‹ Sir Joshua ReynoldsChapitre 38 sur 123 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ES dix années qui suivirent la fondation de l'Académie Royale furent les plus occupées et les plus caractéristiques de la vie de Reynolds. Ses clients, il est vrai, n'étaient plus aussi nombreux que dans la décade précédente, mais il y suppléa en tournant son attention vers les tableaux de genre, dont le nombre alors s'accroît rapidement. En dehors de son art, le cercle des choses qui l'intéressent s'élargit prodigieusement. Il saisit toutes les occasions d'étendre ses connaissances parmi les personnages marquants soit par leurs lumières, soit par leur influence, aussi bien que parmi ces irresponsables amuseurs mondains qui sont aux hommes de lumière et d'influence ce que la bourre de coton est à une étoile en diamants. On le trouve membre d'un grand nombre de clubs, et candidat pour Almack's. Il fréquente Vauxhall, le Panthéon, la maison

de Mrs. Cornely. Il va régulièrement aux premières, en un temps où les premières étaient presque aussi fréquentes qu'elles le sont aujourd'hui malgré le petit nombre des théâtres. Il mène sa barque avec une remarquable habileté, au milieu des dangers et des animosités politiques, faisant à 2 heures, le portrait de Mrs. Trecothick, la Lady Mayoress rebelle, et celui du Roi George à 4, le même jour, et réunissant autour de sa table, sans catastrophe, le plus hétéroclite assemblage de personnalités parlementaires. Bref, il plane au-dessus de l'aire des préjugés politiques, moraux et sociaux, se rattachant pourtant à son espèce par les indéniables réalités de la nature humaine, et donnant le plus bel exemple que la Grande-Bretagne puisse montrer du bienveillant, juste et imperturbable égoïste.

Reynolds devint "Sir Joshua" au lever tenu à St. James's le 21 avril 1769. La première Exposition de l'Académie Royale s'ouvrit cinq jours plus tard, le 26. Le total des tableaux exposés s'élevait à 136, ce qui est exactement le nombre contenu dans les deux premières salles de Burlington House en la présente année 1900. Malgré la modestie de l'exhibition, la devise imprimée sur la page de titre du catalogue — Nova rerum nascitur ordo — était justifiée. La salle fut constamment pleine, et même il arriva souvent que la rue était rendue impraticable par les voitures et les valets attendant leurs maîtres, et par la foule qui se pressait pour entrer. Sir Joshua y avait envoyé " La Duchesse de Manchester et son fils, en Diane désarmant Cupidon ; "* " Mrs. Blake (née Bunbury), en Junon recevant le ceste de Vénus ;" f "Miss Morris, sous les traits de l'Espérance donnant ses soins à l'Amour ; " % et le fameux groupe, " Mrs. Bouverie et Mrs. Crewe," qui est maintenant à Crewe Hall. Suivant Northcote, les autres tableaux autour desquels les visiteurs se rassemblaient surtout, étaient: "Lady Molyneux" de Gainsborough ; "Le petit joueur de flûte," par Hone, petite toile qui est maintenant dans la Galerie Nationale d'Irlande; "Hector et Andromaque," et "Vénus avec Énée et Achate," par Angelica Kauffmann ; " Régulus," et "Vénus pleurant Adonis," de West; " Hébé," "le Duc de Gloucester," et 1' "Enfant jouant au Criquet," de Cotes ; " Une scène du Roi Jean" par Penny ; " Penton Linn," beau site en Liddesdale, par Barret ; "l'Annonciation," de Cipriani, et les portraits de George III et de la Reine Charlotte par Dance. Ce n'est pas une liste bien

* Appartient au Duc de Manchester. f Se trouve à Barton, Bury St. Edmunds.

Page 1