‹ Sir Joshua ReynoldsChapitre 48 sur 123 · LA COMEDIE DE GOLDSMITH · texte numérisé non relu

LA COMEDIE DE GOLDSMITH

payer les dettes de Charles Fox, que ses amis de club estiment à un peu plus de cent mille livres sterling. Peut-être prend-il part à la discussion sur les costumes pour les quadrilles de Henri IV et de Charles II au prochain Almack ; il écoute les hypothèses sur l'auteur de X Êpître Héroïque qui est pour le moment la rage dans la partie de la ville où est la Cour, comme le Guide de Bath l'a été auparavant, et comme la Rolliade le sera après ; et il met une sourdine à sa trompette pendant que Lord Spencer s'étend sur le dernier Andréa Sacchi qu'il a acheté pour un Guide. Il a, en outre, à battre le rappel des votes pour son nouvel ami, Mr. Luke Gardiner, qui a posé sa candidature aux Dilettanti, et dont le sort doit être fixé ce soir. On fait beaucoup d'esprit, on cause beaucoup d'objets d'art, on rit beaucoup, on boit beaucoup de vin, et de tout cela Sir Joshua prend sa part de bon cœur, mais modérément.

Ceci, peut dire le lecteur, n'est en grande partie que conjecture ; mais quand on a comparé les carnets avec Boswell, Northcote, les publications de la Commission des Manuscrits Historiques et d'autres autorités, on reste singulièrement convaincu que telle était la façon dont Reynolds employait ordinairement ses journées. Il était exempt de ces mouvements irréguliers et impulsifs qui poussent aux aventures. C'était sa nature de prévoir, de marcher par étapes marquées d'avance, et de tenir ses engagements avec une ponctualité telle que jamais ne se laisse entrevoir le plus léger manquement à les remplir. S'il eut jamais la tentation d'être excentrique, ce fut, il est facile de le deviner à coup sûr, à l'occasion de ses rapports avec Goldsmith, pour qui il paraît avoir ressenti une affection quasi paternelle. Cette affection fut mise à l'épreuve pendant cette année 1773. Dans les premiers mois, la santé de Goldsmith était mauvaise, et pire sa disposition d'esprit, car ses dettes étaient pressantes, et sa pièce — suivant ceux qui auraient dû le mieux s'y connaître — attendait tout simplement le coup de la mort. Il se peut, cependant, que les histoires courantes sur ce sujet contiennent quelque exagération. Il est difficile de croire qu'un directeur et une compagnie d'acteurs expérimentés aient pu lire She Stoops to Conquer sans qu'aucune lueur éveillât en leur esprit le soupçon de son mérite. Ils ont pu avoir des doutes sérieux; une farce en cinq actes était une expérience; mais ils ne peuvent guère avoir été si absolus qu'on le dit dans leur conviction d'aller au-devant d'un échec, car, dans ce cas, ils ne l'auraient pas jouée du tout.

La première eut lieu le 15 mars. Goldsmith et ses amis dînèrent ensemble, avant la représentation, à la taverne de Shakespeare, près du théâtre. La réunion comprenait Reynolds, Johnson, Steevens, les deux Burke, père et

fils, Caleb Whitefoord, Sir Thomas Mills, Cumberland et quelques Écossais, " parmi lesquels on remarquait un certain Adam Drummond, homme sans prix pour la première d'une comédie, car il était doué du rire le plus sonore et le plus contagieux." Goldsmith, naturellement, était misérablement abattu. Il ne put manger, et lorsqu'il fut temps de se transporter au théâtre, il avait disparu. L'histoire du triomphe de la comédie est trop connue pour être répétée ; mais lorsqu'on eut découvert Goldsmith errant çà et là dans le Mail et qu'on l'amena au théâtre juste au moment où le rideau se levait pour le dernier acte, on peut être sûr que Reynolds, en sa double qualité d'ami et de prophète bien inspiré, eut la poignée de main plus vibrante qu'à l'ordinaire.

L'Exposition de 1773 comptait douze tableaux de Reynolds: les portraits du Duc et de la Duchesse de Cumberland,* de la Duchesse de Buccleuch,f de Lady Melbourne avec son enfant, + de Mrs. Damer, de Mr. et de Mrs. Garrick,§ et de Mr. Banks ; une jeune fille, un gentilhomme, une " Nymphe avec un jeune Bacchus " (Mrs. Hartley et son enfant), || la "Fille aux Fraises, " % et " Ugolin et ses enfants dans le Donjon." ** Leslie suggère que la générosité inaccoutumée dont Sir Joshua fit preuve pour l'Exposition de cette année doit s'expliquer par le fait que Gainsborough n'y avait rien envoyé et qu'il fallait combler les lacunes résultant de cette abstention. Le motif de l'éloignement de Gainsborough n'est pas connu, sauf par Walpole, qui note dans son catalogue que "Gainsborough et Dance, s'étant trouvés en désaccord avec Sir J. Reynolds, n'ont pas envoyé de peinture à cette Exposition." Gainsborough était un intime ami de Kirby, ce qui peut expliquer un certain manque de cordialité entre lui et ses confrères de l'Académie ; c'était aussi un mortel susceptible, et les causes de querelle ne manquent jamais entre ceux qui peignent les tableaux et ceux qui leur assignent des places. Dix ans plus tard, il devait y avoir une rupture définitive, rupture dont Gainsborough a trop longtemps porté tout le blâme ; ff il se peut qu'il y ait eu une cause de

* Le portrait du Duc est au Château de Windsor ; celui de la Duchesse à Waddesdon. -f- Collection du Duc de Buccleuch, à Dalkeith Palace.

| Gravé sous le titre: "Affection maternelle" (Maternai Affection). Aujourd'hui à Panshanger. § Peint pour le frère de Lord Shelbume ; appartient aujourd'hui au Marquis de Lansdowne. Il Appartient à Sir William Agnew, baronet.

11 Aujourd'hui au Wallace Muséum. ** Aujourd'hui à Knole.

ff On trouvera un exposé de tous les faits dont on peut s'assurer aujourd'hui sur cette question dans le Gainsborough de l'auteur de ce livre, pages 146 — 148.

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