PREMIERS ACTES DE L'ACADÉMIE
durent fournir à Reynolds de nombreuses occasions d'exercer ses facultés d'homme d'état. Beaucoup de réunions du Conseil, enregistrées dans le carnet de notes de 1769, sont consacrées à prendre des dispositions pour résister aux attaques de la Société ; les écoles étaient laissées à la surveillance du Conservateur et des visiteurs.*
Les premiers actes importants de la nouvelle Académie eurent pour objet de la rattacher plus étroitement à la vieille école de dessin de St. Martin's Lane. Dans une assemblée du Conseil, le 30 janvier 1769, il fut résolu que les souscripteurs à cette école seraient admis sans autre souscription ni examen pendant la saison courante, qu'on déclarait ainsi être la continuation de la session commencée à St. Martin's Lane l'automne précédent. Les étudiants nouveaux eurent à passer un examen, comme auparavant. En même temps on commençait les préparatifs pour l'exposition, qui devait, suivant résolution prise, être ouverte le 26 avril et fermée le 27 mai. On décida aussi que la série des conférences annuelles commencerait en octobre ; bref, des mesures générales furent prises pour mettre en mouvement l'ensemble de ce mécanisme académique qui, depuis, n'a pas cessé de fonctionner régulièrement.
Mais auparavant, les Académiciens avaient rempli un devoir de gratitude qui est d'un intérêt plus immédiat pour le biographe de Reynolds. Dans une assemblée générale tenue le 17 janvier, ils avaient voté à l'unanimité des remerciements à leur Président pour un acte de son initiative personnelle qui donnait à l'entreprise nouvelle une précieuse publicité. Le 2 janvier, Reynolds avait prononcé le premier de ses Discours, aujourd'hui fameux, inaugurant ainsi une coutume qui, depuis, a pris force de loi. Il faudra, dans un autre chapitre, étudier ces Discours un peu en détail, car ils n'eurent pas seulement une grande influence sur l'opinion, ils contiennent aussi le meilleur témoignage que nous possédions sur la capacité intellectuelle de Reynolds et sur l'état de la critique d'art à l'époque où il écrivait. Il suffit de dire ici que le premier Discours eut à la fois le caractère d'une introduction et d'une apologie : il expose les vues de ceux qui avaient fondé l'Académie, et il essaie de justifier leur action. Ce Discours porte des marques de hâte.
* La première liste de visiteurs était composée comme suit : Carlini, Catton, Cipriani, Dance, Hay man, Toms, West, Wilson et Zuccarelli. Il est à noter qu'à l'exception de Meyer, le peintre en émaux, de Bartolozzi, le graveur, et des membres femmes, cette liste comprend tous les Académiciens de naissance étrangère.
L'Académie n'avait que trois semaines d'existence lorsqu'il fut prononcé. Pour un littérateur exercé, qui a l'habitude de remonter des phénomènes aux principes et d'exprimer ses conclusions en termes lucides, vingt-trois jours seraient, bien entendu, plus qu'assez pour la composition d'une pareille harangue. Mais Reynolds était dans une situation différente. Son apprentissage d'écrivain avait été bien peu de chose ; il s'embarquait dans un sujet auquel on n'avait encore accordé relativement que peu d'attention en Angleterre ; il était lui-même, pour ainsi dire, une expérience vivante, et il devait se sentir ému en faisant cet essai ; enfin, parmi les amis qui allaient écouter en critiques ce qu'il avait à dire, se trouvaient les meilleurs écrivains de son temps. Qu'on ajoute à tout ceci ses autres occupations, et l'on n'aura pas à être surpris qu'aucune des idées principales de ce premier discours ne soit poussée jusqu'à sa conclusion, et que, dans son ensemble, il manque du solide substratum logique que plus de réflexion et une plus grande confiance en soi auraient pu lui donner.
Les vraies raisons justificatives de la fondation de l'Académie Royale étaient au nombre de deux : premièrement, c'était inévitable ; la situation étant donnée, la chose s'imposait, et tout ce que pouvaient faire les gens intéressés dans la question c'était d'éviter qu'il y eût du dommage. En second lieu, les fondateurs virent ce qu'il y avait de mieux à faire — et ils le firent — pour éviter les erreurs qui avaient vicié les académies précédentes, ici et à l'étranger.
Les Académies d'art sont tombées en discrédit dans toute l'Europe par suite d'une grande faute initiale : elles ont toutes essayé d'enseigner l'art. Il peut sembler déraisonnable, prima facie, d'interdire à une institution de faire ce qui paraît être impliqué dans son titre même ; mais un peu de réflexion suffira pour montrer que cette assertion n'est pas aussi paradoxale qu'elle en a l'air. Un artiste est quelqu'un qui a quelque chose à dire, quelque émotion à exprimer, par la peinture, dans le marbre, ou à l'aide de la matière quelconque qu'il peut choisir. L'émotion doit être foncièrement sienne. Elle doit être à tout le moins sincère, car autrement elle ne saurait en aucune façon conduire à cette consistance organique qui s'appelle création. Comment une telle qualité serait-elle enseignée? Il faut qu'elle soit là, potentiellement, depuis le commencement, et tout ce que le professeur peut faire c'est d'en mettre l'heureux possesseur à même d'en user. La véritable besogne d'une