‹ Sir Joshua ReynoldsChapitre 53 sur 123 · SES TABLEAUX A L'EXPOSITION DE · texte numérisé non relu

SES TABLEAUX A L'EXPOSITION DE

Johnson : " Parce que, monsieur, elle est aimée du public ; et lorsque le public fera de vous la millième partie du cas qu'il fait d'elle, j'irai à votre bénéfice aussi." Une semaine après, c'était le fameux dîner au Club, présidé par Fox, où Johnson grognait à demi-voix à propos d'ours, et où il fit tressaillir la compagnie avec son fameux apophthegme : " Le Patriotisme, c'est le dernier refuge des coquins." Enfin, quinze jours plus tard, Reynolds, Johnson et Boswell faisaient cette expédition chez Owen Cambridge, à Richmond, à laquelle Boswell consacre tant de pages pleines de vivacité, et qui faisait évoquer à Johnson sa propre figure en chanteur public.

Le carnet de 1776 manque, et il faut, pour le train-train des occupations de Sir Joshua, s'en rapporter aux témoignages indirects de Boswell, des lettres de Hannah More, du catalogue de l'Académie, etc. Il envoya à l'Exposition douze tableaux : la Duchesse de Devonshire (le portrait en pied d'Althorp) ; Mrs. Lloyd (en pied ; elle grave son nom sur un arbre) ; * Lord Althorp (en pied) ; -j- Lord Temple, que Walpole appelle le plus beau portrait que Reynolds peignît jamais ; j. Mrs. Montagu (buste avec les mains) ; § Maître Crewe en Henry VIII ; || le Duc de Devonshire (jusqu'aux genoux) ; f David Garrick (le tableau de Thrale ; buste avec les mains ; il joint les pouces) ; ** Maître Herbert en Bacchus ; j-f Omiah (en pied) ; X+ le petit enfant Daniel ; §§ et le jeune St. John. ||||

On verra d'après cette liste que Reynolds fit rarement plus pour la gloire de l'Exposition qu'en 1776. Comme conception, du moins, peu de ses portraits en pied de dames surpassent celui de la Duchesse de Devonshire; pour l'animation, il égala rarement le Garrick, et pour la réalisation facile et heureuse d'une personnalité de jeune garçon, il faut, je crois, placer le Maître Crewe à la tête de ses portraits d'enfants. Parmi les tableaux auxquels il travailla, s'il ne les commença ni ne les finit cette même année, se trouvent les portraits en pied du Duc de Dorset, de Sir Richard et Lady Worsley, de Lady Melbourne, de Lady Frances Marsham, et de Mrs. Weyland, les portraits à mi-corps de Sir Charles Davers, de Lady Tyrconnel et de Lord Mount Stewart, et une trentaine d'autres. Ce fut une année

* Appartient aujourd'hui à Lord Rothschild. f Est à Althorp.

J Appartient aujourd'hui au Comte Temple. § Appartient au Marquis de Winchester.

Il A Crewe Hall. <H A Crewe Hall. ** Collection Lansdowne.

tf A Highclere. ft A Castle Howard. §§ A Knole.

Illl II y a deux exemplaires de ce tableau, l'un à Belvoir, l'autre à Wynnstay.

active: les clients étaient nombreux et le temps donné aux tableaux à sujets proportionnellement maigre. Le registre n'en mentionne que trois, le "Samuel," le "St. John" et un "Jeune garçon tenant un dessin à la main." A d'autres points de vue, 1776 fit époque dans la carrière de Sir Joshua. C'est l'année où Garrick dit adieu au théâtre, et où réellement Sarah Siddons y fit sa première apparition.* C'est aussi l'année des débuts de Gibbon comme historien et, ainsi que nous l'avons déjà vu, du départ de Northcote de la maison du maître, pour s'établir à son compte, événement qui laissa probablement dans la mémoire de Sir Joshua une impression moins distincte que son élection à l'Académie de Florence et la manière dont il reconnut cet honneur en envoyant son portrait par lui-même à la fameuse collection des Uffizi.f Sur ses engagements mondains du même temps, nous en savons moins que d'ordinaire. Hannah More mentionne un dîner, en février, où il l'eut pour convive, elle et sa sœur, et décrit la gêne produite par sa surdité dans une grande réunion. Ce fut en juin ou juillet qu'eut lieu, dans Leicester Fields, le dîner où l'on discuta l'épitaphe de Johnson pour Goldsmith, ainsi que la protestation entourée de signatures contre "l'obscurité d'une langue savante" combinée par le Doyen Barnard. Tom Taylor, avec son ordinaire libéralité de conjectures, suppose que Reynolds se trouvait dans la foule, à Westminster Hall, le 15 avril, lorsque Elizabeth Chudleigh, autrement dite Duchesse de Kingston, comparut devant ses pairs sous l'accusation de bigamie. Étant donné les habitudes de Sir Joshua, il est assez vraisemblable qu'il fut de ceux qui cédèrent à ce qu'il est de mode aujourd'hui d'appeler une curiosité malsaine, d'autant qu'il avait fait le portrait de la dame dans sa jeunesse, lorsqu'elle était la beauté de son canton, j. Mais il n'y a point de preuve du fait.

Avec 1777 nous marchons sur un terrain plus sûr. Le carnet existe, pour nous aider et nous montrer que, tout affairé qu'il fût dans son atelier, Reynolds trouvait encore plus de temps qu'à l'ordinaire pour ses plaisirs mondains. Il y a des engagements à dîner notés presque chaque soir. Parmi ses hôtes, on trouve les Ducs de Bedford et de Marlborough, les Lords Edgcumbe,

* A strictement parler, son début appartient à 1775, car ce fut le 29 décembre de cette année qu'elle fit sa révérence au public dans le rôle de Portia.

f Reynolds a laissé une note sur le procédé employé pour ce portrait. " Mon propre (portrait) Florence : sur toile sans apprêt, cera solamente." La peinture est en excellente condition.

X Elle était fille du Colonel Chudleigh, de Cornvvood, près de Plymouth.

Page 1