‹ Sir Joshua ReynoldsChapitre 60 sur 123 · UN «PHILISTIN · texte numérisé non relu

UN «PHILISTIN

est l'ami de Miss Burney. " Monsieur, je ne veux point décrier l'homme ; je l'aime assez quand il se tient à sa place ; il est aussi convenable qu'aucune personne de sa sorte que j'aie jamais vue ; mais avec tout cela, Monsieur, ses prix sont honteux. Quoi, il n'a pas voulu " — regardant le pauvre Docteur avec un mépris rageur — " il n'a pas voulu faire votre tête, à vous, au-dessous de soixante-dix guinées ! " Mrs. Thrale déclare qu'il serait difficile de payer trop pour un portrait comme celui de Mr. Stuart, à la dernière

Exposition. " Quelle sottise ! " s'écrie Mr. B y ; " comment deux ou trois placages

de peinture pourraient-ils jamais valoir une telle somme?" "Monsieur," dit Selwyn, se délectant à le faire parler, " vous ne savez pas combien il s'est perfectionné depuis que vous l'avez connu à Minorque ; c'est peut-être maintenant le meilleur peintre

du monde ! " Mr. B y répond par un " Bah ! " et répète qu'il n'a pas d'objection à

faire contre l'homme. "J'ai dîné en sa compagnie deux ou trois fois; c'est un homme très convenable, qui n'est pas déplacé parmi des gentlemen ; mais, madame, que sont tous vos barbouilleurs modernes ensemble auprès d'un seul ancien? Rien! Un tas de . . . pas un Rubens parmi eux! J'en jure, madame, pas un Rubens parmi eux!"

De nos jours nous sommes portés à oublier que, pour beaucoup des contemporains de Sir Joshua, imbus des notions plus rigoureuses de la hiérarchie sociale en vigueur il y a un siècle, la situation du peintre dans la société londonienne devait prendre presque un caractère outrageant, d'autant plus qu'elle avait été gagnée sans aucune espèce de faux semblant ni d'indue soumission vis à vis de ceux qu'on appelait alors " les grands." Amateur comme il l'était de ce que la Société pouvait donner de mieux, il vivait sa vie à sa manière, invitait qui bon lui semblait à sa table, laissant ses convives se débrouiller entre eux de leur mieux, et, autant que nous pouvons le découvrir, accordant peu d'attention aux préjugés en matière de naissance et pas du tout à ceux qui touchent la morale. La tradition est venue jusqu'à nous qu'avec toute son élégance et sa suavité, Reynolds ne se débarrassa jamais des manières bourgeoises de sa jeunesse, et que jusqu'à la fin de sa vie il garda en lui quelque chose à quoi l'on voyait qu'il n'était pas né dans la classe sociale où il évoluait.

L'année 1780 vit l'Exposition se transporter de Pall Mail au nouveau domicile de l'Académie dans Somerset House. Les salles que lui avait destinées Sir William Chambers existent encore, à droite de l'entrée voûtée dans le Strand. Elles se composaient de salles d'exposition pour les dessins et la sculpture au rez-de-chaussée, d'une bibliothèque, académie des antiques, etc., au premier étage, et de deux galeries éclairées par le haut, l'une grande,

i24 SIR JOSHUA REYNOLDS

l'autre très petite, au troisième. Quelques-unes des salles étaient décorées des peintures de Cipriani et d'Angelica Kauffmann qu'on a récemment placées dans le vestibule de Burlington House. La première exposition dans le nouvel édifice eut un grand succès. Les recettes montèrent à 3069 livres sterling, plus de deux fois ce qu'elles avaient été l'année précédente, et l'accroissement de l'intérêt public se manifesta par beaucoup d'autres signes. La contribution de Sir Joshua à l'exhibition fut les portraits de Lady Beaumont,* de Gibbon, f du Comte de Cholmondeley,j de Lady Worsley en uniforme de la Milice du Hants,§ de Miss Beauclerc (fille de Topham Beauclerc) en " Una " et du Prince William Frederick de Gloucester f en costume Van Dyck. Il envoya aussi le carton de la "Justice" pour la fenêtre de New Collège. A la même exposition Gainsborough envoya quatorze toiles, huit portraits et six paysages. Dans le nombre étaient quelques-uns de ses plus beaux ouvrages, comme le George Coyte {Coyte alivé), la " Mrs. Beaufoy" de Mr. Alfred de Rothschild, "Madame le Brun" et les "Chevaux buvant " aujourd'hui dans la collection de Sir Charles Tennant. Pour nous, qui regardons en arrière par-dessus plus d'un siècle, il paraît stupéfiant que vingt tableaux tels que ceux que je viens d'énumérer puissent être suspendus dans une même salle, et ne pas causer une sensation anormale parmi ceux qui donnaient leur shilling pour les voir. De nos jours, où les peintres fourmillent, il serait difficile de trouver vingt tableaux dignes d'un second coup d'œil dans une salle d'exposition quelconque en Europe. Certainement des morceaux comme "Mrs. Beaufoy" de Gainsborough et "Lady Worsley" de Sir Joshua, donneraient à eux seuls aujourd'hui du prestige à n'importe quelle exposition. Ne se peut-il pas que nous soyons habituellement injustes envers le public de 1780? La cause de la prompte et permanente vogue des Expositions de l'Académie Royale ne peut-elle pas avoir été simplement l'art magnifique dont elles furent remplies en ces premières et critiques années ? Des écrivains, et parmi eux Sir Joshua lui-même, ont peut-être été trop prompts a attribuer le succès de l'Académie au patronage du Roi et à d'autres

* Probablement le tableau qui est aujourd'hui à Coleorton. ■f Appartient au Comte de Rosebery.

I N'a pas été reconnu. § Appartient au Comte de Harewood.

II Le tableau gravé par T. Watson, et aussi par S. W. Reynolds. Celui qui appartient à Lord Normanton semble être une répétition non terminée, bien que ce puisse être après tout le tableau exposé en 1780. 1 A Trinity Collège, Cambridge.

MRS. MEYRICK

Galerie de F Université à? Oxford

Page 1