CHAPITRE VI
IR JOSHUA n'envoya que quatre tableaux à l'Exposition de 1778; sa brosse fut moins active cette année qu'elle ne l'avait été jusque-là. Mais il y avait parmi ces ouvrages le groupe de la famille Marlborough, dont il est fait mention dans le dernier chapitre ; les autres étaient un portrait à mi-corps du Dr. Markham, Doyen de Christ Church et Archevêque d'York,* et des portraits en pied de John Campbell, qui devint Lord Cawdor,f et de sa sœur Sarah, plus tard Mrs. Wodehouse.J. Dans le groupe de Blenheim, Reynolds remporte un triomphe auquel rien jusque-là dans son œuvre ne nous avait préparés. Une fois déjà, il est vrai, il avait rassemblé sans confusion plusieurs figures dans
* Ce tableau est appendu dans le hall, à Christ Church. f Appartient au Comte de Cawdor.
% Collection de Lord Hillingdon.
le tableau des trois Montgomery, mais, en règle générale, il avait montré une étrange incapacité à inventer une ligne d'ensemble qui fût à la fois cohérente et complexe. Le fait est curieux, car il n'y a pas beaucoup de peintres qui aient mis plus de pensée dans leur œuvre, ou qui aient été plus féconds en idées heureuses. Jusqu'à un certain point, la répugnance, plutôt que l'incapacité à arranger peut expliquer ce défaut. Nous savons qu'à côté de son respect pour les principes du grand style, il avait une croyance profonde en la supériorité de la nature sur l'art. Dans le portrait de Lady Cockburn, par exemple, et dans celui de Lady Smith, il tomba dans la confusion probablement par suite de l'idée erronée qu'un tas d'enfants se traînant sur leur mère paraîtraient aussi enchanteurs sur la toile que dans la nursery. Il oubliait que le charme vivant de la chair juvénile, le libre jeu et les aspects kaléidoscopiques des membres et des contours enfantins ne seraient plus là pour lui venir en aide. Il oubliait, en un mot, comme tant d'artistes l'ont oublié depuis, que la grandeur de l'art gît dans ce qu'il fait et non dans ce qu'il suggère. Le grand art est suggestif accidentellement, il ne faut pas qu'il compte sur la suggestion. Son affaire est de créer, et ses créations doivent être aussi complètes et délimitées que celles de la nature. Quelques critiques, parmi lesquels Northcote, ont cité la " Famille Marlborough " comme une preuve que " Reynolds ne savait pas ordonner une composition où se pressent des personnages." Pour moi, elle me paraît la seule exception à ce jugement, car "les Dames décorant une Statue de l'Hymen," les "Sœurs Waldegrave," et un ou deux autres ouvrages avec trois figures heureusement combinées, ne peuvent pas s'appeler des compositions où se pressent des personnages. Même tel qu'il est maintenant, avec sa division en lumière et en ombre obscurcie par la dégradation des tons, il présente un dessin agréable aussi bien en profondeur qu'en élévation — si je puis emprunter un terme à l'architecture. L'ordonnance générale est, sans doute, artificielle. La Duchesse, debout au centre, forme le sommet d'une pyramide dont le Duc et son héritier à droite, et ses deux filles aînées à gauche, fournissent les côtés. Les jeunes enfants du premier plan contrastent heureusement avec leurs aînés par l'irresponsabilité de leur action, tandis qu'ils produisent ce sentiment de composition dans l'espace sur lequel Mr. Berenson insiste si curieusement dans son appréciation de Raphaël. L'arrière-plan, avec sa statue de Mars, est bien conçu. Le tableau n'a pas toujours été tel qu'il est maintenant, car Sir