‹ Sir Joshua ReynoldsChapitre 46 sur 123 · UNE SEMAINE DE SA VIE · texte numérisé non relu

UNE SEMAINE DE SA VIE

convenir à ces trois belles filles, se tenant par la main sur le seuil même du mariage, avec l'avenir si brillant devant elles. Il n'y a pas d'autre séance de pose convenue pour le lundi, mais à 7 heures du soir, il y a la conférence de l'Académie, que Sir Joshua ne manque jamais,* bien que Mr. Penny ne puisse guère lui apprendre grand'chose en peinture. Voilà un mémento : " Parler pour un peintre — Lord Pembroke," qu'on peut interpréter comme on veut : ou bien Lord Pembroke avait du travail pour un peintre et avait demandé à Sir Joshua de lui en trouver un — sorte de commission dont le Président se chargeait souvent — ou bien il y avait quelque peintre à qui Lord Pembroke s'intéressait, et il avait demandé à Sir Joshua de parler en faveur de l'homme, ou de ses peintures, aux Académiciens qu'il rencontrerait à la conférence.

Le mardi, entre neuf et onze, Sir Joshua, chose étrange, n'est pas à son atelier. Il est "dans la Cité," occupé sans doute de ses placements; peut-être se débarrasse-t-il de ses fonds Indiens, qui continuent à baisser à mesure que la lutte entre la Compagnie et le Gouvernement devient plus ardente. Il est de retour dans Leicester Fields à onze heures, pour recevoir Mr. Gardiner, et, peut-être, discuter déjà l'arrangement du tableau des trois beautés irlandaises. t Mais Sir Joshua Reynolds a un rendez-vous pour midi avec Mr. Knapp, de sorte que la séance de Mr. Gardiner est interrompue ; mais elle reprend à deux heures et continue probablement jusqu'à ce que quatre heures sonnent ; Sir Joshua met alors de côté sa palette pour le reste de la journée. Comme il n'a point d'invitation à dîner en ville, il reçoit très vraisemblablement à cinq heures un de ces groupes d'amis amusants, sans cérémonie, prompts à la discussion ; après quoi vient un rubber ou une mouche, avec de la causerie, et le thé auquel président ses nièces, Mary Palmer et sa jeune sœur, la favorite de Sir Joshua, ' Offy,' qui posait dernièrement pour la ' Fille aux Fraises,' mais qui pense que son oncle lui a donné l'air beaucoup trop enfant pour une personne de quatorze ans. Entre les cartes et la conversation, les hôtes s'attardent et minuit a sonné avant que le fidèle Ralph Kirkley ait éclairé le dernier de la bande, barré et verrouillé la maison. Ces précautions ne. sont pas inutiles dans Leicester Fields, dont le voisinage fourmille de gens sans aveu et fournit une grosse portion de leurs affaires à Sir John Fielding et au Juge Welch, au tribunal de Bow Street.

Le mercredi, à dix heures, le boy vient pour poser ' le Berger ' $ et Sir Joshua le retient jusqu'à quatre, ou travaille à son Ugolin, ou à sa Fille aux Fraises, ou aux portraits du Duc et de la Duchesse de Cumberland, ou bien il passe un dernier glacis d'or sur le groupe de la jeune et belle actrice Mrs. Hartley, en Nymphe, portant sur l'épaule son petit garçon, enguirlandé de vigne, en Bacchus enfant.§ Et ainsi les minutes volent jusqu'à ce qu'il soit temps de s'habiller pour aller dîner, à quatre heures, au Britisk Coffee House (Café britannique), où Sir Joshua a rendez-vous avec toute une société, Sir Thomas Mills probablement, Cumberland, Adam Drummond, Richard Burke (en ce moment revenu

Tom Taylor aurait dû dire: "n'omet jamais d'enregistrer dans son carnet." Nous savons par Boswell et par d'autres, que quelquefois il la manquait, t En réalité, elles étaient écossaises.

