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RETOUR EN ECOSSE

nouvelle étaient lancées par les baillis et les entrepreneurs, Prince's Street devait encore vivre des promesses de l'avenir. En tout cas, Raeburn choisit George Street ; il y prit un appartement où il devait peindre pendant huit ans, jusqu'à ce que l'accroissement de sa clientèle le chassât dans une installation plus spacieuse.

Le lecteur n'aura pas oublié qu'un des premiers patrons de Raeburn, ou plutôt un des premiers à mentionner par écrit ses relations avec le jeune peintre, fut Andrew Duncan, professeur suppléant à l'Université. Suivant le Tribut lu devant la Société Harveyienne d'Edimbourg dans l'année qui suivit la mort de l'artiste, Duncan se retrouva parmi les premiers qui l'employèrent lors de sa réinstallation à Edimbourg. Duncan avait contribué plus qu'aucun autre à la fondation du Dispensaire public royal ; il n'était donc que naturel que son portrait en ornât les murs. La commande en fut donnée à Raeburn, qui exécuta le portrait en pied appartenant aujourd'hui à la Société royale de Médecine. Vers le même temps, la Société Harveyienne s'adressa à lui pour un portrait de William Inglis, un de ses membres, et suivant le Tribut souvent cité, le principal "restaurateur des Ludi Apollinares à Edimbourg, jeux célébrés sur les Links (landes) de Leith, où les exercices salubres se combinent admirablement avec la gaieté publique." Cette commande fut suivie de celle du portrait d'Alexander Wood, Président de la Société. Autant qu'on peut le découvrir aujourd'hui, ces portraits furent ce qui rompit la glace pour Raeburn à Edimbourg. Ils lui donnèrent l'occasion de montrer ce que l'Italie avait fait pour lui, et ils provoquèrent de la part de David Martin l'inévitable dépréciation d'œuvres avec lesquelles il ne pouvait rivaliser. " Le gars de George Street, declarait-il, peignait mieux avant d'aller à Rome," trente-cinq ans avant que Hudson, ayant regardé le Giiiseppe Marchi de Reynolds, se fut exclamé ; " Par Dieu, Reynolds ! vous ne peignez pas si bien que quand vous avez quitté l'Angleterre." Les deux hommes étaient probablement sincères. Malgré la sotte tournure que prit sa rupture avec Reynolds, Hudson avait l'esprit généreux, et dans les années qui suivirent il ne manifesta aucune jalousie des succès de son ancien élève. Je ne vois aucune raison pour accuser Martin d'avoir eu des intentions moins honnêtes. La méthode raide, ramassée, de Raeburn dans des tableaux comme le " George Chalmers de Pittencrieff," devait naturellement lui sembler plus satisfaisante que la manière un peu décousue qui marqua les premières années de sa réinstallation en Ecosse.

Mais l'opinion de Martin n'était pas partagée par cette partie de la société d'où venaient les commandes, et il semble que la popularité de Raeburn ait été assurée dès l'abord. Cunningham se laisse aller à une ironie quelque peu déplacée sur les causes du succès du jeune peintre. "Aux yeux des hommes de goût et de sentiment, c'était, dit-il, le triomphe du génie sur la médiocrité ; mais la multitude ne voyait qu'un artisan expert, qui avait réussi mieux qu'un autre moins soigneux ou moins habile dans le dessin et la mise en œuvre des matériaux. Il n'y avait pas à combattre l'obstination du préjugé national à cet égard, &c." Il serait absurde, bien entendu, de prétendre que la multitude, quelle qu'elle soit, puisse jamais être attirée par des qualités purement artistiques. Les traits qui rendent l'œuvre de Raeburn si intéressante pour un peintre étaient hors de la compréhension de la "société" d'Edimbourg, tout autant qu'ils le sont de la " société " de Londres ou de Paris à l'heure qu'il est. Mais un bon portrait doit avoir des qualités qu'une personne intelligente et convenablement élevée peut goûter. Il doit avoir de la vie ; il doit avoir cette harmonie d'action que nous pouvons tous apercevoir chez les vivants ; il doit être plus ressemblant que le modèle même, par quoi je veux dire que le portrait doit nous en apprendre plus sur le modèle que le propre visage de celui-ci à n'importe quel moment donné. Il doit combiner le présent avec quelque chose de l'avenir et du passé. On trouve tout cela dans un bon Raeburn, même des premiers temps. La société écossaise voyait le contraste entre de telles œuvres et la lourdeur constante de Martin. La largeur de Raeburn, sa faculté de choisir les traits essentiels et de négliger les détails n'allant pas au but, la vigueur de son modelé et la rigueur avec laquelle il sacrifiait la joliesse à l'unité, étaient naturellement hors de sa compréhension ; mais elle en comprenait certains résultats, et elle donna tout de suite sa foi en l'homme qui animait ses modèles d'une vie cohérente et logique.

Il n'est pas facile de déterminer quels furent exactement les premiers portraits peints par Raeburn après son retour. Duncan, dans son Tribut, nous donne à entendre que, parmi les premières œuvres auxquelles il travailla dans George Street, il faut compter trois portraits qui sont aujourd'hui dans la salle du sénat [Senate Hall) de l'Université, à savoir: le Professeur Adam Ferguson, le Principal William Robertson et le Lord Prévôt Thomas Elder. Mais l'un d'eux, au moins, le "Thomas Elder," à été peint in 1798, onze ans après

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