‹ Sir Joshua ReynoldsChapitre 44 sur 123 · LES ÉLÈVES DE SIR JOSHUA · texte numérisé non relu

LES ÉLÈVES DE SIR JOSHUA

ont du mérite, et beaucoup de ses copies d'après Reynoids font bonne figure au-dessus du nom de Sir Joshua lui-même. *

A Barton, le ■■ Master Bunbury" de Sir Joshua se trouve dans la même maison que la copie de Northcote. Si le premier perissa.t, la seconde ne le remplacerait pas mal, bien qu'un œil exerce ne pmsse la prends pou nn Reynolds original. Northcote passa un temps assez heureux a Le.ces r Fields II était persona grata auprès de Miss Reynolds, qu. goûta t, dit-on sa conversation et le grasseyement des provinces de l'ouest. Reynolds mi-même eût-il été aussi satisfait s'il avait su que. observateur pénétrant .1 abritait sous son toit, voilà qui n'est pas si certain.

Dans une lettre écrite quelques jours après avoir été reçu dans la maison du Président, Northcote donne la description suivante des arrangements pns pour les élèves : —

Le premier jour que j'allai, là pour peindre, je vis un des élèves de Sir Joshua. et en cLs",^, e fus très surpris de trouver que - disciples étaient abscu étrangers à sa manière de travai.ler, qu'i. employait des couleurs et des vern^don ceux ca ne connaissaient rien, et qu'il peignai, toujours dans une salle éloignée d -x qu ils ne le voyaient jamais à moins qu'il n'eût besoin de peindre une mam ou un morceau

• L'aspec. de Northcote était remarquable. Fuseli disait qu'il avait l'air d'un rat qui a vu un chat etHavdon un Iparriote du Devou, donne de se, manières e, de son intérieur u„e descnplion

™X demeurait au numéro 39, Argyll Street. On me fi, entrer d'abord dans une sale galerie puis ,„ haut, dans „„ plus sa,e atelier, e, là, sous une haute fené.r., avec la lumière "£"«££ sa tête chauve et grise, se tenait une figure minuscule et ratatinée, dans une «* «*£^ à raie, bleues, des lunettes relevée, sur le front Tout eu me regardant vec finesse de petits yeux brillants, il ouvrit la lettre, la lut, et, avec l'accent le plus marqué du j*™££ ■Ainsi, vous voulez être peintre, n'est-ce pas? Quelle sorte de peintre? Pantre **»=.

monsieur/ 'Peintre d'histoire! Eh bien, vous mourrea de faim avec une botte de £*» * M£ ■Alors il abaissa ses lunettes e, relu, la note; il les remonta, me regarda mah« en. e. 4t. ■Je me rappelle votre père, e. votre graud-pére aussi ; il peignai,.' 'Je l'a, entendu te m« •Oui, il pdgni, un jour un éléphant peur u„ tigre, et il demanda à mon père de quell e «te ta n„,é rieur des oreilles, e. mou père dit rougca.re, e. votre graud-pére rentra chea lu, et e„ peig m un vermillon/ Puis il ricana, jouissant eu lui-même de ma confusion devau. cette "f^"™* anecdote. ■ Je vois/ ajeu,a-,-il ; ■ Mr. Hoare di. que vous étudie* l'aua.em.e ; ça ne sert i nen Su

joshua ne la savait pas ; pourquoi auriea-vous besoin de savoir ce qu',1 ne savait pas? - -Mais Miche Auge la savait, monsieur.' -■ Miche,- Ange ! Qu'est-ce qu'il a à faire ,ci? D fa a que ou peigniez des por.rai.s ici.'-Ce me. m'irrita, e, se„a„« les lèvres, je dis: 'Je ne veux c*s! - Vo ne Lia pas,' cria .e pc.i. homme; -mais il le faudra! Vo.re père n'es, pas .,o , a,ge .*«*« pas?'-' Non, monsieur; mais il a un bon revenu c. il m'entretiendra pendant .mis ans.- Vraiment? Il ferait mieux de vous laisser vous entretenir vous-même.'"

draperie d'après eux, et qu'en ce cas ils étaient toujours congédiés dès qu'il en avait

fini avec eux.

