‹ Sir Joshua ReynoldsChapitre 52 sur 123 · PARTIALITÉ DE LESLIE · texte numérisé non relu

PARTIALITÉ DE LESLIE

un portrait en pied d'une " Lady," un autre d'un "Gentleman," et un "Jupiter enfant." Le carnet pour cette année manque, de sorte que nous ne pouvons que faire des conjectures sur la façon dont le travail alla pendant ces douze mois d'après son grand-livre et les tableaux envoyés à l'Académie en 1775. Ce sont trois portraits en pied de dames, dont l'une est la Comtesse de Dysart,* Lord Ferrers,f Mrs. Sheridan en Ste. Cécile,:]: le Dr. Robinson,§ les enfants du Duc de Rutland,|| le Duc de Leinster,f la Duchesse de Gordon,** un "Gentleman" et "Un petit mendiant et sa sœur." ff Ces peintures doivent avoir été, pour la plus grande partie, exécutées en 1774, année qui ne fut pas, d'ailleurs, très pleine d'événements pour Sir Joshua. Il se la rappelait probablement dans la suite comme l'année où il connut Hannah More et où Gainsborough s'installa à Londres. Hannah était une intime amie des Gwatkin, et c'est sans doute par eux qu'elle fut présentée à la famille de Leicester Fields. La description qu'elle fait de sa première visite, de la bienveillance de Sir Joshua et de l'apparition de Johnson, avec le fameux ara perché sur son épaule, a quelque chose de la vivacité de Boswell.

Gainsborough arriva à Londres peu après la clôture de l'Exposition. Reynolds alla le voir, et on raconte que cette visite ne lui fut jamais rendue. Leslie ajoute que pendant plusieurs années, il n'y eut pas de rapports entre eux; mais autant que j'ai pu m'en assurer, il n'a pas d'autorité pour une assertion si tranchante. Gainsborough et Reynolds avaient beaucoup d'amis communs. Un grand nombre de clients passèrent de l'atelier de Leicester Fields dans celui de Pall Mail, et réciproquement ; et si la froideur avait été aussi marquée que Leslie le prétend, ils nous en auraient appris davantage là-dessus. Leslie, qui contrôle la valeur des témoignages par le plus ou moins d'accord ou de désaccord qu'ils présentent avec l'idée qu'il aimait à se faire du caractère de Sir Joshua, est particulièrement injuste envers Gainsborough chaque fois qu'il est question de comparaison. D'après lui, Gainsborough sentit qu'il était absolument inutile de lutter avec Reynolds pour la force des effets, et il adopta, en conséquence, un système de clair-obscur moins idéal — quel que soit

* A Ham House. •)• Appartient au Marquis Townshend.

î A Waddesdon.

§ Appartient à Sir Gerald Robinson, baronet, Rokeby Hall, comté de Louth.

Il On ne trouve pas la trace de ce tableau. If A Carton, comté de Kildare.

** Collection du Duc de Richmond.

ff Peut-être the Boy with Cabbage-nets, de la collection de Mr. Alexander Henderson.

ioo SIR JOSHUA REYNOLDS

le sens qu'il attache à cette expression — que celui de son grand rival. "Jamais il n'aurait pu," continue-t-il, "peindre dans la manière de Reynolds sans être au-dessous de lui ; mais en peignant dans une manière très différente, il l'égala souvent, et ses plus belles œuvres s'élèvent bien au-dessus des œuvres inférieures de Sir Joshua." On entend beaucoup parler de la nullité des opinions émises par les non-professionnels sur la peinture, mais je doute qu'aucun critique à tant la ligne ait jamais écrit phrase plus sotte que celle-là. L'art de Gainsborough est infiniment plus spontané et irrépressible que celui de Sir Joshua. Tandis que le Président maîtrisait trop souvent son imagination en y suscitant des échos du passé, Gainsborough donnait un corps à des visions que rien ne lui suggérait du dehors, si ce n'est, de temps en temps, un coup d'œil rétrospectif vers la distinction de Van Dyck.

L'année 1775 est mémorable dans la vie de Reynolds comme étant celle où il connut Eliza Sheridan, dont il devait faire plus d'un exquis portrait ; où il renouvela connaissance avec Georgiana Spencer, devenue Duchesse de Devonshire, qu'il avait peinte lorsqu'elle n'avait que six ans, et qu'il devait encore montrer au monde sous les traits d'une jeune femme et d'une heureuse mère ; où enfin il se querella avec Hone, à propos d'un tableau où celui-ci avait mis le portrait du Président à côté d'une figure nue dans laquelle des confrères de l'Académie reconnurent Miss Angelica Kauffmann. C'est aussi l'année qui vit le début des hostilités avec les colonies d'Amérique, ce qui troubla la sérénité de l'horizon social de Sir Joshua, et introduisit un élément de discorde dans les gaies réunions de ses nombreux clubs. Et pourtant c'est à ces douze mois que se rapportent plusieurs des plus vives peintures de la société où il évoluait, tracées par Boswell, le Dr. Campbell et d'autres. Ce fut le 27 mars que Drury Lane vit le bénéfice de Mrs. Abington, auquel Sir Joshua amena un contingent de quarante beauxesprits, et où Johnson occupait le siège derrière Boswell, "enveloppé dans une grave abstraction," et ayant tout à fait l'air " d'un nuage au milieu de l'ensoleillement de l'éclat et de la gaieté." Cela donna lieu à l'amusant interrogatoire auquel il fut soumis quatre iours après, lorsque "quelqu'un de la compagnie" — Boswell lui-même, bien entendu — à un souper de taverne, lui demanda : " Eh bien, monsieur, êtes-vous allé au bénéfice de Mrs. Abington ? Avez-vous vu?" Johnson: "Non, monsieur." — " Avez-vous entendu?" Johnson: Non, monsieur." — "Pourquoi donc, monsieur, y êtes-vous allé?"

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