GEORGE, ROBERT ET MARGARET
ENFANTS DE Mr. EÏ UK l'HoN. MrS. P.TKRSON, DE CLvSTLE HUNTLV Jfr. Charles James Georgi ,'akrsi»i
profession, et comme homme et comme peintre. Sir John et Lady Clerk de Penicuik comptèrent parmi ses premiers patrons, sans doute grâce aux bons offices du vieil ami du peintre, John Clerk (Lord Eldin), qui appartenait à la famille Penicuik. Le Principal Hill, de St. Andrew's, et John Clerk luimême, eurent aussi leur portrait peint par lui à cette époque relativement reculée. Raeburn doit avoir vu Burns lorsque le poète fournissait sa brève course après la gloire dans les dîners et les réceptions d'Edimbourg ; cependant on a, jusqu'à ces derniers temps, affirmé sans hésitation que, si Raeburn avait vu Burns, il n'avait jamais peint son portrait. Sir Walter Scott, John Wilson, Kames, Mackenzie, Hume, Robertson, Dugald Stewart, Hutton, Ferguson — bref, tout le monde posa devant lui, excepté, peut-être, le plus grand de tous, Robert Burns.
Peu après son retour de Rome, Raeburn, par la mort de son frère aîné, devint propriétaire des biens de son père à Stockbridge. Ce domaine était tout près de celui de sa femme, Deanhaugh House, que le peintre résolut alors de quitter, pour retourner vivre là où il était né. Pendant le reste de sa vie, il occupa la demeure de son père, la Maison de St. Bernard {Sf. Bernard's House), près du Puits de St. Bernard {St. Bernard's IVell). Il augmenta la valeur de ses terres en construisant des terrasses, des maisons et des jardins ; et, dans l'intérêt de son art, il se bâtit un grand atelier, de cinquante-cinq pieds sur trente-cinq.* A cet effet, il choisit une situation suffisamment centrale, dans York Place, qui continue Queen Street à l'est. Le voilà maintenant fixé pour la vie. Il n'apportera plus de changement ni à ses habitudes ni dans sa demeure ; et la description que Mrs. Ferrier, la fille de John Wilson, a laissée de la vie de famille de Raeburn, lors de sa visite à St. Bernard's House en 1820, peut s'appliquer, en tenant compte des différences d'âge, à une période de plus de trente ans. Les noms d'Ann Street, de Dean Terrace, de Dean Street et de Raeburn Place marquent encore l'emplacement de sa propriété. Il allait tous les jours à son atelier à pied et en revenait de même ; il péchait, il faisait des excursions avec ses amis, il lançait des petits bateaux à voile avec les enfants, il jouait encore au golf une semaine avant sa mort. En toute sa vie il n'alla à Londres que trois fois, et encore en visite volante. Vers 18 10, pourtant, il nourrit un moment l'idée de s'établir à Londres. Lawrence le persuada de rester où il
* Le pied anglais vaut 305 millimètres.
était — tâche facile, pensera-t-on, car Raeburn, avec ses goûts, sa fortune, sa réputation en Ecosse, n'avait pas grand'chose à gagner en allant à Londres. Il aurait pu voir plus de tableaux ; mais les gens l'intéressaient plus que les portraits. Il aurait pu acquérir une renommée plus prompte et plus étendue ; mais ce qu'il en avait lui suffisait, et l'événement prouva qu'il avait autant à gagner à Edimbourg qu'il aurait pu le faire à Londres. En 1812 il fut élu Associé de l'Académie Royale sans aucune brigue de sa part, et en 1815 on lui conféra le titre complet de Membre de l'Académie, R.A. Qu'il ait été élu à cause du mérite de ses tableaux, cela fait honneur et à l'Académie et au peintre, qui écrivait en ces termes à un ami : " Si cela ne peut s'obtenir que par la brigue et les sollicitations, il faut que je renonce à tout espoir, car j'estime qu'il serait malhonnête d'employer ces moyens-là." Mais tenir une telle conduite pour honorable, ou même pour mieux que simplement correcte, n'est-ce pas attaquer quelque peu l'honneur des artistes d'aujourd'hui ?
D'autres honneurs l'attendaient vers la fin de sa vie. George IV visita Edimbourg en 1822. Le gras et bel homme qu'était le Roi se sentit du goût pour le peintre, plus gros et plus beau que lui, et il l'aurait fait baronet n'eût été ce sens des convenances, cette juste estimation des proportions qui sied à un personnage royal, et qui était très remarquable chez George IV. Reynolds, le Président de l'Académie à Londres, était mort simple chevalier; il n'eût pas été délicat de placer le peintre écossais au-dessus de lui. Raeburn, toutefois, fut fait chevalier avec l'épée de Sir Alexander Hope, à Hopetoun House.
