‹ Sir Joshua ReynoldsChapitre 51 sur 123 · LA DÉCORATION DE ST. PAUL · texte numérisé non relu

LA DÉCORATION DE ST. PAUL

à faire, doit recevoir la Communion. C'est ce que les raffinés appellent "se qualifier." En outre, les gens de Plympton sont tous sur leurs pointes, prêts à danser, et assurément Sir Joshua ne les quittera pas sans donner un bal. Mais je suppose que vous serez plus content d'apprendre que Sir Joshua est venu vendredi pour voir vos peintures et qu'il les a goûtées. Je me trouvais dîner à la maison ce jour-là, et juste après dîner, il est arrivé et a demandé à voir le portrait de votre père, se figurant que vous l'aviez fini. Après l'avoir vu, il désira que je lui fisse voir l'autre, de moi. Il dit que la tête de votre père était très bien, mais que la ressemblance n'était pas si bonne que la mienne, et il remarqua que le nez, dans le portrait de votre père, était trop gros à l'extrémité. Il désira également voir celui de votre grand'mère par Gandy .... Il dit que c'était une très bonne peinture, et il remarqua que les yeux étaient très finement peints et que bien peu des tableaux de Sir Godfrey Kneller étaient aussi bons ....

Lors de son élection à la Mairie, Sir Joshua envoya un portrait de lui par lui-même, pour être suspendu dans l'Hôtel de Ville.* On le mit entre "deux vieux tableaux," qui "faisaient l'office de repoussoir et l'encadraient très avantageusement," comme Sir William Elford l'écrivait à Reynolds : c'était deux tableaux de jeunesse par Sir Joshua lui-même !

Un autre événement de cette année qui mérite d'être enregistré, c'est la tentative avortée de faire décorer Saint-Paul par une troupe choisie de membres de l'Académie Royale. Heureusement le projet échoua. Ni Sir Joshua ni aucun de ses collègues ne connaissaient assez la peinture monumentale pour exécuter une telle tâche avec le moindre succès. Si l'Évêque de Londres l'avait permis, nous aurions eu une cathédrale remplie de dessins lugubres, mi-classiques, qui auraient absorbé la lumière sans ajouter à la solennité. Les biographes de Sir Joshua ont déploré la raideur de l'Évêque ; ils auraient dû le remercier à genoux. Son attitude épargna au peintre le malheur de gaspiller son temps à un travail auquel il était toutà-fait impropre, et le laissa libre de multiplier ces créations pleines de fantaisie qui font nos délices à tous.

Outre celles que nous avons mentionnées, il faut mettre parmi les peintures de cette année les portraits en pied de Lord et de Lady Bellamont.f celui de Richard Edgcumbe.î plusieurs des portraits de Streatham : Johnson, Goldsmith,

* Il fut vendu lorsque la municipalité fut supprimée, et se trouve maintenant à Petworth. t Le portrait de Lord Bellamont est aujourd'hui dans la Galerie Nationale, à Dublin ; celui de la Comtesse appartient à Lord Tweedmouth. I Appartient à la famille.

Arthur Murphy et Burke ; le portrait de Robert Chambers, et la fameuse " Cornélie," Lady Cockburn et ses trois enfants, qui a passé de la Galerie Nationale dans la collection de Mr. Alfred Beit pendant qu'on mettait ces pages au point pour l'impression. Leslie et d'autres écrivains affirment que le portrait de Lady Cockburn est l'un des deux seuls tableaux signés par Reynolds, et que l'autre est " Mrs. Siddons en Muse de la Tragédie." L'assertion n'est pas strictement vraie. En règle générale, Sir Joshua laissait ses tableaux se signer eux-mêmes, mais à l'occasion il rendait la chose plus sûre en y mettant son nom. Le portrait de Lady Cockburn jouit peutêtre d'un peu plus de renommée qu'il n'en mérite. Fin de couleur comme il l'est, et dans un état de conservation exceptionnel pour un Reynolds, il a trop de confusion dans son arrangement, au double point de vue de la ligne et des masses, pour donner un plaisir sans mélange. Les trois enfants sont entassés gauchement sur leur mère, et feraient croire que Sir Joshua ne comprenait pas sa théorie favorite, que la nature est supérieure à l'art. Certes on peut souvent voir un groupe semblable dans une nursery, mais il faudrait l'y laisser.

Ce fut en cette année 1773 que le Doyen de Derry, le Dr. Barnard, eut sa fameuse collision avec Johnson dans Leicester Fields et écrivit ces vers que je me suis permis d'imprimer à côté des deux portraits rimes de Sir Joshua par Goldsmith et par Mrs. Thrale, en face de la première page de ce volume. On dîna beaucoup en ville, cette année-là. Le carnet note des engagements chez tous les anciens amis du peintre et chez quelques nouveaux. Parmi ceux-ci, le plus remarquable est, peut-être, Lord Bute. Parmi ses hôtes on voit Lord Shelburne, Lord Carlisle, Sir Thomas Mills, Lord Palmerston, le Duc de Marlborough, et aussi Lord Carysfort, qu'il alla voir à Elton, dans le Northamptonshire, où les murs sont encore couverts de beaux exemples de son talent.

L'année 1774 marque une date importante pour le Président à l'Exposition. Il envoya treize tableaux : la Duchesse de Gloucester ; * sa fille, la Princesse Sophia Matilda ; f les "Dames décorant une statue de l'Hymen;" Mrs. Tollemache en Miranda ; % Lady Cockburn et ses enfants ; le Comte de Bellamont ; le Dr. Beattie ; l'Évêque Newton ; § Baretti (tête) ; || Lord Edgcumbe (en pied) ; f

* Au palais de Buckingham. f Au Château de Windsor. \ Collection de Lord Iveagh.

§ A Lambeth Palace. \\ Appartient au Comte d'Ilchester. «] A Mount Edgcumbe.

Page 1