‹ Sir Joshua ReynoldsChapitre 19 sur 123 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

EYNOLDS avait été absent d'Angleterre trois ans et cinq mois, dont deux ans et huit mois passés à Rome. Dans mon premier chapitre, j'ai pris à tâche, comme d'autres qui ont parlé de sa carrière de peintre, de raconter ce qu'il fit pendant cette longue absence. Mais, à la vérité, il y a des lacunes. Les travaux de sa brosse durant ses années de voyage, IVanderjahre, auraient pu facilement s'exécuter en quelques mois, tandis que les études auxquelles le contenu de ses carnets de notes nous permet d'inférer qu'il se livra, ne sauraient avoir occupé complètement ni son temps, ni son énergie. D'un autre côté, des indices significatifs nous font entrevoir des distractions et des plaisirs de différentes sortes. J'imagine que si nous savions toute la vérité sur les jours de Rome, nous verrions qu'un bon nombre se passèrent à la façon de Goldsmith plutôt

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qu'à celle de Johnson, et que, comme d'autres jeunes gens, il prit là cette pleine expérience de la vie sans laquelle peu d'entre nous peuvent atteindre la sérénité reposante où Reynolds vit s'écouler ses quarante dernières années. Il semble qu'il n'ait écrit, pendant son absence, que très peu de lettres ; à peine si quelques-unes sont venues jusqu'à nous. En dehors de ses carnets et des quelques tableaux qu'il peignit à l'étranger, les seuls témoignages sur sa manière de vivre se trouvent dans le caractère même de ses amis et dans quelques anecdotes qui ont côtoyé, sans s'y engloutir, le gouffre de l'oubli. Tous s'accordent à justifier le soupçon que le culte de la table et de la bouteille se mêlait dans de fortes proportions à ses études sur le "grand style " en art. Les portraits qu'il fit alors, si peu nombreux qu'ils fussent, le mettaient à même de vivre côte à côte avec les jeunes fils de famille anglais et leurs précepteurs, dans la société desquels il passait une grande partie de son temps. Dans ce milieu, un mot bien connu de Hudson ne laisse pas que d'être significatif. Le premier portrait peint par Reynolds après son retour à Londres fut le " Giuseppe Marchi," en turban, qui appartient à l'Académie Royale. En le voyant, Hudson s'écria : " Reynolds, vous ne peignez pas aussi bien que vous le faisiez avant d'aller en Italie" — expression d'opinion qu'on met d'ordinaire sur le compte de la jalousie. Et pourtant elle ne manque pas de justesse. Que l'on compare le " Marchi " avec le portrait du peintre par lui-même qui est reproduit sur la page de titre de ce volume, et l'on verra que, si le premier est plus brillant de couleur et doit avoir été beaucoup plus brillant encore lorsqu'il était neuf, le second est mieux conçu, plus solidement peint, et, en un mot, constitue une création plus complètement réussie. Même aujourd'hui, avec toute la gratitude dont nous sommes redevables à Sir Joshua pour les pages splendides qu'il a ajoutées à l'histoire de l'art anglais, nous ne pouvons entièrement nous refuser à admettre que Hudson avait raison et qu'en fait, Reynolds peignait réellement mieux avant de s'exposer aux tentations de l'Italie, qu'il ne le fit immédiatement après.

Northcote nous dit que, lorsque Reynolds revint à Londres, " sa santé était si peu satisfaisante qu'il jugea prudent d'aller respirer l'air natal." Il alla donc à Plymouth, où il resta trois mois. Il n'y peignit, dit-on, que deux portraits : celui d'une demoiselle et celui de son médecin, le Dr. John Mudge, fils de ce Zachariah Mudge qui avait été un des premiers amis qui l'encouragèrent. Ce portrait est encore en la possession de la famille Mudge. Ce

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