A FLORENCE
elles étaient prises simplement pour servir de mémorandums techniques, car à cette époque de sa vie, Sir Joshua mettait la plus grande conscience à être son propre éducateur. Mais ceci à part, la théorie qui y est impliquée sur ce qui doit être regardé et loué, si possible, est tout entière de surface et l'on ne peut s'y tromper.
Le carnet de Florence, au Musée Britannique, contient un brouillon de lettre qui fait penser que Reynolds séjourna plus longtemps dans cette ville qu'il ne se l'était d'abord proposé. Il est, en outre, très caractéristique : "Je me rappelle," dit-il, "que toutes les fois que mon père discourait sur l'éducation, il ne manquait jamais d'émettre ce conseil : ' ne jamais être trop pressé de se montrer au monde ; mais avant tout jeter en soi, aussi fortement que possible, les fondements du savoir et de la connaissance.' Ceci peut parfaitement s'appliquer à mes affaires présentes ; en effet, en étant trop pressé, il se peut que je ruine tout, et que j'arrive à Londres sans réputation, sans que personne ait entendu parler de moi ; tandis qu'en restant un mois encore, ma renommée arrivera avant moi, et, comme je disais tout à l'heure, personne n'osera me critiquer, puisque ma conduite aura eu l'approbation des plus grands peintres vivants. Mais, d'un autre côté, il y a des raisons tellement pressantes pour que je revienne, que je suis comme quelqu'un entre deux personnes qui le tirent en sens contraires ; de sorte que je ne bouge pas et ne fais rien. Pour l'instant, je suis décidé à partir et à prendre congé de mes amis ; ils me traitent de fou pour perdre ainsi les avantages que j'ai mentionnés." Ce qui lui faisait croire que différer d'un mois son départ permettrait à sa réputation de le précéder dans son pays, il est aujourd'hui difficile de le découvrir. Une simple addition de quatre semaines à une absence de deux années ne pouvait guère ajouter grand'chose au capital de renommée placé à son crédit en Angleterre. S'il avait fait en Italie des peintures pour les exposer ici, on comprendrait mieux les termes de sa lettre. Il aurait pu, dans ce cas, être sage de différer son arrivée jusqu'à ce qu'elles eussent agi comme des avant -courrier s et qu'elles eussent éveillé la curiosité publique. C'est là probablement la véritable explication de ses paroles, quoique les quelques tableaux qu'il peignit à Rome n'eussent pas grande importance et que la publicité dont ils pouvaient alors jouir en Angleterre fût assez mince.
On trouve dans le carnet de Florence certains passages très intéressants :
" Sur la Piazza dell' Annunziata, d'admirables fontaines par Jean de Bologne ; cinquante têtes— nageoires en place de favoris. Il avait beaucoup le même génie que Michel- Ange."
" Dans une boutique de sculpteur, qui fut jadis l'atelier de Jean de Bologne, se trouvent un gess (moulage) d'un des esclaves appartenant au piédestal de Leghorn, et des modèles pour deux des figures des fontaines des Jardins de Boboli ; admirable."
" Un soldat avec un corps nu dans les bras, antique (de sentiment) et superbement groupé, ce que les anciens observèrent rarement. Jean de Bologne a été supérieur au monde entier, ancien et moderne, à cet égard du moins, aussi bien dans les statues que dans les bas-reliefs."
" Dans la chapelle de San Lorenzo : Les quatre figures couchées de Michel-Ange, avec un grand-duc également de lui. Quand je suis ici, je trouve M. Ange supérieur au monde entier pour la grandeur du goût. Quand je regarde les figures des fontaines de Boboli, dont j'ai vu les modèles, je trouve Jean de Bologne plus grand que M. A., et je crois que ce serait chose difficile de déterminer lequel fut le plus grand sculpteur. Le même doute pour le Vatican et la Chapelle Sixtine."
" Dans le Carminé : Une chapelle des Brancacci, peinte par Masaccio. C'est ici que Raphaël a pris son Adam et Eve chassés du Paradis terrestre. Les têtes, suivant la coutume ancienne, sont des portraits et ont un merveilleux caractère de nature."
" Il faut arriver à ce qui est inconnu par ce qui est connu. Quiconque cherche une méthode plus courte ne fait que se décevoir lui-même, et tandis qu'il se flatte d'être en possession de son art, il embrasse un nuage et ne produit que des monstres et des chimères."
"Chez Raphaël il n'y a rien qui soit affecté dans sa peinture, ni obscur ni clair, — point d'affectation dans l'indication des contrastes — point d'affectation dans les masses de lumière et d'ombre. C'est le juste milieu. Annibal Carrache trop farouche ; Michel-Ange même chose; le Dominiquin trop domestiqué; le Guide trop efféminé."
" Hone dit que j'ai l'air de l'Autel des Jésuites illuminé." "Messieurs et Confrères — Hone et Reynolds vous saluent."
Ces deux dernières lignes montrent que, durant son séjour à Florence, Reynolds était en termes très intimes avec un homme qui devait plus tard devenir pour lui un ennemi méchant et sans générosité. La phrase, " Messieurs et Confrères — Hone et Reynolds vous saluent" avait évidemment été notée comme une idée heureuse pour le début de quelque invitation émanant des deux amis. On espère, en songeant à la conduite ultérieure de Hone, qu'il n'en a jamais été fait usage. Il se peut que Reynolds ait fait le portrait de Hone à Florence, mais on ne trouve plus aucune trace du tableau. Nous savons que Joseph Wilton, le sculpteur, posa devant lui. Le portrait est main-