ADROITE DIPLOMATIE DES FONDATEURS
L'intérêt que prit George III. à la fondation de l'Académie Royale est un peu difficile à comprendre. Sa famille n'avait jamais montré jusque là aucune tendresse particulière pour l'art ni pour ceux qui en faisaient profession, et lui-même, dans la suite, ne devait en aucune façon tenir les promesses que sa jeunesse donnait ainsi. Il fut, sans doute, pour West un patron généreux, et il permit à Gainsborough, à Reynolds, à Allan Ramsay de représenter le port et les traits royaux. Mais il ne patronna point autrement les arts, et nous sommes tenté de croire que sa conduite, dans les dernières semaines de 1768, dut être, en une certaine mesure, dictée par des motifs personnels qui perdirent leur force avec le temps.*
La constitution primitive de l'Académie portait des traces significatives de la façon dont sa fondation s'était produite. Le nombre des Académiciens fut probablement fixé par analogie avec l'Académie française et d'autres académies étrangères ; mais le fait qu'une compagnie de quarante comprendrait tous les dissidents de X Incorpora ted Society et laisserait juste la place pour les recrues désirables, eut sans doute son poids. Il est futile de prétendre que Chambers et ses alliés fondaient une institution parallèle à la Société. Ils voulaient la remplacer. Ils voyaient que l'heure était venue pour une Académie véritable qui concentrerait en un foyer l'intérêt national dans les choses d'art, et qui, avec les fonds ainsi obtenus, élèverait les artistes de l'avenir. L'expérience leur avait montré les écueils de la route, et ils les évitèrent avec une habileté consommée. Les clauses portant qu'aucun Académicien ne pourrait appartenir à une autre société d'artistes à Londres, et qu'aucune peinture déjà exposée dans la capitale ne pourrait être admise à l'Académie Royale, leur assuraient pratiquement un monopole. Pendant ses cent trente années d'existence, l'Académie Royale a eu à supporter bien des assauts, dont beaucoup livrés par des hommes qui, lorsqu'ils en avaient
* Les membres de V Incorporated Society n'hésitèrent pas à insinuer qu'il y avait un motif particulier et personnel. L'Académie eut pour premier séjour quelques chambres dans Pall Mail, qui devinrent ensuite le berceau de l'établissement de ventes publiques connu sous le nom de Ckristie's. Dalton, le Bibliothécaire du Roi, les avait prises à bail et y avait commencé un commerce d'estampes. La spéculation, dit le pamphlet de la Société, "lui pesait lourdement sur les bras" et il cherchait d'autres épaules pour se décharger de cette responsabilité. Le projet de Chambers et de ses collègues lui donnait l'occasion qu'il désirait, et il employa toute son influence auprès du Roi en leur faveur. Il peut y avoir en tout ceci quelque élément de vérité ; mais le motif est bien faible pour la lourde importance que lui prête la Société.
6o SIR JOSHUA REYNOLDS
la chance, étaient assez aises de mettre A.R.A. et R.A. au bout de leur nom. Elle a trop souvent invité aux attaques par l'étroitesse de ses vues, et par une complète impuissance à justifier la prétention, si souvent mise en avant par les peintres, que les artistes seuls peuvent comprendre l'art. Elle a même, en certains cas qu'il est inutile de préciser davantage, trahit des missions de confiance qu'elle avait formellement acceptées. Et pourtant, dans son ensemble, elle a rempli les intentions de ses fondateurs avec une exactitude que bien peu d'institutions ont égalée. Elle avait été fondée pour tenir des expositions, pour donner un enseignement gratuit aux étudiants d'art, et pour soulager la pauvreté parmi les artistes. Tout cela, elle l'a fait, et très bien fait, en somme. Commercialement, elle a étonnamment réussi, tandis qu'au point de vue artistique elle n'a échoué que dans la mesure où échoue tout ce qui dépend de l'action commune d'un grand nombre d'individus. Il serait difficile de citer une institution, dans ce pays ou dans tout autre, qui ait si complètement exécuté les intentions de ses fondateurs, et cela avec si peu de changements dans ses statuts primitifs. Chambers et ses collègues méritent tous nos éloges pour leur courage et leur prévoyance.
La participation de Reynolds à l'entreprise fut tout à fait caractéristique. Il ne prit aucune part au travail de substruction qu'il fallait faire avant d'essayer de monter l'édifice. Qu'il sût quelque chose de ce qui se passait, on peut l'inférer de sa conversation avec Kirby et du fait que West n'eut besoin que de deux heures d'entretien pour l'amener chez Wilton au milieu des autres de la " caverne." Mais autrement il ne bougea point, et réserva sa complète liberté d'action jusqu'à ce qu'on lui eût mis effectivement dans la main le gâteau de la Présidence et que ses doigts se fussent refermés dessus. Je ne dis point du tout cela en manière de blâme, mais uniquement pour appuyer ma façon de comprendre son caractère, et pour montrer combien il était dégagé de tous ces ardents enthousiasmes qui, suppose-t-on, accompagnent le don artistique. Son instinct était de ne jamais avancer tellement le pied qu'il ne pût le retirer promptement ; je dois ajouter, j'en ai peur, qu'il était aussi contre ses principes de prendre sur lui des responsabilités qu'il pouvait laisser avec avantage aux autres. Il remplit les fonctions de Président à la perfection. Aurait-il fait également bien comme un R.A.