‹ Sir Joshua ReynoldsChapitre 25 sur 123 · DAMES DÉCORANT UNE STATUE DE L'HYMEN · texte numérisé non relu

DAMES DÉCORANT UNE STATUE DE L'HYMEN

Galerie Nationale

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LES PROCÉDÉS DU PEINTRE 4i

degré. A la seconde séance, il ajouta, je crois, aux autres couleurs un peu de jaune de Naples ; je ne me rappelle pas qu'il ait employé de vermillon, ni alors ni à la troisième épreuve ; mais il faut noter que la physionomie de sa Seigneurie était fort rehaussée par une éruption de scorbut. La laque seule suffisait à la rigueur pour produire la carnation voulue. ... Sa draperie était de velours cramoisi, copiée sur l'habit qu'il portait alors, et paraissant non pas seulement peinte, mais glacée de laque ; elle s'est tenue parfaitement bien jusqu'à cette heure, quoique le visage qui, de même que le reste de la peinture, était fortement verni avant d'être envoyé à destination, se soit fané très vite ; bientôt après, le front en particulier se craquela, presque jusqu'à s'écailler, ce qui serait arrivé il y a longtemps si son élève Doughty ne l'avait réparé. Si j'ai décrit ce portrait avec tant de détail, c'est que je crois qu'il continua cette manière de peindre pendant de nombreuses années."

Nous voyons ici le résultat de la théorie de Gandy sur la crème et le fromage. Reynolds préparait un lit, si je puis dire, pour la tête de son modèle, sachant combien il eût été difficile de donner l'empâtement désiré au cours même du travail. S'il avait laissé son blanc de céruse sécher avant de peindre dessus, la peinture se serait tenue suffisamment bien. Il eût ainsi devancé un grand nombre de jeunes peintres d'aujourd'hui, qui comptent sur ce moyen pour donner à leurs ouvrages une apparence de solidité. A la façon dont il opérait, la couche de blanc absorbait les couleurs au vernis, et laissait une tête qui devait former un contraste comiquement frappant avec le teint scorbutique du modèle. Si l'on en juge par les résultats, Mason a parfaitement raison de dire que Reynolds persévéra dans cette méthode pendant de nombreuses années. On trouve jusqu'en 1770 environ des portraits construits avec des couleurs au vernis sur une préparation analogue, étendue en plaques épaisses. Dans certains cas, ils se sont effacés jusqu'à n'être plus que des fantômes d'un blanc bleuâtre ; dans d'autres ils ont simplement pâli, et dans beaucoup enfin les carnations disparues ont été refaites par la brosse ou le bout du doigt des restaurateurs. Il est très rare de trouver une tête, peinte de cette façon, qui ait gardé authentiquement son aspect original. Après 1770, ou environ, effrayé, je suppose, par les preuves accumulées des dangers qu'offrait son système, il peignit plus solidement, et borna ses expériences aux véhicules des pigments, changement par lequel le point dangereux était transporté de la couleur de ses peintures à leur substance tangible. A prendre les choses en gros, on peut dire que les premières peintures de Sir Joshua noircissent, que les œuvres

du milieu de sa vie se fanent, et que celles de la seconde période de sa maturité craquent. Les productions de sa vieillesse et de sa première jeunesse sont celles qui se tiennent le mieux.

La première rivalité qui excita la jalousie tranquille particulière à Reynolds, fut celle du pastelliste Liotard, lequel vint à Londres vers 1753. Liotard était un curieux exemple de l'homme de talent qui prend le masque du charlatan, combinaison moins rare qu'on ne pourrait le penser. Ce n'était pas un génie ; mais il entendait son affaire, et ses ouvrages, pastels, aquarelles ou émaux, n'ont rien de ce vide et de ce faux-semblant qui marquent l'imposteur. La " Chocolatière ", si connue, de la Galerie de Dresde, est un excellent morceau de métier. Liotard cependant, pour multiplier à son profit les pains et les poissons de l'Angleterre et des autres pays où ses vagabondages le conduisirent, ne se contentait pas d'en appeler à ses mérites seuls. Il s'habillait en Turc, et laissait croître sa barbe jusqu'à la ceinture, bien qu'il fût citoyen de la moins orientale des nations. On peut prétendre que cette conduite était une preuve de modestie, et que, si Liotard faisait le bateleur et se fagotait comme un Guy, c'est qu'il croyait ses talents insuffisants pour attirer l'attention sans quelque secours de ce genre. Quoi qu'il en soit, il provoqua chez Reynolds un de ses rares, mais significatifs, mouvements d'humeur. " Le seul mérite des peintures de Liotard," a-t-il dit, "est qu'elles sont nettes, ce qui, en règle générale, est la caractéristique d'un génie bas, ou plutôt de l'absence complète de génie. Ses peintures sont juste ce que font les dames qui peignent pour leur plaisir ; et il n'y a personne, quelque pauvres que soient ses capacités, qui ne puisse, en très peu d'années et à force de pratique, acquérir toutes les qualités artistiques que possède ce grand homme." Liotard a fait beaucoup de portraits au crayon blanc pendant les deux ans qu'il passa en Angleterre, et pourtant on ne rencontre pas souvent de ses ouvrages.* Je l'ai nommé ici surtout parce que l'irritation montrée par Reynolds dans la critique citée plus haut me semble un trait de caractère, et non point l'explosion d'humeur isolée et accidentelle que la plupart de ses biographes y voient. Chaque fois que Reynolds trouva à côté de lui un compétiteur marchant du même pas, sa conduite ne fut jamais simple et naturelle. Il ne se * Les deux meilleurs que je connaisse sont chez Lord Roden, à Tullymore Park, comté de Down.

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