‹ Sir Joshua ReynoldsChapitre 9 sur 123 · SON APPRENTISSAGE · texte numérisé non relu

SON APPRENTISSAGE

de son enthousiasme, ne paraît pas avoir été difficile à persuader. Il s'arrangea pour faire entrer le jeune homme chez le peintre de portraits le plus en vogue du moment, Thomas Hudson. Le choix de Hudson, lorsque Hogarth était dans sa fleur, réclame, peut-être, un mot de justification. Il fut dû principalement, sans aucun doute, à ce simple fait que Hudson était du Devon, ce qui rendait la présentation facile ; mais il ne faut pas oublier que Joshua avait déjà montré de réelles dispositions pour le portrait. Il avait à peine dix ans passés, lorsqu'il était parvenu, malgré de grandes difficultés, à faire la ressemblance d'un certain Révd. Thomas Smart, précepteur dans la famille Edgcumbe. Il le peignit sur une vieille toile à voile, avec de la peinture à navire. Ce portrait existe encore. Tout grossier qu'il est, il a du caractère et de la vie. Probablement aussi il ressemblait au modèle, et il n'y a pas à s'étonner que cette marque de vocation ait paru plus déterminante "que les sujets terrifiques " tirés par l'enfant du Livre d'Emblèmes de Jacob Cats, que sa grand-grand'mère, qui était hollandaise, avait apporté avec elle de Hollande. Thomas Hudson visitait périodiquement Bideford. Samuel Reynolds avait dans cette ville un ami, un avocat nommé Cutcliffe. Leslie et Taylor ont publié une suite de lettres de Reynolds à Cutcliffe, d'où il appert que, grâce aux bons offices de ce dernier, Hudson et le jeune Joshua furent mis en rapport. Finalement le peintre convint de prendre le jeune homme comme élève pendant quatre ans, moyennant un premium de 120 livres sterling. Joshua arriva à Londres le 13 octobre 1740, et, en attendant que Hudson fût revenu des "Bains," c'est à dire de Bath, il prit logement chez son oncle, le Révd. John Reynolds qui, soit dit en passant, était un fellow tfEton. Toute la négociation, à en juger d'après les lettres imprimées par Leslie et Taylor, fut conduite dans des dispositions bienveillantes de la part de Cutcliffe et de Hudson, et, du côté de Reynolds le père, avec une simplicité de reconnaissance pleine de charme. Dans une lettre datée du 26 octobre 1740, il dit à Cutcliffe : " Non seulement c'est presque vous seul qui avez mené l'affaire à bien, mais comme si le souffle de la Providence était sur ce que vous avez fait, tout s'est jusqu'ici présenté d'une manière miraculeusement étrange et inattendue. Et je ne vois pas que, si Mr. Treby* avait beaucoup d'enfants, il eût été au dessous de l'un d'eux d'être apprenti sous un tel maître. Comme s'il était effectivement échu déjà une bonne chance à ma famille, il me semble

* "Le grand homme de Plympton," disent Leslie et Taylor.

que j'en vois dès maintenant les effets dans la conduite de certaines personnes. Ceci est ma lettre de remerciement pour ce que vous avez fait . . . (Joshua) s'est comporté remarquablement bien dans cette affaire; il a, pour sa part, fait son devoir, ce qui me donne beaucoup plus d'intérêt pour ce qui le concerne que je n'en aurais eu autrement, etc." Quant au premium de 120 livres, il semble avoir été fourni en partie par Samuel Reynolds. "J'ai en quelque sorte," dit-il dans une lettre à Cutcliffe, écrite à la fin de 1740, "une moitié de l'argent tout prêt, s'il plaît à Dieu que je vive jusqu'à la fin de ces quatre années." Les autres 60 livres furent avancées par sa fille mariée, Mary Palmer, jusqu'à ce que Joshua fût en état de les lui rendre.

Joshua travailla sous la direction de Hudson pendant près de deux ans. Dans une lettre à Cutcliffe datée du 3 août 1742, son père écrit: "Quant à Joshua, personne, d'après la lettre qu'il m'envoie, n'a jamais été plus content de ses occupations, de son maître, de tout. — ' Pendant que je fais ceci, je suis la plus heureuse des créatures vivantes,' telles sont ses expressions. Les progrès qu'il fait (il est clair qu'il croit en faire beaucoup), vous serez plus capable de m'en informer. Je n'oublie pas à qui je dois tout ce bonheur, et j'espère qu'il ne l'oubliera pas non plus." Outre les services ordinaires qu'un élève rendait habituellement à son maître, Joshua travaillait, suivant le conseil de Hudson, à copier les œuvres des "vieux maîtres" auxquelles il pouvait avoir accès. Entre autres, il y eut certains dessins du Guerchin qu'il reproduisit, dit-on, avec une telle habileté que la plupart de ses copies passèrent ensuite comme originaux dans les cabinets des collectionneurs, et sans doute figurent encore à ce titre en maint musée moderne.

Les biographes de Reynolds ont été injustes envers son premier maître. Ils ont parlé de son art avec un mépris qu'il ne mérite guère, et ils ont prétendu que son enseignement ne pouvait avoir aucune valeur pour son élève. Le fait est que la réputation de Hudson, ainsi que celle de tous les peintres anglais du siècle dernier (XVIIIe), à l'exception de Hogarth, de Gainsborough et de Sir Joshua lui-même, a souffert de l'ignorance générale où l'on est resté de son œuvre, et de l'acceptation des généralisations étourdies auxquelles les critiques étrangers se sont livrés à propos des artistes anglais. Une autre chose qui l'a privé du rang auquel il a droit, c'est la perplexité où ceux qui ont essayé de le prendre sérieusement se sont trouvés jetés par l'usage inconsidéré qu'il faisait du "peintre de draperies." Reynolds devait,

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