SES ÉTUDES A ROME
Léonard de Vinci. Il en existe encore sept, bien que, plus tard, Sir Joshua ait eu, dit-on, tellement honte de ces "caricaturas" qu'il offrait en échange à ceux qui en possédaient un tableau à prendre au choix dans son atelier. La Comtesse de Milltown en a dernièrement donné quatre à la Galerie Nationale d'Irlande. Dans ce nombre se trouve la plus importante de toute la série, la fameuse parodie de "l'École d'Athènes" de Raphaël. Sur une toile mesurant environ un mètre 25 cent, sur 1 mètre (50 pouces anglais sur 40), Reynolds a peint les portraits de soixante-douze de ses amis de Rome et le sien, complétant la composition avec quelques " figures d'idée," comme il les appelait. Le fond est semblable à celui de la fresque, et la disposition des figures suit le même modèle assez fidèlement. Au point de vue technique, là comme pour le reste de la série, la peinture est meilleure que dans ses ouvrages plus récents. C'est peint solidement, avec une simplicité entière, au point qu'au premier coup d'ceil on est tenté de s'écrier: "Ce n'est pas un Reynolds; c'est trop frais; la condition en est trop parfaite." Elle ne montre, de fait, aucun signe de changement. Rien n'a craqué, rien n'a noirci nulle part. Cela a été peint rapidement, librement, d'un jet ; la sollicitude n'est pas toujours bonne pour une peinture. Ici Reynolds n'en avait aucune, et il a produit un excellent morceau de métier ; mais c'est, à peu près, tout ce qu'on peut en dire. Le comique est d'un genre très peu recherché : exagération du nez, des mollets, de l'estomac, et ainsi de suite ; cela rappelle, non pas le regretté Pellegrini, mais certains caricaturistes qui, nouveaux prétendants, ont essayé de bander son arc* Reynolds peignit cette imitation de l'École d'Athènes en 1751, près de deux ans après son arrivée à Rome. Ce qu'il fit pendant l'intervalle, au point de vue de ses études, on ne peut que le conjecturer d'après les fragments des mémorandums consignés dans ses carnets. L'un d'eux t contient la mention suivante : —
"Copies de tableaux que j'ai faites à Rome.
«' Dans la Villa Médicis :—
* Les personnes représentées dans ce tableau burlesque sont : Mr. Henry (de Straffan, Kildare) ; Mr. Leeson, le jeune ; Lord Bruce ; Mr. Maxwell ; Mr. Leeson, l'aîné (plus tard Comte de Milltown) ; Mr. Barrett ; Mr. Patch ; Mr. Virepile ; Sir William Lowther ; le Dr. Erwin ; Mr. Bagot ; l'abbé du Bois ; Mr. Brettingham ; Mr. Murfey ; Mr. Sterling ; Mr. Iremonger ; Sir Matthew Featherstone ; Lord Charlemont; Mr. Phelps; Sir Thomas Kennedy, et Reynolds même. Ces noms sont pris dans le carnet de 1751.
f Aujourd'hui en la possession de Mr. Reynolds Gwatkin.
i6 SIR JOSHUA REYNOLDS
" Le Vase du Sacrifice d'Iphigénie.
" Dans le Palais Corsini : —
"Avril 16, dans l'après-midi, 1750, Anno Jubilei.— Étude d'une tête de vieillard lisant, par Rubens.
"Avril du 17 au 19. — Portrait de Philippe II., roi d'Espagne, par le Titien.
"Avril 20. — Portrait de Rembrandt par lui-même.
"Avril du 21 au 23. — Saint Martin à cheval, donnant au diable, qui lui apparaît sous la forme d'un mendiant, une partie de son manteau. — Portrait du Capitaine Blackquier. — Un vieux mendiant. — Mon propre portrait. — Portrait de Jacoma.
" Commencé le 30 mai, fini le 10 juin, dans l'Eglise des Capucins, Saint Michel, par le Guide. — Un pied est de moi.
"Juin 13. — L'" Aurore," du Guide; esquisse.
"Juin 15. — Été à Tivoli.
"Août 15.- — Travaillé dans le Vatican. On me laissa entrer dans la Chapelle Sixtine dans la matinée, et j'y restai tout le jour, en passant une bonne partie à marcher de long en large avec un grand sentiment de mon importance. En traversant, au retour, les salles de Raphaël, elles me parurent d'un ordre inférieur."
Ces lignes contiennent tous les témoignages directs que nous ayons sur
la façon dont Reynolds mettait à profit les facilités que lui fournissait Rome
pour se perfectionner dans son art. En les joignant aux nombreuses notes
critiques qui remplissent les carnets d'Italie, elles montrent que son goût,
ou du moins son jugement, était partagé, comme il le fut en fait pendant
toute sa vie. Son originalité — j'entends son pouvoir de penser par lui-même
— n'était pas assez robuste pour le rendre capable de se dresser contre
l'opinion publique de son temps et de déclarer, ne fût-ce qu'à lui-même,
qu'elle se faisait des idéals faux et que les œuvres où ils prenaient corps
manquaient de cette qualité de sincérité sans quoi l'art n'existe pas. Il
entendait de toute part louer les Carrache, Le Guide, Guerchin, et autres
faciles brosseurs de toiles du XVI Ie siècle, et il s'inclinait devant ce qui lui
paraissait être l'autorité. Il se blâmait quand il remarquait que leurs
"Madeleines," leurs " Ecce Homo," et leurs "Aurores" le laissaient froid,
et il faisait des efforts vraiment touchants pour se persuader d'admirer et
pour justifier les opinions erronées du monde. Dans tous ses carnets italiens
on trouve partout cette tendance curieuse à franchir un abîme infranchissable,
indiquée par son passage, au printemps de 1750, de Rubens, du Titien et
de Rembrandt, au Guide. Je ne veux point insinuer par là qu'un jeune
peintre n'a rien à apprendre du Guide. Au contraire, ses meilleures œuvres
Comte de Crewe