‹ Sir Henry RaeburnChapitre 8 sur 71 · LE SECOND T.ORD PRESIDENT DUNDAS · texte numérisé non relu

LE SECOND T.ORD PRESIDENT DUNDAS

INTRODUCTION ii

il fit le portrait de plusieurs personnages notables; il fréquenta des gens d'esprit et d'intelligence ; il prit part aux divertissements de son temps et de son pays. Il aimait la compagnie, et savait tenir sa place dans une conversation sérieuse ou amusante. Comme on peut le voir par son portrait, Raeburn était un grand Ecossais, hardiment découplé, plein à'htmiotir et d'intelligence, capable d'absorber un tas de besogne et d'avoir encore de l'appétit pour les plaisirs sociaux, le "golf," le tir à l'arc, la pêche, les excursions avec des amis, et la conversation, un peu lourde à la tête, que l'homme du nord aimait après son dîner. Le visage de Raeburn était fort, matois, mais nullement antipathique ni malveillant. Un front large, ample à la ligne des sourcils, sans être ni trop élevé ni trop saillant au-dessus, des yeux bien ouverts, bien séparés, sereins et attentifs, un nez grand plutôt que proéminent, se dilatant aux narines, une lèvre supérieure longue, un menton large, une bouche fendue d'un trait droit et ferme à travers le visage massif, donnent l'idée d'un homme d'émotions vraies et de génie pratique plutôt qu'adonné aux fantaisies irréelles et aux poétiques rêveries. Ce beau type de visage, qui a appartenu à un grand nombre de docteurs, de jurisconsultes, d'ingénieurs et d'hommes d'action éminents, est bien écossais ; on peut le remarquer chez des hommes énergiques de tous les rangs et à tous les degrés du développement intellectuel. Il accompagne toujours le bon sens et la faculté d'observation; mais chez Raeburn il apparaît dans tout son avantage, contrebalancé par une dose convenable de tolérance et par cette faculté contemplative et cette instinctive bonté qu'on voit chez le chien, ennobli par une sagesse naturelle, animé par la sympathie et Xhumour, affiné par l'entendement, le sentiment et la pratique habituelle d'un art intellectuel et absorbant. Raeburn a l'air sage, intrépide, indépendant, bon ami, point flatteur, homme de bon conseil, qui n'oublierait pas les moyens d'arriver au but si on lui demandait son avis sur un projet. En ce qui concerne son art, il se consulta sagement en son for intérieur, et quoique riche, ambitieux et sans instruction première, il fit de lui-même un ouvrier solide et sain et un interprète de la nature, plutôt qu'un adroit adaptateur de styles et un habile adepte des manniérismes décoratifs vénérés alors.

L'habitude de se critiquer et le désir de se perfectionner, qui en est la conséquence, ne l'abandonnèrent jamais; et ses moyens lui permettaient d'en agir à son gré. Au bout d'un séjour de six ans environ à Deanhaugh, le

sentiment de ce qui lui manquait le poussa à voyager. Il alla à Londres, où il consulta le Président de l'Académie Royale. Sir Joshua Reynolds fit bon accueil au jeune homme, et lui permit, dit-on, de travailler un mois ou deux sous sa direction. Mais en ce temps-là, bien entendu, le refrain de tous les avis était : " Allez à Rome." En ce cas Sir Joshua, en même temps que l'avis, offrit de quoi le suivre : de l'argent et des recommandations pour des personnages notables en Italie. C'est chose agréable à enregistrer et à mettre dans la balance en regard de cette jalousie à garder des secrets que l'Anglo-Saxon copiait peut-être sur l'Italien. Elle offre aussi une preuve, s'il en était besoin, qu'il n'y a point de sentiment malveillant à l'origine de cette répugnance à profaner l'art et à enseigner ses procédés à qui n'en est pas digne, mais bien plutôt un respect, jaloux sans doute, mais non malséant, pour les mystères professionnels.

Raeburn n'avait pas besoin d'argent, mais il accepta avec gratitude les recommandations qui pouvaient l'aider à pousser ses études à l'étranger. Il ne resta guère plus de deux ans à Rome ; mais il tira un excellent parti de son temps, car l'amitié d'hommes comme James Byers et Gavin Hamilton doit lui avoir épargné de la peine, des fautes, et des dépenses d'énergie mal appliquée. Ils étaient plus âgés que Raeburn, le premier de vingt-trois ans, l'autre de vingt-six, et tous deux avaient vieilli dans la connaissance de Rome et de ses trésors d'art. Byers était un faiseur de fouilles, un architecte, un archéologue, un conférencier sur l'antiquité. Il passa quarante ans de sa vie en Italie à collectionner et à s'informer. A un moment il posséda le Vase de Portland. Raeburn fit son portrait. Hamilton était une sorte de traficant ; il faisait des fouilles ; il peignait des sujets classiques ; il était très versé non seulement dans les ruines italiennes, mais aussi dans les peintures et les galeries de tableaux d'époques plus récentes. Il passa la plus grande partie de sa vie à Rome, visitant à plusieurs reprises son pays natal. C'est au retour d'une de ses visites qu'il escorta en Italie " Emma," la future femme de Sir William Hamilton et la maîtresse de Nelson.

Après cette brève période d'étude à l'étranger, Raeburn revint tout droit dans sa patrie, s'arrêtant à peine en route et ne voyant pas même Paris. Une fois de retour il se mit à l'œuvre, dans la pleine maturité de ses forces, et commença cette longue carrière de portraitiste où il marcha sans faiblir jusqu'au bout. Du premier coup presque, il fut le plus admiré de sa

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