Il n'a que deux jeunes gens chez lui en ce moment, et tous deux se conduisent à mon égard avec une grande amabilité. . . .

Je m'aperçois que Sir Joshua est si entièrement occupé toute la journée par les affaires ou la compagnie que j'ai rarement l'occasion de le voir. . . .

Une autre fois, dans une lettre à son frère, il dit : —

Je vais régulièrement tous les jours chez Sir Joshua Reynolds, et fais des copies d'après les tableaux de sa collection. Il est très bon pour moi, et m'invite souvent à dîner et Miss Reynolds est la meilleure nature de femme que j'aie jamais rencontrée. . . .

Au bout de quelque temps, l'enthousiasme de Northcote fit une telle impression sur Reynolds qu'il offrit de le prendre chez lui aux mûmes conditions que les autres élèves — offre qui fut acceptée avec joie.

Les lueurs indirectes jetées par Northcote sur les habitudes et la disposition de Sir Joshua contribuent toutes à confirmer l'opinion que j'ai cru devoir adopter touchant son caractère. En août 1 77 1 , Northcote écrit à son frère: —

Votre lettre . . . m'a été remise pendant que je dînais avec Miss Reynolds, Miss Offy Palmer et Mr. Clark. Miss Reynolds avait, elle aussi, une lettre par le même courrier ; mais ce n'était pas de Sir Joshua, qui est en ce moment à Paris, car il ne lui écrit jamais, et, entre nous, il ne converse que rarement comme nous avions l'habitude de le faire dans notre famille, et il ne lui donne jamais aucune leçon de peinture. Je me suis aperçu qu'elle ignorait absolument qu'il m'avait invité à être son disciple et à demeurer chez lui, avant que je le lui eusse dit. Elle a le commandement du ménage et des serviteurs autant que lui. . . . L'autre jour, le Dr. Goldsmith dînait ici ; c'était la première fois que je le voyais. J'avais déjà dit auparavant à Sir Joshua et à Miss Reynolds que j'étais très curieux de le voir, et lorsque j'entrai dans la chambre, le premier mot que Sir Joshua me dit, fut : " Voici le Dr. Goldsmith, Mr. Northcote, celui que vous désiriez tant voir ; pourquoi désiriez-vous le voir ? " La soudaineté de la question me troubla un peu, et je répondis : " Parce que c'est un homme notable ! " Ceci était, en un certain sens, si peu en rapport avec son caractère, que Sir Joshua se mit à rire de bon cœur, et il dit qu' à l'avenir on l'appellerait toujours le Notable ; mais ce que je voulais dire, c'est qu'il était un homme à noter, un homme éminent.

Voici deux autres anecdotes de la même source, qui ajoutent quelques touches au portrait : —

Un matin, que Garrick faisait visite à Sir Joshua Reynolds, je l'entendis de la chambre voisine, où j'étais au travail. Il parlait avec une grande liberté de Cumberland,

LADY BAMPFYLDE

Alfred de Rothschild, Esq.

REYNOLDS ET NORTHCOTE 81

l'auteur, et condamnait ses œuvres dramatiques. Je me rappelle ses expressions : — " Dieu damne sa face de torchon ! Ses pièces ne seraient jamais bonnes pour la scène, si je ne les cuisinais, et si je ne faisais aussi pour lui les épilogues et les prologues ; c'est comme ça que le public les avale." Il ajouta : " 11 vous déteste, Sir Joshua, parce que vous n'admirez pas son Corrège." "Quel Corrège?" répondit Sir Joshua. "Eh! son Corrège," reprit Garrick, " c'est Romney."

Northcote se servait volontiers de ses oreilles. En une autre occasion, il entendit sans être vu Mrs. Garrick injuriant Foote pour les perpétuelles railleries qu'il faisait de Garrick, aussi bien dans les journaux que dans sa conversation particulière. Sir Joshua répliqua que cela ne devait point lui causer de peine, car c'était une preuve évidente de l'infériorité de Foote, puisque c'est toujours le plus petit qui descend jusqu'à l'envie et à l'injure.

