FONDATION DE L'ACADÉMIE ROYALE
scission eut eu lieu, quatre personnes se formèrent en comité pour concerter les mesures capables de mettre les choses sur un meilleur pied, en préparant un projet qui non seulement éviterait les dangers révélés par les expériences précédentes, mais serait de nature à permettre de solliciter la protection immédiate du Roi. Chambers était un architecte qui avait du succès, ce qui signifie que c'était un homme d'affaires entendu et actif, en même temps qu'un artiste de valeur. Il avait enseigné les principes de l'architecture au Roi pendant que celui-ci était Prince de Galles, et il avait été depuis nommé architecte de Sa Majesté. Bref, il réunissait en lui trois avantages, la faculté d'approcher le Roi, la volonté de le faire et l'habileté requise pour tirer le meilleur parti de l'occasion. Les autres membres de ce quatuor étaient West, persona grata à la Cour, mais sans ambition ni initiative ; Cotes, bon peintre de portraits et homme de sens, et Moser, honnête manœuvre, digne de confiance. Je ne crois pas qu'on ait à douter que Chambers fut la cheville ouvrière du comité, l'esprit qui mit en mouvement toute l'entreprise jusqu'à l'heure où Reynolds fut porté au fauteuil présidentiel. La seule difficulté que présente cette théorie se formule dans cette question : Pourquoi donc Chambers ne s'est-il pas fait le premier P.R.A. (Président de l'Académie Royale), si sa part dans l'entreprise a été si grande?— Cela peut recevoir, comme nous le verrons tout à l'heure, une explication très simple.
Revenons au comité des quatre. Le 28 novembre 1768, une pétition, ou mémoire, fut présentée au Roi. Cette pétition était signée de vingt-deux des "plus obéissants sujets et serviteurs de sa Majesté,"* mais les rédacteurs responsables étaient les membres du comité, et l'auteur réel, je n'en fais pas de doute, Chambers lui-même. Le langage employé est à l'appui de cette opinion; le dernier paragraphe— paragraphe où le Roi est tranquillement informé que, s'il y a quelque déficit, on compte sur lui pour le combler de sa bourse— ne peut avoir été mis là qu'avec la sanction royale, sanction que Chambers était mieux en position d'obtenir qu'aucun de ses collègues. Les autres paragraphes exposent: 1° que de sa Majesté "les très fidèles sujets, Peintres, Sculpteurs et Architectes de cette Métropole, étant désireux
* C'était, suivant l'ordre des signatures, Benjamin West, Francesco Zuccarelli, Nathaniel Dance, Richard Wilson, George Michael Moser, Samuel Wale, G. B. Cipriani, Jeremiah Meyer, Angelica Kauffmann, Charles Catton, Francesco Bartolozzi, Richard Yeo, Mary Moser, Agostino Carlini, Francis Cotes, William Chambers, Edward Penny, Joseph Wilton, George Barret, Francis Milner Newton, Paul Sandby, et Francis Hayman. Le nom de Joshua Reynolds se fait remarquer par son absence.
d'établir une Société pour le progrès des Arts du Dessin," savent bien que la réussite de leur projet dépend de "l'assistance, du patronage et de la protection gracieuse" de sa Majesté; 2° que le but principal est double: l'établissement d'une Académie de Dessin bien ordonnée et la tenue d'une Exposition annuelle; et 30 que, dans la conviction des pétitionnaires, les bénéfices de l'Exposition paieront les écoles et laisseront encore un surplus pour les œuvres de charité.
Le mémoire fut accueilli très gracieusement. Le Roi fit savoir qu'il regardait la protection des arts comme un devoir envers la Nation, et dit aux pétitionnaires qu'ils pouvaient compter sur son assistance. En même temps il demandait de plus amples renseignements, et Chambers fut député pour les lui donner.* Il est évident que, les choses arrivées à ce point, il y eut quelque anicroche. L'approbation du Roi paraît avoir été provisoire. Il n'allait pas bénir la nouvelle Académie sans être bien sûr que tous les hommes d'une importance réelle s'y étaient ralliés. Chambers et son comité dressèrent une liste d'une trentaine de noms, parmi lesquels ils mirent celui de Reynolds. Le Roi fixa un jour pour soumettre la liste à son approbation ; mais le nom de Reynolds y avait été inscrit sans le consentement de celui-ci, qui n'était pas disposé à se mettre en avant. Northcote, qui doit être une bonne autorité sur ce point, car il ne fait, sans doute, que répéter ce que Sir Joshua lui avait dit, raconte qu'après que Edward Penny eut fait une tentative inutile pour engager Reynolds dans le projet, West alla voir le peintre, un soir que " tous les intéressés s'étaient réunis, au nombre de trente environ, chez Mr. Wilton, attendant le résultat de la négociation de Mr. West, parce que le Roi avait fixé le lendemain matin pour recevoir leur plan et la liste de leurs dignitaires proposés. Mr. West resta plus de deux heures à s'efforcer de persuader Reynolds ; à la fin il réussit à lui faire demander sa voiture pour aller avec lui à la réunion ; dès qu'il entra dans la salle, tous d'une seule voix le saluèrent comme " Président." Il parut très touché du compliment, et leur exprima ses remerciements pour cette haute marque d'estime, mais il déclina l'honneur jusqu'à ce qu'il se fût consulté avec ses amis, le Dr. Johnson et Mr. Edmund Burke," et ce ne fut que quinze jours après qu'il donna son consentement.
Tom Taylor déclare ce récit en désaccord avec les rapports de l'Académie
* Rapport du Conseil de l'Académie Royale à l'Assemblée générale, 1860.