CHAPITRE III
FONDATION DE LA VILLE NEUVE D'EDIMBOURG— ELLE COÏNCIDE AVEC UNE EXPLOSION D'ÉNERGIE ÉCOSSAISE-SON INFLUENCE SUR LA CARRIÈRE DE RAEBURN— LES PREMIERS AMIS DU PEINTRE— JOHN CLERK, LE CADET, D'ELDIN— MARIAGE DE RAEBURN— DÉPART POUR LONDRES— ET ROME— GAVIN HAMILTON—
JAMES BYRES DE TONLEY
VANT d'entamer le récit du mariage de Raeburn, il serait peut-être bon de jeter un regard rapide sur la société dans laquelle il allait se lancer, et d'examiner les chances qu'elle offrait à un homme de sa naissance et de son talent. Edimbourg en 1775 entrait juste dans ce qu'on peut appeler son âge de Périclès. L'Angleterre avait déjà drainé, sans doute, beaucoup de ce qui avait de la valeur dans la population écossaise, mais la cité était encore essentiellement une capitale. Elle aussi était un puissant aimant pour les Ecossais qui n'étaient pas attachés au sol ou à quelque forme de commerce étranger. Le dos de la colline entre Holyrood et le Château ne suffisait plus à loger les citoyens dans sa longue rue unique et dans les allées et les cours qui y donnaient. Pendant des siècles ces citoyens avaient tiré tout le parti qu'ils pouvaient de cet emplacement. Ils avaient entassé leurs demeures les unes sur les autres jusqu'à ce que les "terrains," les lands, comme ils les appelaient, eussent plus l'air de falaises que de maisons, et ils avaient accepté d'être isolés du pays environnant par le Nor' Loch d'un côté et, de l'autre, par un profond ravin. De la maison de Robert Raeburn à Stockbridge la vue se portait au sud, lorsque naquit Henry, sur une longue crête herbeuse, semée ça et là de maisons, et coiffée, vers son extrémité occidentale, par les toits gris du château qui s'élevait sur son rocher à part, à quelque trois cents mètres au-delà.