Northcote travaillait dans une salle, aujourd'hui détruite, attenant à celle de Sir Joshua. Elle servait aussi comme d'une sorte de magasin pour les moulages en plâtre, les portraits rejetés et autres rebuts de l'atelier principal. Leslie affirme que les élèves voyaient les ouvrages du maître tous les jours et à toutes les phases du travail ; mais les déclarations de Northcote lui-même nous montrent que Reynolds ne se découvrait point ainsi. En fait, Leslie écrit trop souvent comme un partisan. Northcote raconte ceci :

Je me rappelle qu'une fois que je disposais les plis d'une draperie avec grand soin sur le mannequin, pour m'en servir de modèle en travaillant à un de ses tableaux, il me fit remarquer qu'on ne ferait point une bonne draperie en l'arrangeant si artificiellement, et que, chaque fois que les plis ne tombaient pas bien, je devais essayer de les faire tomber mieux en secouant au hasard l'étoffe de la draperie ; que c'était par ce moyen que je trouverais la Nature, qui est toujours supérieure à l'art.

Là-dessus Leslie remarque :

Et cependant, Northcote, après avoir rappelé cela, disait à Hazlitt : " Si j'avais à faire un reproche à Sir Joshua, ce serait qu'il était un très mauvais maître en fait d'art."

Comme si une simple observation, quelque bien appliquée qu'elle fût,

suffisait pour faire d'un homme un Léon Cogniet. La vérité sur

l'activité de Sir Joshua comme professeur est probablement contenue dans

,. cette assertion qu'il ne donnait un enseignement que " lorsqu'une occasion

s'offrait accidentellement de le donner."*

Northcote resta cinq ans avec Sir Joshua. Il le quitta en 1776 (il est permis d'anticiper un peu), en partie parce qu'il croyait qu'il n'avait plus rien

* Gwynn : Memorials of an Eighteenth Century Painter {James Northcote) ; p. 100.

à apprendre, et en partie parce qu'il trouvait sa situation dans la maison gênante. Dans une lettre à son frère, datée de février 1775, il dit:

Je vois qu'il est très désagréable à Sir Joshua qu'on vienne me voir dans une quelconque des salles où je peins ; de sorte qu'il me faut vivre toute la journée comme un ermite, à quoi je me soumets, car je désire l'obliger en tout ce qui est en mon pouvoir. Ainsi, toute personne qui me visite pendant le jour a de grands inconvénients à supporter de beaucoup de manières, que je pourrais vous expliquer mieux si nous étions ensemble ;

pour ces raisons, je ne voudrais pas que vous encouragiez D à venir souvent, ni à

songer à bavarder Tout cela, il faut que j'y renonce absolument. ... Le seul endroit

où je puisse recevoir quelqu'un à l'insu de Sir Joshua est une chambre telle que je suis

mortifié de m'y faire voir par qui que ce soit Lorsque Dawson vint me faire visite,

il désirait beaucoup voir la pièce où je travaillais et je le conduisis dans ce lugubre trou, mais cela me mortifia.

Vers le 12 mai 1776, Reynolds et Northcote se dirent adieu avec ce qui passait pour de la cordialité au XVIIIe siècle. Le dernier conseil de Sir Joshua fut de se souvenir que, pour réussir en art, " il faut faire quelque chose de plus que ce qui réussissait autrefois. Kneller, Lilly et Hudson ne sont pas suffisants aujourd'hui " ; remarque improvisée sur laquelle Northcote insiste, comme si elle avait été le résultat d'une intention méchante.

Pour revenir à l'année 1771, le seul autre événement de la vie de Sir Joshua qui mérite d'être enregistré, est une visite à . Paris. Du 13 août au 6 septembre, il séjourna dans la capitale de la France ; mais il n'existe ni notes dans son carnet ni autres indications pour nous apprendre ce qui l'y avait conduit et comment il y passa son temps.

