‹ Sir Joshua ReynoldsChapitre 35 sur 123 · REYNOLDS PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

REYNOLDS PRÉSIDENT

ordinaire, sujet à prendre son tour de service comme hangman (celui qui place les tableaux), comme visiteur des écoles, etc. ? Je me permets d'en douter. C'est à son initiative, cependant, que l'Académie doit quelques-unes de ses plus précieuses coutumes. Peu après la signature de 1' " Instrument," il suggéra l'adjonction de quelques hommes distingués en qualité de membres honoraires. Le Roi donna son approbation, et le Professeur de grec de Cambridge, le Dr. Francklin, fut élu Chapelain ; le Dr. Johnson, Professeur de Littérature ancienne; le Dr. Goldsmith, Professeur d'Histoire ancienne, et le Bibliothécaire du Roi, Richard Dalton, "Antiquaire." Le dîner annuel est une autre de ses idées. Il proposa que les membres dînassent ensemble dans la salle de l'exposition, après le placement des tableaux, en invitant quelques amis à accepter leur hospitalité. Au commencement les invitations étaient envoyées par Reynolds lui-même ; mais comme ce dîner devint vite à la mode et qu'on recherchait les invitations avec ardeur, il passa son privilège au Conseil. En même temps il insistait pour qu'on mît de côté, dans cette question, les considérations particulières, et qu'on choisît les convives de telle manière que le prestige et l'intérêt de l'Académie en pussent bénéficier. Un règlement fut adopté qui restreignait les invitations aux "personnages élevés en rang ou en position officielle, à ceux qui se distinguent par leur talent, et aux protecteurs des arts." Le résultat fut qu'en très peu de temps le Conseil de l'Académie se trouva dans cette situation remarquable d'être obligé de peser avec soin les titres respectifs qu avaient les Ambassadeurs, les Ministres et les hommes supérieurs par leurs lumières et leur influence, à être admis à sa table. Plus de cent trente ans se sont écoulés depuis le premier dîner donné dans les magasins de Dalton, dans Pall Mail ; et quoi qu'on puisse dire à son désavantage comme repas ou comme étalage oratoire, personne ne niera que le Banquet de l'Académie ne soit l'occasion du plus remarquable assemblage de personnes de rang et de génie qu'il soit possible de voir aujourd'hui en Grande-Bretagne.

Leslie et Taylor disent qu'à partir du moment où l'Académie fut établie, Reynolds "prit la part la plus active à son organisation et à sa direction, et dans le Conseil et dans les écoles!' Pour l'assertion que je mets en italiques, je ne puis rien trouver qui la justifie. Un semblable altruisme aurait été en dehors des habitudes du peintre, et n'aurait profité aux étudiants que fort peu. Nous avons vu que Reynolds était un mauvais

professeur, ou plutôt qu'il netait pas professeur du tout. Le peu qu'il a produit lui-même en noir et blanc suffit pour montrer qu'il n'aurait, comme visiteur, rendu aucun service quelconque à un étudiant luttant avec les difficultés du crayon noir et du " modèle vivant." J'aime mieux croire que le Président se confina dans cette partie de ses fonctions où sa prudence, son jugement sain, et ses capacités pour les affaires avaient toute leur valeur. A la mise en pratique de ces dons les occasions ne manquèrent point. L ' Incorfiorated Society n'accepta pas sa défaite sans regimber. Elle dirigea différentes accusations contre la nouvelle Académie, et fit de vigoureux efforts pour dériver vers elle-même un peu du patronage royal. La charge la plus sérieuse au point de vue pratique portée contre les dignitaires de l'Académie était celle d'escroquerie. Kirby et ses collègues accusaient Moser d'avoir floué la Société de la collection de moulages appartenant à l'École de St. Martin's Lane, collection qui comprenait ceux dont elle avait hérité de Sir James Thornhill par l'intermédiaire de Hogarth. De quelque façon que la chose se fût passée, c'était un coup de fine politique, car il assurait la succession apostolique, qu'on me passe l'expression, à l'Académie Royale et en faisait, aux yeux du public, la légitime héritière d'une institution privée où tant d'artistes anglais avaient été instruits. Les membres de la Société accusaient aussi la "Junte," comme ils appelaient les Académiciens, "d'intrigue, de cabale et de tromperie ; et ils procédèrent à la formalité de les expulser de leur compagnie après qu'ils l'eurent quittée." * Ils prirent une salle au-dessus du Cellier à Cidre {Cider Cellar), dans Maiden Lane, et ouvrirent une académie à eux. Ils pétitionnèrent aussi auprès du Roi pour solliciter sa protection et son patronage, et reçurent en réponse l'assurance que la faveur royale s'étendrait aux deux compagnies également, et que le Roi visiterait les deux expositions. Naturellement tout fut inutile. La " caverne " comprenait tous les hommes d'un réel talent, et elle fonctionnait sous une constitution mieux ordonnée. A mesure qu'elle grandissait, sa rivale perdait de son prestige et de sa prospérité, si bien que, quelques années seulement après ce fatal 10 décembre, elle finit par rendre lame. Avant cela, néanmoins, ses efforts pour rejeter sur l'Académie tout le blâme et toute la responsabilité de ses malheurs

* Leslie et Taylor ; voyez aussi The conduct oj the Royal Academicians while Members oj the Incorporated Society of Artists of Gréai Britain, vis., from the year 1760 to their expulsion in the year 1769, with some part of their transactions since. Londres, 1771, in- 12 (Musée Britannique).

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