THOMAS HUDSON
plus tard, recourir à ces aides autant que personne, mais il s'évertuait à les pénétrer de son esprit propre, de sorte qu'en règle générale, on ne trouve pas d'incohérence choquante entre leur travail et le sien. Il en était autrement de son maître. D'après une anecdote sur laquelle nous aurons à revenir tout à l'heure, Hudson avait pour habitude de peindre une tête sur une toile, et de l'envoyer ensuite au peintre de draperies pour la pourvoir d'un corps et de vêtements. Le résultat d'une telle manière de faire était ce qu'on pouvait en attendre. On trouve une diversité extraordinaire, de manière comme de qualité, entre un portrait et un autre. La Galerie Nationale a un portrait, trois-quarts nature, représentant Samuel Scott, le peintre de marine, qui est au moins aussi bon qu'un Reynolds de la première époque. Il est bien composé, bien dessiné, agréable de couleur, et tout à fait exempt de dureté. D'un autre côté, je pourrais citer beaucoup de portraits qui sont froids et secs, et d'une pâte métallique. Parmi ceux-ci, un des meilleurs exemples est le portrait, trois-quarts nature, de Lady Mountrath, dans la Galerie Nationale d'Irlande. Il y a encore toute une série de portraits par Hudson qui, bien que durs de pâte et manquant de mouvement, montrent une recherche de l'élégance dans la pose et de cette joliesse à laquelle on peut atteindre par un emploi judicieux des rubans, des fleurs et autres accessoires semblables. Beaucoup de ces portraits sont attribués à Allan Ramsay, des œuvres authentiques duquel ils doivent se distinguer par une couleur plus accentuée et une relative lourdeur de main. Les dessins de Hudson, qui ne sont pas très rares, bien qu'ils passent habituellement sous d'autres noms, feraient croire que, des trois classes d'ouvrages indiquées ici, c'est la troisième où l'on doit surtout reconnaître sa main. Si l'on admet que j'ai raison sur ce point, on peut sans crainte rejeter, comme calomnieux pour son talent, un grand nombre des portraits outrageusement raides, secs et mal dessinés, auxquels son nom a été si inconsidérément attaché depuis un siècle ou environ. A en juger par les tableaux que l'on peut avec sécurité reconnaître comme siens en s'appuyant sur des dessins, des gravures contemporaines et d'autres témoignages dignes de foi, Hudson était un bon dessinateur — du moins pour un dessinateur anglais — un peintre solide et habile et, en règle générale, un coloriste à ne choquer personne. Comme maître, il fut à Reynolds ce que Hayman fut à Gainsborough. Il n'apporta, il est vrai, aucune inspiration à son élève, mais il le lança sur la bonne voie
comme peintre technique, lui mettant entre les mains un instrument dont il pouvait plus tard se servir pour atteindre les visées plus hautes de ses rêves esthétiques. Que Reynolds ne s'est-il contenté de bâtir son œuvre sur l'enseignement de son maître, au lieu de s'adresser à un laboratoire aussi dangereux que celui d'un alchimiste, pour avoir les moyens de rivaliser avec le Titien et Rembrandt I
Après avoir passé vingt-deux mois environ in statu fiuftillari, Reynolds quitta la maison de son maître, et son contrat fut annulé. On a donné différentes explications de cette rupture d'apprentissage. La plupart de ceux qui ont écrit sur Sir Joshua, sinon tous, ont accepté la tradition qui en fait un renouvellement du cas du Titien et du Tintoret ; et pourtant tous les témoignages réels sur ce sujet tendent à réfuter cette idée. Farington, il est vrai, donne un récit circonstancié de la querelle — car c'est ainsi qu'il présente la chose ; mais ses assertions sont tout à fait incompatibles avec ce que nous savons des relations subséquentes des deux parties en cause. Il raconte que Hudson prit ombrage des rapides progrès de son élève, et qu'il résolut de se débarrasser de quelqu'un qui pouvait devenir un rival dangereux. Un jour il lui dit de porter une toile, sur laquelle il avait peint une tête, à Van Haaken, le peintre de draperies, pour la pourvoir d'un corps. La soirée était humide, et Joshua remit la commission au lendemain matin. A déjeuner, Hudson lui demanda pourquoi la toile n'avait pas été portée ; Joshua argua de la pluie. "Vous n'avez pas obéi à mes ordres," dit Hudson, "et vous ne resterez pas chez moi." Reynolds demanda un délai pour envoyer des explications à son père, qui, sans cela, pourrait mal comprendre l'incident. Mais Hudson ne voulut point entendre raison, et Joshua eut à se transporter le jour même au domicile de son oncle, dans le Temple.
Il semble clair que si c'était là toute la vérité sur l'affaire, les relations entre Hudson et la famille Reynolds eussent dû se tendre pendant un temps, sinon pour toujours. Mais rien de pareil n'arriva. Le 19 août 1743, c'est-àdire quelques jours après la rupture, nous voyons Reynolds père écrire à son ami Cutcliffe : " Quant à l'affaire de Joshua, il vous en rendra compte en détail lorsqu'il ira vous voir, comme il a l'intention de le faire, et il sera heureux de vous offrir votre portrait, à vous qui avez été pour lui un tel bienfaiteur .... Je ne me suis pas mêlé jusqu' ici des affaires de Joshua autrement qu'en lui écrivant une lettre, qui n'est jamais parvenue à son adresse,