L'année suivante, 1772, est particulièrement remarquable par les nombreux articles du carnet se rapportant à l'Ugolin. La plus grande partie du travail auquel ce tableau donna lieu, fut accomplie dans ces douze mois, et ce fut, relativement, du travail gaspillé. Il est pénible de parcourir la liste des rendez-vous et de voir combien souvent des mentions comme : "enfant (pour Ugolin)," "vieillard (pour Ugolin)," se mêlent aux noms de Mrs. Abington, de Mrs. Baddeley, de la Duchesse de Buccleuch, de Lady Mary Scott, de Mr. Dunning, de Miss Meyer et d'autres, qui devaient être cause d'une addition réelle au trésor universel de l'art. Cette année aussi vit un nombre plus qu'ordinaire d'interruptions de travail, par suite du goût qu'avait Sir Joshua de se laisser flotter sur le grand courant de la société

ALDERMAN DE PLYMPTON 83

londonienne. Dans les affaires mondaines, il semble avoir pris pour modèles Topham Beauclerc, Lord Melbourne, Lord Palmerston. Partout où le plaisir s'alliait à la mode — la mode du grand aussi bien que du demi-monde — on est sûr de le rencontrer. Nous savons d'après son carnet qu'il était au Panthéon la fameuse nuit où Mrs. Baddeley fut, malgré les protestations des commissaires, portée à l'intérieur par les jeunes gens qui avaient eu part à ses faveurs, et on ne peut s'empêcher de soupçonner que la raison donnée par Johnson pour s'être montré dans une semblable foire aux vanités lui avait été suggérée par le Président. Boswell lui faisant observer qu'il n'y avait pas pour une demi-guinée de plaisir à voir cela, Johnson lui répliqua: "Mais, Monsieur, il y a pour une demi-guinée d'infériorité pour les autres à ne l'avoir pas vu." Le sentiment est ici beaucoup plus semblable à celui de Sir Joshua qu'à celui de Johnson. Pendant cette année, Reynolds se montra aussi régulièrement aux lundis du Club de Gerrard Street, aux dîners du mercredi au Café britannique (t/ie British Coffee House), aux jeudis de l'Étoile et la Jarretière {the Star and Garter), et aux dimanches de quinzaine des Dilettanti. Beaucoup de notes du carnet se rapportent à Sir William Chambers, avec qui Sir Joshua discutait, sans doute, les projets de l'installation des nouvelles salles, à Somerset House, qui devait commencer dix-huit mois plus tard. Les relations de l'Académie avec X Incorporât ed Society occupaient aussi une grande part de son attention ; car ce fut cette année que celle-ci ouvrit sa belle salle sur l'emplacement où est aujourd'hui le Lyceum Théâtre ; elle invita le Conseil de l'Académie à la cérémonie d'inauguration, invitation que le Conseil déclina avec plus de grâce que de bonté. L'Exposition de l'Académie continuait à prendre de l'extension, car, en 1772, le catalogue atteint un total de 324 numéros, y compris plusieurs ouvrages envoyés de l'autre côté de la Manche par des membres de l'Académie française de Peinture. Le tableau le plus attrayant de la collection était le Zoffany bien connu: "Académiciens réunis autour du Modèle dans la Salle d'études d'après le modèle vivant, à Somerset House."

Ce fut en septembre de cette année que Sir Joshua reçut de sa ville l'honneur qui lui fit un si singulier plaisir. Le 9, Samuel Northcote écrit à son frère: "J'ai été très surpris en apprenant de vous que Sir Joshua venait ici pour être fait alderman de Plympton : j'avais entendu parler de cela, il est vrai, par Mr. Mudge, mais je n'avais pas accordé le moindre crédit à la

nouvelle, regardant les triviales affaires d'un sale bourg comme choses tout à fait étrangères aux préoccupations de Sir Joshua Reynolds; vraiment la seule façon dont je puisse m'expliquer cela, c'est de supposer que l'esprit de Sir Joshua a été tellement engagé dans la poursuite de la connaissance de son art, qu'il n'a pas regardé d'assez près pour remarquer la vilenie et la corruption qu'il y a dans ces affaires, mais qu'au contraire il conserve peut-être quelque chose de l'idée qu'il se faisait d'un alderman lorsqu'il était un petit garçon."

Samuel Northcote était une personne très sensée; mais ayant passé toute sa vie dans son lieu natal, il manquait h se figurer nettement combien, pour quelqu'un qui l'a quitté jeune, l'éloignement prête de charme aux scènes et aux gens à demi oubliés de son enfance.

Page 1