‹ Sir Henry RaeburnChapitre 36 sur 71 · PREMIERS TRAVAUX · texte numérisé non relu

PREMIERS TRAVAUX

1787, et lorsque quantité de portraits étaient sortis de son atelier. Cependant, s'il est parfois difficile de découvrir la chronologie des œuvres particulières, il est assez aisé de reconnaître les grandes phases par lesquelles Raeburn passa. On peut prendre un certain groupe de tableaux exécutés pour les Fergusons de Raith et pour les Clerks de Penicuik comme de bons exemples de sa manière aux environs de 1790. Le plus ancien est un portrait de William Ferguson de Kilrie {voy. la Planche), le troisième fils de William Ferguson de Raith. A en juger d'après l'âge du modèle, il doit avoir été peint aussitôt après que Raeburn se fut établi dans George Street. Il jette un jour éclatant sur sa méthode de travail. Le garçon — il a environ treize ans — paraît avoir posé sous une fenêtre très petite et un peu haute, la tête tournée et regardant la partie obscure de la chambre. Le peintre a appuyé lourdement la main sur les plissés du col, découvrant la gorge, et ménageant une agréable complication de gaufrures et de linge tuyauté pour accrocher la lumière. La vivacité de l'artiste et l'amusement qu'elle donnait au modèle sont aussi faciles à lire sur la toile que si l'on était dans l'atelier. Immédiatement après dans l'ordre des temps vient un groupe des deux frères aînés de William Ferguson, Ronald et Robert {voy. la Planche). Elégamment conçu et bien dessiné, il fait un grand effet en noir et blanc. Le tableau lui-même est moins attrayant, car le ton général est malheureux et la surface est plutôt noire et terne. Le bras gauche du jeune garçon est aussi un peu dépourvu de nerfs et d'équilibre pour ce qu'il fait. Comme exécution, sinon comme dessin, le groupe de Sir John et Lady Clerk de Penicuik, peint quelques mois après, est beaucoup meilleur {^oy. la Planche). Ici encore nous avons une donnée originale et hardie de lumière et d'ombre, car la figure principale, celle de Sir John, a le dos tourné au soleil, et est éclairée surtout par les reflets de la robe blanche de Lady Clerk. A la même année appartient, très vraisemblablement, le portrait en pied de Sir Ronald Ferguson de Raith, avec son fusil et son épagneul iyoy. la Planche). Cette fois, l'idée générale relève d'une époque antérieure dans la carrière du peintre, car elle est évidemment dominée par le désir de faire un pendant au groupe de Mrs. Ferguson et ses deux jeunes Garçons, que Raeburn avait peint en 1781, avant d'aller à Rome i^oy. la Planche). Ce que nous remarquons tout d'abord dans tous ces tableaux, c'est la preuve qu'ils donnent d'un éveil d'ambition chez leur auteur. Chacun d'eux exprime une idée au-delà de ce qui est strictement nécessaire au succès

yo SIR HENRY RAEBURN

pictural. Le groupe des deux fils Ferguson est un symbole du droit d'aînesse 1 Je ne puis m'empêcher de croire qu'il y avait quelque chose de cela dans l'esprit du peintre lorsqu'il mettait le frère aîné dans la pleine lumière du soleil, concentrait sur lui toute action et toute initiative, et lui donnait une attitude agressive ; tandis que le frère cadet est maintenu dans l'ombre, n'ayant, on le voit à sa pose et à sa mine, rien à faire qu'à attendre, comme si sa seule fonction était de ser\'ir de repoussoir à l'héritier. Comme composition remplissant un espace donné, ce portrait montre Raeburn à son plus grand avantage. Le "Sir John et Lady Clerk" est moins heureux. Ici encore c'est une idée extérieure au tableau qui éperonna l'esprit de l'artiste. Mais le tableau veut en dire trop, de sorte qu'il nous met devant une chose à deviner, au lieu de nous donner à la fois l'énigme et le mot, comme le doit faire un portrait. Qu'est-ce que Sir John suggère, et pourquoi la dame a-t-elle l'air si hésitant? Nous sommes troublé par une question au lieu d'être calmé et charmé par l'art. Le portrait en pied de Sir Ronald Ferguson est plus simple ; mais là même on peut découvrir les signes de l'activité mentale, la détermination de rejeter ce qui se présente naturellement et de se façonner des détails que l'artiste aurait jadis considérés comme sous-entendus, chose qu'il semble avoir appris à l'étranger. Comparez, par exemple, la vivacité d'esprit qui en gouverne le tracé des lignes secondaires, avec des choses analogues dans le tableau de 1781. Dans ce dernier, on peut reconnaître une tentative pour donner un air d'aisance et de nature, rien de plus. Dans le " Sir Ronald Ferguson " les lignes secondaires sont maintenues dans leur subordination en vertu d'une pensée positive, d'un sentiment actif de la valeur esthétique. Imaginez que le fusil du jeune homme soit tenu à un angle tel qu'il se détache sur la partie lumineuse du fond ; aussitôt l'œil serait attiré maladroitement sur un autre point du tableau, et l'unité de conception serait détruite. Quatres lignes traversent le tableau, mais elles sont, au point de vue pictural, réduites à deux, en les groupant par paires ; le fusil est parallèle à une pente du paysage, et le dos du chien à l'autre. L'idée est assez mince, trop mince pour qu'on la signale, pensera-t-on peut-être ; mais elle marque un grand progrès sur le temps où le peintre était capable de jeter une draperie comme la jupe de Mrs. Ferguson, dans le groupe plus ancien.

Dessin à part, ces tableaux de la première époque sont loin d'être sans défauts. La couleur en est souvent froide et criarde, le tissu sec et floconneux ;

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