‹ Sir Joshua ReynoldsChapitre 43 sur 123 · LE PORTRAIT DE POLLY KENNEDY · texte numérisé non relu

LE PORTRAIT DE POLLY KENNEDY

les Cumberland, et c'est peut-être là, comme le suggère Tom Taylor, le dîner dont parle l'auteur dramatique, où Reynolds ayant reproché à Johnson ses onze tasses de thé, le lexicographe répliqua : " Monsieur, je n'ai pas compté vos verres de vin, pourquoi compteriez-vous mes tasses de thé?" Ce n'est pas la seule allusion qui nous montre un Sir Joshua aimant à vider son verre.

Quant à ses travaux d'atelier pendant cette année 1771, la liste des rendez-vous comprend beaucoup de mentions telles que "enfant," "jeune garçon," " Égyptien," " George White (le paveur qui posa pour Ugolin et d'autres figures), côte à côte avec " Miss Kennedy," " Mrs. Abington," " Mrs. Baddeley," " Lady Waldegrave," "Sir Charles Bunbury," " Bartolozzi," &c. L' " Ugolin," qui devait prendre tant de son temps et lui donner tant de peine avant d'être fini, était dès lors commencé, et cela explique probablement la plupart des modèles cités plus haut. Les meilleurs fruits de l'année, cependant, furent les portraits de Lady Waldegrave, déjà Duchesse de Gloucester, bien que la chose ne dût être connue que douze mois plus tard, de Mrs. Baddeley, de Mrs. Abington — tableau qui était récemment dans la collection de Lord Carrington — et de Polly Kennedy. Ce dernier vient d'émigrer de Barton, où il resta si longtemps, à Clieveden. Il fut terminé pendant les mois où la frêle et bonne Polly était dans l'angoisse à propos du malheur de ses deux frères condamnés à mort pour le meurtre d'un veilleur de nuit, dans une rixe à Westminster, pendant les premières semaines de 1771 . L'histoire, avec son dénouement plus ou moins heureux, est racontée en détail par Leslie et Taylor.* Ce portrait paraît être un bon exemple de la disposition de Sir Joshua à donner un certain à-propos à ses conceptions. La jeune fille a une expression tendue et anxieuse ; elle tient un mouchoir près de son visage, comme si une soudaine lueur d'espoir venait d'interrompre une longue crise de larmes. C'était Sir Charles Bunbury qui avait commandé le portrait; Sir Joshua lui écrit, en septembre 1770: —

"J'ai fini le visage, et j'en suis très satisfait. Il a plus de grâce et de dignité que tout ce que j'ai fait jusqu'ici, et c'est le mieux pour la couleur. Quant au costume, je serais bien aise qu'on le laissât indécis jusqu'à ce que je revienne de mes quinze jours d'excursion. A mon retour, j'essaierai différents costumes. Les costumes orientaux sont très riches et ont bien une sorte de dignité; mais c'est un simulacre de dignité, comparée à la simplicité

* Vol. I., pp. 394-398.

de l'antique, &c." La dernière séance fut donnée en janvier 1771, alors que les efforts persévérants de Miss Kennedy avaient réussi à sauver du moins la vie de ses frères.

Les tableaux que Sir Joshua envoya à l'Exposition cette année sont : "Vénus grondant Cupidon d'apprendre à calculer,"* "Nymphe et Bacchus," f "Jeune fille lisant" (Offy Pal mer, absorbée dans Clarisse), % "Un vieillard" (White, le paveur), § "Portrait de Mrs. Abington," || et "Portrait d'un Gentleman" dont l'original n'est pas connu. Le protégé de Sir Joshua, Barry, y envoya sa première contribution, L'Adam et Eve," qui est maintenant au Victoria and Albert Muséum. Il y avait sept Gainsborough, et West était représenté par la fameuse " Mort de Wolfe." Le catalogue contient un total de 276 numéros, un peu plus que n'en peuvent montrer aujourd'hui les trois premières salles de Burlington House. Une estampe bien connue, par Earlom d'après Brandoin, représente l'Exposition de cette année. Le tableau de Barry y occupe la place d'honneur, tandis que le "Vénus et Cupidon" de Sir Joshua est à côté.

Ce fut en 1771 que Sir Joshua augmenta sa maisonnée du seul de ses élèves dont on se rappelle encore le nom. James Northcote était un de ses compatriotes. Il était né à Plymouth en 1746. Son père, horloger, le mit à son métier jusqu'à ce qu'il fut arrivé à l'âge d'homme. Lorsqu'il eut vingt-cinq ans, ayant, je suppose, acquis d'une manière ou d'autre quelque teinture des rudiments de l'art, il s'enfuit à Londres, et peu après se trouva en quelque sorte élève de Reynolds. Il demeura cinq ans dans la maison de Leicester Fields ; puis il travailla pendant deux ans comme peintre de portraits, économisa quelque argent et fit le voyage d'Italie, où il séjourna deux ans. En 1781 il s'établit définitivement à Londres, où il vécut et peignit pendant un demi-siècle, étant mort en juillet 1831, à l'âge de quatre-vingt cinq ans. En tant qu'il est la meilleure source de renseignements sur un des côtés de la carrière de Sir Joshua, Northcote ne peut cesser d'être intéressant ; mais, même comme peintre, il ne mérite pas de tomber absolument dans l'oubli. Ses " machines " historiques sont assez pauvres ; mais ses quelques portraits

* Appartenait à la collection du feu duc de Charlemont. f A l'Hon. W. F. B. Massey-Mainwaring.

% Se trouvait dans la collection de Mr. John Heugh. § Brûlé dans l'incendie du Château de Belvoir, 1816, Il A Mr. Charles Wertheimer.

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