MODIFICATION DANS SA MANIÈRE
son analyse et qu'il permette au pouvoir fondant et adoucissant de l'art de prévaloir sur ses qualités d'investigation. Même pour les hommes, quelque chose du même genre se produit. A partir de 1802- 1805, environ, on ne rencontre plus de modelé comme dans le " Spens," le " Braxfield," le " Sinclair d'Ulbster," et le " Robison." Il conserve la largeur et l'ampleur de la vision de l'artiste ; mais il a perdu l'air d'être exécuté avec une hache. Quiconque a jamais vu un sculpteur travailler à un buste sait qu'après une séance ou deux, la tête de terre glaise est là comme une agglomération de facettes, pareille à un diamant, et qu'au cours des séances suivantes ces facettes perdent leurs arêtes jusqu'à ce qu'elles disparaissent graduellement dans l'arrondissement final. Et cependant le fait qu'elles ont été là se fait sentir jusqu'à la fin. La tête qui a été à un moment jîiste à l'état d'agglomération de facettes, apparaîtra, une fois finie, vraie d'un bout à l'autre, vraie dans sa construction, dans sa texture, dans ses formes et dans la qualité de sa surface. La peinture de Raeburn a passé par des phases semblables. Il commença par les facettes, et il finit par le modelé le plus complet qu'aucun peintre anglais ait jamais atteint. Un portrait comme celui de Lord Newton, le juge endormi, dans la Galerie Nationale d'Ecosse, représente la transition entre les deux {:yoy. la Planche).* Ici le modelé consiste encore en plans nettement arrêtés ; mais la touche commence à s'écraser, à s'étaler, au lieu du coup de pinceau net et décisif qui donne un air sec, comme d'un dessin de carte géographique, au modelé de sa première manière. Après 1805, ou environ, rien ne rappelle plus, dans ses têtes, la façon dont sont peints les tartans du "Sinclair d'Ulbster."
On nous a dit que Raeburn n'avait vu Londres que trois fois en tout : en 1785, en allant à Rome ; en 1810, lorsqu'il y poussa une reconnais.sance pour voir quelle chance il aurait s'il transportait ses talents dans le sud ; et en 181 5, lors de sa nomination à l'Académie Royale. S'il n'y a pas là d'erreur, l'influence qui amena la soudaine augmentation de rapidité dans la marche de son développement doit s'être produite en son milieu ordinaire. Pour moi, il paraît incontestable que les exemples de Lawrence et de Hoppner sont au fond de ce changement. Non seulement Raeburn précipite une tendance qui était déjà en lui, mais il modifie ses visées en un
* Mr. Munro-Ferguson, de Raith, a un autre portrait de Lord Newton, peint vers le même temps, mais sans la perruque et la robe.
point spécial et il suit la même ligne que les deux peintres anglais. Tandis que son modelé devient plus doux et sa couleur plus riche, il se met subitement à introduire dans ses portraits de femme une certaine grâce ménagée qui n'y avait jamais été auparavant. La grâce de la dignité, il l'avait montrée sou\-ent, comme dans le portrait de Lady Steuart de Coltness ; mais à la grâce du sexe, à ce signe qui, dans l'allure de la femme, fait voir qu'elle a conscience de son devoir de plaire, il fermait obstinément les yeux. Maintenant, cependant, arrivé aux deux-tiers de son existence, on le trouve exprimant dans ses œuvres l'aveu que la femme n'en vaut que mieux si elle regarde la vie avec des yeux ardents, et si elle trouble ceux qui se trouvent sur son chemin. Ce changement n'atteignit son développement complet qu'à la veille de sa mort, mais les premiers symptômes en sont visibles quelques années avant son voyage de 1810 à Londres. Il serait fastidieux d'examiner ses œuvres en détail, et de montrer comment l'influence méridionale l'envahit peu à peu, lui imposant un changement dans le faire rugueux et large qui marque la manière qu'il s'était faite lui-même et tout seul. Bien peu d'échantillons du talent de Lawrence avaient pénétré en Ecosse avant 1810, si tant est qu'il y en eût un seul. Il y avait un ou deux Hoppner, notamment un morceau superbe appartenant au Comte de Morton, et que Raeburn peut parfaitement avoir \u, car il n'était pas logé loin d'Edimbourg.* Mais en somme je crois probable que l'adoucissement de sa manière — je ne peux imaginer d'autre nom à lui donner — fut causée tout d'abord plus par ce qu'il entendit que par ce qu'il vit. Tout robuste d'esprit et tout personnel qu'il fût, il n'était pas imperméable au précepte et à l'exemple. Son style antérieur au voyage de Rome devait beaucoup à Reynolds, et l'histoire des dix ou douze dernières années de sa vie montrent combien il savait facilement adopter un nouvel idéal lorsqu'il croyait bien de le faire. Il est difficile à cette distance de déterminer quelles influences le travaillèrent entre 1805 et 1810, mais on a des indices, en outre de ceux que contiennent ses tableaux, qu'il était accessible aux conseils, et que des hommes qui étaient ses cadets par l'âge et ses inférieurs par le talent, n'hésitaient pas à lui proposer avec insistance leurs opinions. Dans le Journal de Wilkie pour 1813, on lit à la date du 13 février: "Ecrit une lettre à Mr. Raeburn pour le presser de faire montre de toute sa force à la prochaine exposition."
* A Dalmahoy, Kirknevvton, pour être précis.
LORD ELDIN
Sir Javm H. Gibson Crais;, Baronet