LES ÉTUDES À ROME
ont d'admirables qualités au point de vue de la technique, et le jeune artiste qui saurait peindre une tête, par exemple, comme " Le Christ Couronné d'Épines," de la Galerie Nationale, serait du moins muni d'un bon bagage. Mais ce n'était pas pour ces qualités techniques que Reynolds étudiait et admirait les Bolonais. Il faisait profession de voir dans leur œuvre la réalisation des principes abstraits de ce qu'il appelait le grand style en art, et d'un bout à l'autre de sa vie il semble avoir été troublé par l'effort gratuit qu'il faisait sur luimême pour réconcilier deux idéals opposés.
Que Reynolds l'artiste fût sensible dès le premier abord au charme des tre- et quattro-centisti, c'est ce qui apparaît clairement des quelques notes qui leur sont consacrées dans les carnets. Ces notes sont rares, il est vrai, comparées aux pages où il est question de Baroccio, de Salviati, du Guerchin, etc. ; mais elles sont significatives, et montrent que ce n'est pas par défaut de sympathie qu'il insiste si peu sur les primitifs, mais par un respect excessif pour les idées de son temps. " Les vieux maîtres gothiques, comme nous les appelons," dit-il, "méritent l'attention de l'étudiant beaucoup plus qu'un grand nombre d'artistes plus récents, car la simplicité et la vérité se trouvent plus souvent chez les vieux maîtres qui précédèrent le grand siècle de la peinture que dans ce siècle même, et on les trouve certainement beaucoup moins depuis."* Comme preuve de la nature mélangée de son admiration à cette époque, je ne puis mieux faire que d'énumérer les tableaux qu'il avait particulièrement notés dans la collection du Grand Duc, au Palais Pitti, à Florence. Ce sont : —
"Charles I. et Henriette-Marie," par Van Dyck.
" Dame en satin blanc," id.
"La Vierge et l'Enfant," "Saint Jean- Baptiste," et un homme en armure, peut-être Saint-George, avec un petit plat dans la main, par le Corrège, de sa première manière.
" Le Christ avec les quatre Évangélistes," par Fra Bartolommeo.
"Dieu le Père en haut, en petit, tenant le Christ sur la Croix," "Six Saints," grandeur nature, au-dessous ; Andréa del Sarto.
" Salutation," par P. Véronèse.
" Caïn et Abel," par le Titien.
Salle III.
" Deux Assomptions de la Vierge," avec les douze Apôtres au-dessous. Dans un des tableaux, il y a un prêtre et une nonne, en outre des Apôtres. "Saint Marc l'Evangéliste," par Bartolommeo.
* Œuvres.
Salle VI.
" Madonna délia Sedula" {La Vierge à la Chaise), par Raphaël.
" Sainte Famille," savoir : Elisabeth, la Vierge Marie, Saint Jean-Baptiste et un autre personnage, peut-être Sainte Catherine, par Raphaël. {Madonna del Balachino.)
" La Vierge et l'Enfant, Saint Jean et Sainte Elisabeth," par Del Sarto.
" Le Christ, Saint Pierre et Saint Jean dans les nuages," quatre saints au-dessous, par Annibal (Carrache).
" La Résurrection d'un mort opérée par un Saint," par le Guerchin ; estampe de Bloemart.
" La Sainte Famille," par Rubens ; estampe de Bolswert.
"Salutation," par Del Sarto.
" Abraham et le Buisson ardent," par Bassano.
Plusieurs autres, mais rien de considérable.
Salle VII.
" Mars et Vénus," par Rubens.
" La Charité," par le Guide.
" Cléopâtre à l'Aspic," par le Guide.
" Le Tribut," par le Titien.
" Conversion de Saint Paul," par le Titien.
" Élie enlevé au Ciel par les Anges, Taureau et Lion," par Raphaël (Vision d'Ézékiel).
" Histoire de Joseph," par And. del Sarto.
" Sainte Famille," par P. Véronèse.
Beaucoup de beaux Bassano.
" La Danse des Muses," par Jules Romain.
" Les trois Parques," par Michel-Ange.
"Sainte Famille," petite nature, très proprement fini, par An. Carrache.
"Sainte Famille," par Raphaël {Madonna del Gran Duca?).
Salle IV.
Une copie, par Baroccio, de la fameuse " Sainte Famille " du Corrège, à Parme.
" Descente de Croix," par Cigoli.
" Saint Sébastien," par le Titien.
" Marie Madeleine," par le Titien, avec une immense chevelure, mais peinte à la dernière perfection.
Dans une partie qu'on ne montre pas ordinairement, deux grands tableaux par Rubens.
Tel est son choix dans ce qui était, à l'époque, la plus belle collection de tableaux du monde. Il projette rétrospectivement une forte lumière sur ce qu'il fit à Rome, et sur la direction qu'il y prit en louvoyant entre