindre des miniatures, et à dessiner, sinon à graver, pour son maître. Toutes ces occupations impliquent une préparation, et nous verrons que le peintre David Martin, le graveur et aquafortiste Deuchar, et probablement Gilliland lui-même, mirent tous la main à son éducation.
Laissez-moi raconter ici le seul épisode de l'histoire de ses rapports avec les arts décoratifs dont on connaisse quelque chose, épisode assez mince en lui-même, mais intéressant pour la manière dont il rapproche du sien un autre nom fameux. Dans la jeunesse de Raeburn et, de fait, pendant toute sa vie, un des nombreux hommes marquants d'Edimbourg fut Andrew Duncan, alors médecin actif, qui consacrait une grande part de son énergie à la tâche de mettre les secours médicaux à la portée des pauvres. Comme professeur de l'Université, Duncan avait parmi ses élèves un jeune homme qui donnait de rares espérances, et qui portait le nom, illustre aujourd'hui, de Charles Darwin. C'était un fils d'Erasmus Darwin, et par conséquent un