‹ Sir Henry RaeburnChapitre 49 sur 71 · SES OCCUPATIONS · texte numérisé non relu

SES OCCUPATIONS

avec l'expansion d'Edimbourg vers le nord. Il élabora pour ces terrains un plan de rues, de places et de crescents, louant le sol et en donnant la tenure à ceux qui y bâtissaient d'après ses dessins. Il s'était toujours intéressé à l'architecture, goût encouragé sans doute par son amitié avec Byres, et auquel il lâchait maintenant la bride. La tradition dit que, pendant un temps, ce fut l'unique objet de ses pensées et de ses conversations ; et c'est une nouvelle preuve du bon sens qui formait le fond de son caractère que, malgré son enthousiasme, il ne se soit pas laissé tenter de dépasser les besoins locaux dans ses spéculations. La pierre et le mortier sont des sujets de rêves dangereux. Son confrère en peinture, William Allan, rend un témoignage curieux de cette idée absorbante. Dans le tableau bien connu d'un "symposium" chez le Berger d'Ettrick, où Allan a introduit tous les Néo-Athéniens fameux, Raeburn, indifférent à la joie qui se donne carrière autour de lui, trace tranquillement avec son doigt le plan de Raeburn-Ville sur l'acajou.

Il avait aussi pour la mécanique un goût qu'il satisfaisait partiellement en construisant ces modèles de vaisseaux dont nous avons déjà parlé. C'était des bateaux sérieux, longs de trois pieds, et finis avec beaucoup de soin. Aucun de ses biographes ne nous dit quel but particulier il poursuivait en les faisant, s'il s'intéressait à leur structure et à leur gréement, ou à leur galbe. Probablement à celui-ci, car son esprit à certains égards avait une tournure spéculative. On raconte même qu'il dépensait beaucoup d'argent et d'énergie mentale à chercher le mouvement perpétuel ! C'est le seul indice que nous trouvions que son vigoureux sens avait des limites.

Le seul indice ? Eh bien, non ; il faut peut-être en voir un autre dans son amour pour les procès. Son esprit se délectait aux subtilités légales, ce qui était assez inoffensif ; mais il se livrait aussi à des expériences pratiques. Il abordait volontiers le Parlement, et une fois là, il était de caractère à se réjouir des détours compliqués d'un procès interminable, d'un ganging plea. Dans les vingt années de 1790 à 1810, sa faculté de gagner de l'argent fut souvent mise à contribution jusqu'aux dernières limites par les exigences de ses entreprises de construction et surtout par les batailles judiciaires auxquelles elle donnèrent lieu. Cunningham cite un homme de loi de sa connaissance qui disait : " De tous nos clients, Raeburn était le plus enthousiaste, et, en même temps, le plus aiguisé d'esprit et le plus malin

Il adorait un ganging plea, et souriait de voir s'élever des difficultés qui promettaient un nouveau litige. C'était, comme le dit Prior à propos d'une autre question, ' un grand amateur de la même chose,' mais .... il ne désirait opprimer personne, et il ne faisait jamais la guerre que pour son droit, et pour garantir ses plans contre tout reproche, les ayant tracés parfaits."

Apparenté à la bâtisse, si non — excepté dans ses ennuyeux délais — à la procédure, est le jardinage, et Raeburn trouvait le temps d'en faire beaucoup. Le go/f comptait aussi parmi ses récréations. Il joua une partie assez peu de jours avant sa mort, — le 17 juin 1823, pour être précis, — avec le Professeur Duncan sur les landes de Leith {Leifh Links). C'était aussi un pêcheur enthousiaste, et il pouvait jouir de ce plaisir pendant les longues excursions qu'il avait l'habitude de faire à travers l'Ecosse en été. Bref, sa vie était bien remplie, et il me paraît avoir partagé son intérêt entre ses diverses occupations plus également que personne dont je me souvienne, si ce n'est Léonard. Il savait se donner à une chose, mais non s'y absorber. Tout ce qu'il faisait, il le faisait bien, moins bien cependant qu'il ne l'eût fait s'il y eût concentré son esprit et son talent. En voyant ce qu'il a accompli comme peintre, je ne puis m'empêcher de penser que, s'il avait eu des goûts moins universels, son rang d'artiste serait aujourd'hui encore moins contestable qu'il ne l'est. Je ne sais ce que je pourrais ajouter à cette esquisse, à cette indication plutôt, de sa personnalité. Il semble avoir été, de toute manière sauf une, aussi aimable qu'il était bien doué ; et beaucoup, sans doute, regarderont cette unique exception comme un autre titre à leur estime, — ^j'entends la satisfaction que lui donna comme femme la mère des enfants d'un autre homme, plus vieille que lui de douze ans. Du point de vue de la prudence il se peut qu'il y ait eu là un arrangement idéal, et on ne peut nier que le couple n'ait vécu en harmonie pendant près d'un demi-siècle. Du côté de la dame, il y avait, sans doute, la passion. Chez l'homme un sentiment moins héroïque en prit la place, laissant s'endormir dans son âme des puissances qui, si elles avaient été réveillées, auraient porté son art à un idéal qu'il n'atteignit jamais.

C'est de son élection à l'Académie Royale que date pour Raeburn la dernière époque. Il n'était point du tout un des iioli episcopariaus, et était disposé à accepter toute distinction officielle digne de lui. INIais il ne voulait

ARGHIBALD SMITH DE JORDANHILL

Mr. Thomas Denrochc Smith

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