‹ Sir Henry RaeburnChapitre 21 sur 71 · SON ÉDUCATION ARTISTIQUE · texte numérisé non relu

SON ÉDUCATION ARTISTIQUE

oncle du grand Charles Robert, qui devait mettre sur sa famille le sceau définitif de la gloire. Charles Darwin était de deux ans plus jeune que Raeburn, et cependant, avant de mourir par accident en 1778, il avait gagné une médaille d'or de la Société Esculapienne pour "une investigation," montrant ainsi de bonne heure qu'il avait hérité le don de la famille. Il mourut à vingt ans, d'un empoisonnement du sang à la suite d'une blessure reçue dans la salle de dissection. Son maître Duncan ressentit douloureusement sa perte et, suivant une belle coutume du temps, chargea Gilliland de lui faire un " mémento " de son élève. Le joaillier s'adressa à Raeburn, qui devait alors — il avait vingt-deux ans — avoir fini son temps d'apprentissage. Au lieu de l'anneau habituel, Raeburn suggéra l'idée d'une pendeloque pour la chaîne de montre, représentant une Muse pleurant au-dessus d'une urne. Son projet fut adopté, et, dit Duncan,* on lui en confia l'exécution. Une fois terminé, poursuit Duncan, cet objet "offrit la preuve manifeste d'un génie très supérieur, et je le conserve encore comme un souvenir du mérite précoce et singulier de Darwin et de Raeburn." On a quelquefois raconté cette anecdote comme si elle appartenait à l'enfance du peintre, ou du moins aux années où il était encore apprenti de Gilliland. Mais en comparant les dates on ne peut guère douter que les choses se passèrent comme elles sont relatées plus haut. Duncan peut s'être trompé en attribuant au peintre l'exécution aussi bien que le dessin du bijou. Mais ceci n'est nullement certain. Il est difficile d'établir la chronologie des manifestations de l'activité de Raeburn pendant ces premières années. Au cours de son apprentissage chez Gilliland il fit la connaissance de David Deuchar, l'aquafortiste et graveur de sceaux, de qui on suppose qu'il reçut sa première direction dans les sentiers élevés de l'art.f Il se peut que les leçons de Deuchar aient compris la pratique de la gravure. En ce cas, son élève devait à cette époque être extrêmement laborieux. En effet, outre son travail pour Gilliland, il peignait des miniatures, copiait des tableaux dans l'atelier de David Martin, et se préparait à ces portraits gran-

* Tribut à la Mémoire de Henry Raeburn.

\ Deuchar naquit en 1743, près de Montrose, et avait ainsi treize ans de plus que Raeburn. Il était graveur héraldique du Prince de Galles, et bon aquafortiste. Il publia une suite d'eaux-fortes

d'après La Danse de la Mort de Holbein (178S) et des "Eaux-fortes, principalement d'après les

Ecoles hollandaise et flamande" {Etchings, chiefly from the Dutch and Flemish Schools, 1803). Il

mourut en 1808. Son portrait au crayon, par John Brown, est à la Galerie nationale écossaise de Portraits, et on trouvera dans ces pages la photogravure d'une miniature de lui par Raeburn.

deur nature où il allait s'embarquer lorsqu'il aurait vingt ans. Gilliland semble avoir été la perle des maîtres. Il fournit à Raeburn les occasions de tirer le meilleur parti de chacun des talents qu'il possédait. Il faisait son éloge auprès des clients ; il le présenta à Deuchar, qui fut probablement le premier à éveiller son ambition ; il le conduisit à Martin, qui le mit sur la voie d'ajouter le maniement du pinceau à celui du burin ; il lui permit de consacrer partie de ses journées à la miniature, et il est probable qu'il lui amena des clients. Bref, il semble avoir été un troisième père pour le jeune homme, et avoir contribué pour sa pleine part à jeter en lui les fondements de cette haute opinion de la nature humaine que Raeburn entretint plus tard. Toutes les miniatures de Raeburn paraissent avoir été faites pendant qu'il était encore nominalement sous la direction de Gilliland. On raconte qu'il devait donner une partie de l'argent ainsi gagné à son maître, et la chose n'était que raisonnable. Quant aux miniatures, elles sont difficiles à trouver aujourd'hui. J'en ai cependant vu quelques-unes. Elles sont naturellement tout-à-fait dénuées de la liberté, de la grâce, du sens de ce qui doit être marqué fortement et de ce qui doit être simplement suggéré, qui caractérisent les belles miniatures anglaises du temps. On ne pouvait attendre de telles qualités d'un enfant. D'un autre côté, elles ne sont ni faibles ni superficielles, mais montrent clairement qu'un œil pénétrant et une main ferme, bien qu'un peu trop lourde, cherchent ici leur voie vers quelque chose de mieux. La miniature du Dr. Andrew Wood, que notre première planche reproduit, n'a ni la grâce de Cosway, ni la grandeur que Samuel Cooper met dans les petites choses, mais elle montre que l'auteur savait voir le caractère et éviter l'impropriété et qu'il était doué de cette absolue confiance en la sincérité sur quoi tout grand art est bâti. Il est pour moi plus que probable' que si Raeburn s'était contenté de se consacrer à ce travail en petit, il aurait laissé des miniatures dépassant toutes les autres par ces qualités de sélection et de concentration qui sont la vie de cette forme de l'art. Heureusement la possession même des dons nécessaires pour justifier cette hypothèse rendait impossible qu'il se contentât longtemps d'un champ si restreint.

Suivant les récits qui sont venus jusqu'à nous, David Martin joua le rôle de Titien vis à vis de Raeburn Tintoretto, ou de Hudson vis à vis de Reynolds. Mis en relation avec l'enfant par l'excellent Gilliland, il l'accueillit d'abord avec bienveillance et générosité. Il lui donna le libre accès de son

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