MORT DE WILSON
Joshua, mais cédée par lui à M. de Calonne. Deux ans plus tard, Gainsborough devait rompre avec l'Exposition pour de bon ; mais ses tableaux de 1782 montraient sa vigueur aisée, sa légèreté, son mélange unique de gaieté et d'une délicatesse de main en apparence spontanée, avec la solidité et l'absence de toute fadaise, en ses meilleurs moments du moins ; et Reynolds devant eux dut se demander avec plus de perplexité que jamais : " Comment donc obtient-il ses effets ? "
L'année 1782 vit la mort d'un grand peintre anglais à qui Reynolds paraît n'avoir jamais rendu justice. Richard Wilson mourut en mai, à Llanberis, où il s'était retiré peu auparavant. Il est difficile de comprendre comment Sir Joshua faillit à percevoir la grande beauté de l'art de Wilson. Il y a des tableaux de lui * où l'on peut — mutatis mutandis — découvrir une saisissante affinité avec ce peintre. Peut-être le Président était-il aveuglé par son antipathie pour l'homme, car Wilson n'était pas une personne avec qui Reynolds, si soigneux d'éviter tout froissement, pût avoir grand'chose de commun. C'est probablement Northcote qui donne la véritable version de la gaffe commise par Sir Joshua, à propos de Gainsborough, peintre de paysage. D'après lui, le Président entra un jour au Club des Artistes {Artists Club), comme il venait de voir un beau paysage par Gainsborough. Il en fit la description et termina en disant : " Gainsborough est certainement le meilleur peintre de paysage qui soit aujourd'hui en Europe." — " Eh bien ! Sir Joshua," cria Wilson, qui était présent, "mon opinion, à moi, c'est qu'il est aussi le plus grand peintre de portrait de ce temps en Europe." Reynolds sentit sa faute, et s'excusa auprès de Wilson. f
Ce fut cette année que Sir Joshua posa devant Gainsborough. Des rendezvous de pose sont inscrits pour le 3 et le 10 novembre, deux dimanches. La
* On peut citer comme un bon exemple le portrait de Maître Hare, qui appartient aujourd'hui à Mr. Lionel Phillips.
f Le dédain de Sir Joshua pour Wilson a été constamment imité depuis par les Anglais ; et pourtant c'est un des maîtres réellement grands et originaux du XVIIIe siècle. Ses meilleurs ouvrages unissent la dignité de Claude et la vérité atmosphérique de Cuyp ou de De Hooge à la pâte grasse et riche préconisée par Reynolds lui-même. A ses plus mauvaises heures il fut l'égal de beaucoup d'artistes admis dans des collections dont les portes ne s'ouvriraient jamais à un Wilson, tandis qu'à ses meilleures, il a produit des choses avec lesquelles, dans leur genre, aucun peintre de paysage ne peut rivaliser. Malheureusement il est surtout représenté dans nos collections nationales par d'ambitieuses erreurs : des " Niobé " et des " Villas de Mécène," qui écrasent les modestes sujets où son talent délicat se montre le plus à plein.
i32 SIR JOSHUA REYNOLDS
première séance eut lieu ; mais avant que le Président pût se présenter une seconde fois à Schomberg House, il eut une de ces " deux secousses de paralysie " auxquelles Fanny Burney fait allusion dans une lettre à sa sœur, en protestant contre le rapprochement que les faiseurs de mariages établissaient entre le nom du peintre et le sien. Le 14 novembre Johnson écrit de Brighton:
J'ai appris hier votre récente maladie, et je penserais mal de moi-même si je l'avais apprise sans alarme. J'ai appris également votre rétablissement, que je désire sincèrement complet et permanent. Votre pays a couru le danger de perdre un de ses plus brillants ornements, et moi celui de perdre un de mes plus anciens et obligeants amis ; mais j'espère que vous vivrez encore longtemps pour l'honneur de la nation ; et que la jouissance de votre élégance, de votre intelligence et de votre bienveillance est encore réservée, cher Monsieur, à votre très affectionné, etc.
Il semble que dix jours soit un court laps de temps pour subir une attaque de paralysie et s'en remettre, quelque légère qu'elle soit ; et il se peut que la date donnée plus haut ait été mal interprétée. L'unique séance qu'on sait avoir été donnée à Gainsborough par Sir Joshua peut avoir eu lieu avant le 3 novembre, auquel cas elle n'est pas inscrite au carnet. Après sa guérison il écrivit à son confrère en peinture en lui donnant à entendre qu'il était prêt maintenant à poser de nouveau, mais l'insinuation ne fut pas relevée, et il n'existe aucun portrait de Reynolds par Gainsborough, ni de Gainsborough par Reynolds. Dans les derniers jours de l'année — le 28 décembre — Sir Joshua donna un dîner dont le journal de Fanny Burney nous présente une vue rapide. Il est intéressant surtout parce qu'un des convives était "Jackson d'Exeter," le musicien et l'ami de cœur de Gainsborough. Le caractère de Jackson n'était pas sans ressemblance avec celui de Gainsborough. On le dépeint comme un beau garçon plein d'originalité, de feu et de passion, mais avec des accès de silence et de distraction. Lui et Fanny firent un peu les gamins, et toute la compagnie fêta joyeusement la fin de l'année, Fanny emportant sur la joue le baiser de Sir Joshua.
Sir Joshua ne parut pas avec sa force ordinaire à l'Exposition de 1783.
Il envoya dix portraits, mais aucun d'eux, sauf peut-être une exception, ne
trouverait place dans la liste de ses meilleurs ouvrages. C'était : Mrs. Gosling,*
'Une Dame," "Une Jeune personne" (Miss Falconer, au clair de lune) ; f
* Acheté par Agnew et Fils en 1884. f Collectionne Lord Normanton.