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LA MISSION DES ACADÉMIES

académie est d'exercer les étudiants à se servir de leurs outils, et rien de plus. La besogne d'un peintre à l'école est d'apprendre i° à dessiner correctement, 20 à choisir et à manipuler ses matériaux, de façon à exprimer par leur moyen la passion qu'il a en lui. Le reste n'est pas du tout matière d'enseignement, à moins, cependant, qu'on ne veuille jeter dans le monde des essaims d'artistes de pacotille, qui sont aux véritables ce qu'un rhétoricien est à un poète. " L'art académique," — cette expression même porte en soi la preuve de ce qu'on vient de dire. Que signifie-t-elle, sinon que l'art a été enseigné, et que, par conséquent, il n'est pas sincère, ce qui revient à dire que ce n'est pas de l'art du tout ? Le vice de toutes les académies étrangères, c'est de ne pas reconnaître ce principe vital. Elles ont toutes, en leur temps, enseigné à leurs élèves non seulement à peindre, mais ce qu'il faut peindre, et elles ont fait dépendre leurs récompenses de choses qui sont en dehors de leur domaine. Les fondateurs de notre Académie Royale furent les premiers à voir cette erreur et à l'éviter. Ils organisèrent leur enseignement de telle manière que l'étudiant fut, en fait, forcé de garder son indépendance et de choisir lui-même sa ligne de développement. L'enseignement fut remis entre les mains de tous les Académiciens, qui professèrent à tour de rôle, de sorte qu'aucun d'eux ne pouvait obtenir une influence capable de substituer sa personnalité à celle de l'élève. Je sais bien qu'à l'heure présente cette méthode d'enseignement n'est pas en faveur, et que les jeunes artistes d'aujourd'hui en voient les inconvénients plus que les avantages. Mais cela est dû, je crois, à des causes accidentelles et non pas au principe. Les écoles de Paris sont plus populaires que celles que dirige notre Académie, non pas parce qu'elles fonctionnent sur un meilleur plan, mais parce que leur personnel est plus capable. Les artistes français dessinent mieux, ils sont mieux outillés que leurs rivaux anglais ; et par suite, comme professeurs, ils peuvent offrir un but technique plus élevé et faire davantage pour aider leurs élèves à triompher des difficultés du début. Si l'on pouvait combiner l'efficacité technique des Français avec la supériorité de notre organisation pour sauvegarder la personnalité de l'étudiant, nous aurions l'Académie idéale.

L'Académie Royale eut pour premier domicile un bâtiment dans Pall Mail, touchant immédiatement la vieille maison Carlton (Carlton Honse). Il avait servi autrefois de salles de ventes publiques à Lamb, mais lorsque l'Académie le prit, il était occupé par Dalton, Bibliothécaire et Conservateur des estampes du Roi, qui en avait fait un magasin d'estampes. Il devint

ensuite la propriété de Christie, le fondateur de la grande maison de commissaires-priseurs. Les expositions de l'Académie s'y tinrent pendant onze ans ; mais, en 1780, elles furent installées dans le Strand, dans le nouveau palais que Chambers avait élevé sur une partie de l'emplacement de l'ancien Somerset Honse. Le Roi avait déjà accordé à l'Académie des salles dans le vieux palais, pour servir de bureaux et de salles de lecture, quelque neuf ans auparavant.

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