‹ Sir Henry RaeburnChapitre 48 sur 71 · LES PORTRAITS DE WALTER SCOTT · texte numérisé non relu

LES PORTRAITS DE WALTER SCOTT

dans l'exactitude avec laquelle s'unissent la vérité objective et l'empire, le rythme, le mouvement harmonieux de l'artiste créateur. Pour trouver quelque chose à mettre en parallèle à cela, il faut arriver jusqu'à nos jours, à cette Ecole Française de peinture directe, dont M. Carolus Duran et Mr. Saroent sont les représentants les meilleurs. La rivalité est si âpre de nos jours qu'un peintre contemporain de quelque mérite est moins sujet à tomber au-dessous d'une certaine moyenne que son prédécesseur d'il y a un siècle. Raeburn ne s'est pas élevé souvent à la hauteur du "Mrs. James Campbell"; il ne s'en est même pas souvent approché ; tandis que les artistes de notre temps avec qui nous aimerions à le comparer ne varient pas grandement d'un jour à l'autre. Mais si la comparaison se faisait sur une base fournie par ce portrait et une demi-douzaine d'autres reproduits dans ce volume, nous ne craindrions pas qu'on lui conteste ses titres à être considéré, non seulement comme le plus ancien, mais comme le meilleur des peintres directs.

Je suppose que le "Mrs. Campbell" a été peint entre 1808 et 1812.^' Il n'avait jamais été exposé avant l'année dernière, aussi a-t-il encore son rôle à remplir comme témoin affirmant le génie de Raeburn. S'il avait été envoyé à l'Académie Royale, nous ne pouvons croire que son auteur aurait eu à attendre jusqu'à 1814 pour être distingué par ses confrères en art.

L'élection de Raeburn comme A.R.A. résulta des tableaux qu'il envoya à Londres entre 1810 et 18 14. J'y ai déjà fait allusion, et j'ai fait remarquer que la plupart d'entre eux appartiennent à ce qu'on peut appeler la catégorie des œuvres "sûres." Un portrait de Scott était, bien entendu, une bonne carte à jouer, et pourtant Raeburn ne fut jamais tout à fait heureux avec Sir Walter. Selon toute probabilité, il donnait la littéralité des faits plus fidèlement que d'autres peintres, car ils s'accordent mieux avec le moulage. Il n'esquive pas, par exemple, les joues légèrement pendantes. Mais, pour une raison ou une autre, il échoue à saisir l'homme intérieur. Il n'y a pas de comparaison entre la manière dont il comprend, et dont il nous montre qu'il comprend, une vieille dame comme Mrs. Campbell ou un Highlander comme M'Nab, et celle dont il saisit les puissances intellectuelles du Shirra (Shériff). Les deux portraits de 1808 et de 1809, dont l'un, le dernier

* Mrs. Campbell était née en 1739; elle aurait eu par conséquent soixante-dix ans environ lorsque le tableau fut exécuté, ^si mes dates sont exactes. Cela s'accorde avec son apparence. Son nom de fille était Marion Muirhead de Croy Leckie, et elle était cousine de James Watt.

probablement, fut à l'Académie en 1810, sont des peintures entièrement extérieures. L'attitude du poète est évidemment une réminiscence du Vatican, et la pensée du peintre était plus occupée au décor qu'à pénétrer au cœur de son sujet. Mais peut-être n'est-ce pas complètement de sa faute. Scott ne paraît pas avoir été jamais bien enthousiaste de poser devant Raeburn. En une occasion, il déclare sa préférence pour Sir William Allan, "un homme de réel génie ! " Avec des sentiments semblables, il n'est que trop probable que sa vivacité s'éteignait lorsqu'il se trouvait dans York Place, et que le feu du peintre se refroidissait en conséquence.

Il est intéressant de noter que l'apparition régulière de Raeburn à l'Académie Royale date de ce voyage à Londres, où il passa une si grande partie de son temps avec Wilkie. Le peintre du "Penny Wedding" avait été admis dans le cercle enchanté en 1809, et, en bon Ecossais, il n'y était pas plus tôt entré qu'il s'était mis à la besogne pour y introduire un frère d'Ecosse. Raeburn fut élu Associé en 1814, et Académicien douze mois plus tard. Son élection fut suivie d'un autre changement dans sa méthode, et d'une soumission plus complète qu'il ne l'avait encore accordée aux idées dominantes du moment. Mais avant de poursuivre la discussion de la dernière période de son talent, il convient peut-être de revenir un peu sur nos pas et de dire ce qu'on sait de sa vie de famille pendant toutes ces années.

Une des particularités de Raeburn, c'est la manière dont il répandait son intérêt sur une grande variété de sujets. Nous l'avons laissé établi à St. Bernard's House, seul sur\nvant de la famille qui y avait vécu depuis l'arrivée de son père à Edimbourg, dans le premier quart du siècle. Il avait autour de lui ses enfants et ceux de sa femme, et il devait, avec le temps, y réunir aussi ses petits-enfants sous son aile. Pendant ce temps, il semble avoir confiné sa peinture et les pensées qui s'y rapportaient aux heures du milieu du jour. Personne de ceux qui l'ont représenté en dehors de son atelier ne fait figurer le moins du monde son art dans le tableau. Autant que nous pouvons le découvrir, il n'y donnait jamais une pensée une fois qu'il avait tourné le dos à York Place. Après la mort de son frère et son établissement sur les bords de l'Eau de Leith, son esprit semble s'être principalement porté sur la bâtisse. En dehors des dépendances {policies) de St. Bernard's, s'étendaient des champs dont la valeur agricole s'était rapidement changée en valeur de terrain à bâtir,

Page 1