t Le Berger jouant de la flûte, aujourd'hui en la possession du Comte de Camperdown. § Appartenant maintenant à Sir William Agnew, baronet.

en congé de son poste à Grenade), et peut-être Caleb Whitefoord et le Dr. Barnard. Ils se retrouveront à Drury Lane à six heures et demie. La pièce est la tragédie nouvelle de Home, intitulée Alonzo. C'est la troisième représentation, ou représentation d'auteur, dont la recette, après déduction des frais, va dans les poches de l'auteur, lequel reçoit souvent en outre, pour la vente de ses droits à l'éditeur, autant qu'il a pu recevoir du théâtre. Son Douglas a fait à Mr. Home une réputation, et la salle est comble. Alonzo est un terrible échantillon de ce qu'il y a de plus lourd en fait de tragédie classique, avec les mobiles et les ressorts traditionnels. . . . Malgré son respect pour Mr. Home, son admiration pour Mrs. Barry et son excellente éducation, on se figure Sir Joshua dissimulant parfois un bâillement, et très heureux lorsqu'on en arrive à regorgement final et qu'il peut s'en aller au lit, ou, ce qui est encore plus probable, à un joyeux souper au " Britannique," ou à la " Tête de Turc."

Jeudi, point de rendez-vous, ni de clients, ni de modèle. ... A quatre heures, il y a un "dîner à la maison"; mais les invités s'en vont à temps pour que Sir Joshua soit à la conversazione de Mrs. Ord, à huit heures. Mrs. Ord est l'intelligente femme d'un opulent gentleman northumbrien, et bien que fille d'un simple chirurgien, elle s'est poussée jusqu'au premier rang des ' Bleues "... immédiatement après Mrs. Montague, Mrs. Walsingham, et Mrs. Vesey. Sir Joshua est sûr de rencontrer là les principaux lions littéraires du jour, Johnson, ... un ou deux évêques — très probablement Shipley, de St. Asaph, ou Newton, de Bristol, ... un léger nuage d'avocats et de docteurs, le Dr. Warren ou le Dr. Brocklesby, Mr. Pepys ou le jeune Mr. Jones, qui a récemment publié ses poésies tirées du persan. Il y viendra en outre, pendant la soirée, quelques-uns des beaux-esprits et des nobles à la mode qui se mêlent à la société littéraire du temps : Topham Beauclerc, Lord Palmerston, Lord Lucan, Lord Mulgrave, Lord Ossory; il se peut même que George Selwyn y paraisse, marchant comme un homme endormi, et qu'il laisse tomber un de ces mots dont la gravité languide de sa parole double le mordant. Plus formidable que le groupe des messieurs est le cercle étroitement serré des dames, en hautes coiffures . . . longs corsages, amples manchettes, et larges jupes raides, d'épaisse soie brochée ou de riche brocart. Il y aura Mrs. Montague, avec son visage mince et intelligent, son grand air, ses yeux qui brillent et ses diamants qui éblouissent, s'entretenant cérémonieusement et pompeusement, mais sans méchanceté ni sottise, avec la Duchesse de Portland et Lady Spencer, flanquée peut-être de Mrs. Chapone, ... ou de Mrs. Carter, ... ou de Mrs. Lenox, alors dans un grand ennui, car l'appartement qui lui avait été accordé à Somerset House est sur le point d'être démoli au cours de la reconstruction projetée par Sir William Chambers. . . .

Ces dames veillent tard, et il se peut que deux heures sonnent à St. Martin's lorsque la voiture de Sir Joshua tourne le coin ouest de Leicester Fields en rentrant chez lui.

Lord Cathcart pose le vendredi matin . . . C'est un officier distingué, qui a servi et a reçu une blessure à Fontenoy. Il a été Ambassadeur à St. Pétersbourg, et il est alors sur le point d'être nommé Lord Haut Commissaire à l'Assemblée

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