Assurément cette reconnaissance de son talent était méritée ; mais ce ne sont pas là ses vrais titres. Le lent accroissement de sa renommée depuis qu'il est mort, l'excellent état de conservation de ses toiles jusqu'à nos jours, la confirmation de sa méthode de travail, simple et directe, par la pratique des écoles qui se sont succédées font plus pour établir sa réputation dans nos esprits que tous les honneurs ou dignités qu'il reçut pendant sa vie. L'estampille officielle du talent, d'ailleurs, ne lui fut pas mise un instant trop tôt. L'année qui suivit celle où il avait été fait chevalier, l'année au cours de laquelle il reçut le titre de Lininer (peintre) de Sa Majesté pour l'Ecosse, fut aussi l'année de sa mort. De tous ceux qui ont tenu ce titre de lininer, il fut sans aucun doute le plus grand. Il revenait d'une expédition archéologique dans le Fife et il travaillait à son dernier portrait de Scott lorsqu'il
LORD BRAXFIELD
La Faculté des Avocats
MRS. McOUEEN DE BRAXFIELD
Mr. JkIui Ord Mackenzie.
succomba à l'atteinte d'une maladie mystérieuse. Je ne puis me retenir de citer ici les paroles de Mr. W. E. Henley : " Il ne traîna pas plus d'une semaine ; de sorte que le portrait de l'auteur de Waverley fut le dernier à faire appel à une puissance de cerveau et de main qui n'a pas été égalée ni de son temps ni depuis. C'est ainsi que travaille l'Ecosse : elle a le génie de la convenance, si bien que, pour le reste du monde, ce qu'elle produit paraît animé de l'esprit même du roman. Il y a deux grands artistes dans l'Edimbourg de 1823, et l'un meurt en faisant le portrait de l'autre — ce qui, disons-le en passant, reste pour le survivant " un sujet de regret affectueux." On pense à Hugo — au Je crois en Dieu de ses dernières volontés et de son testament, à son soin de s'assurer le corbillard des pauvres pour le dernier voyage, et on revient avec fierté et gratitude à la suprême rencontre de cette auguste paire d'amis."
L'Ecossais, souvent prudent parce qu'il est intelligent, va jusqu'au bout, quoi qu'il entreprenne, car il est avant tout excitable et ardent. Toute mêlée et toute complexe en ses instincts que soit sa race, elle ne nous en présente pas moins l'enthousiasme comme son trait caractéristique le plus sûr et le plus général. Oui, l'étroit et lourd Ecossais est, lui aussi, convaincu qu'il a absolument raison lorsqu'il s'engage peu ou prou dans quelque pernicieuse absurdité. Le type moyen, s'il va au diable, y va en poste ; mais s'il secoue la tête devant la tentation, il se besogne à gagner de l'argent avec un âpre zèle et un intérêt qui ne fléchit point. J'ai connu des hommes bornés, tout à fait ordinaires, qui vivaient aussi étrangers qu'un ermite à tout ce qui n'est pas bénéfice, qui parlaient à peine aux personnes de leur famille, qui grognaient au rire, au plaisir, à l'art, aux exercices corporels, aux belles manières, et qui, avec la dévotion aveugle d'un Saint Simon Stylite, se tuaient à la poursuite d'un but égoïste. Un homme semblable, les yeux de l'esprit munis d'œillères, pour ainsi dire, ne voit qu'une seule chose et devient un agent prompt et terrible aux mains de quiconque est capable de lui imprimer une direction donnée en religion, dans les choses du sentiment, en politique, en pure diablerie. Il fera tête à
i6 INTRODUCTION
tous les obstacles et souffrira toutes les épreuves pour se maintenir dans son chemin, non pas comme une patiente bête de somme, mais plutôt comme un lion rugissant. N'avons-nous pas vu les plus enthousiastes parmi les ministres et leurs sectateurs faire de la religion un tourment si mortel et une absurdité si furieuse qu'aucune autre race n'aurait pu endurer son joug d'inconséquence et d'inhumanité?
En Ecosse les exutoires naturels, guerre, amour, vie violente, ont été bouchés trop subitement par le rapide développement de la civilisation. Aussi l'ardeur du tempérament national rend-il désirable que les Ecossais reçoivent de l'éducation, qu'ils voyagent, s'il est possible, et surtout qu'on les initie à un grand nombre d'occupations et de plaisirs. Mais les mœurs, la morale et les opinions imposées de force à l'Ecosse par l'enthosiasme de quelques-uns, n'ont guère été de nature à développer la largeur de l'esprit, ni faites pour préparer le gros de la race à offrir un sol propice à la naissance et à la croissance des hommes de génie. Cependant le caractère écossais est vraisemblablement un terrain favorable pour la germination du génie, et le type du génie écossais paraît merveilleusement digne de culture. Les conventions, les idées acceptées fondent et disparaissent dans une tête semblable, tandis que, grâce à ce besoin national d'aller jusqu'au bout, il ne craint point les conclusions de l'intelligence, et ne se laisse arrêter par rien quand il s'agit de suivre un raisonnement improvisé, d'activer sa fantaisie, de sonder jusqu'au fond la profondeur d'une idée. Peut-être sont-ce les arts qui offrent à l'énergie de ses facultés le champ le meilleur et le plus généreux. Il va trop droit au but pour la religion moderne ou pour rœu\Te instable de la politique, qui demande une subordination continuelle de l'idée aux changements d'intérêt, d'opinion et de possibilité. La religion, de son côté, a suivi ceux qui la professent dans leur vie terrestre, s'adaptant aux besoins, aux idéals, aux conditions diverses de la science et de la civilisation en progrès. Pas plus que la politique, elle ne peut regarder avec constance un idéal fixe, tandis qu'elle poursuit de détours en détours la figure toujours fuyante de la vérité religieuse. La Beauté siège en une plus lointaine retraite que les dieux protées, toujours changeants, de la politique et de la foi ; elle est plus difficile d'accès, moins ouverte à l'adoration, mais aussi éternelle que quoi que ce soit en un monde mortel. Le Hermès de Praxitèle reste aujourd'hui