SECOND VOYAGE DANS LES PAYS-BAS
" Un Jeune Noble," * deux groupes d'enfants,f Mr. Egerton, % Mr. Albany Wallis,§ Lord Harrington,|| et William Strahan, imprimeur et membre du Parlement. f Cette année, la dernière où Gainsborough parut sur les murs de r Académie, il s'y montra avec un tel éclat que Sir Joshua en fut complètement rejeté dans l'ombre. Il n'exposait pas moins de vingt-cinq tableaux, comprenant quelques-uns de ses plus beaux morceaux, tels que les portraits en pied de Mrs. Sheridan et de la Duchesse de Devonshire, le " Sir Harbord Harbord," les " Enfants avec des Chiens de combat," et les merveilleuses têtes de George III et de ses enfants, qui occupent aujourd'hui une suite de quatorze panneaux dans la salle des audiences privées de la Reine à Windsor. L'éclipsé de Sir Joshua ne fut que momentanée. Quelques-uns de ses plus beaux ouvrages étaient encore à venir. Mais l'impression faite par son envoi de cette année est notée dans l'un des quelques heureux couplets trouvés par Wolcott:
" We've lost Sir Joshua — ah ! that charming elf, We grieve to say, hath this year lost himself."
" Nous avons perdu Sir Joshua — ah ! ce charmant génie, Nous regrettons de le dire, cette année s'est perdu lui-même."
Deux expositions secondaires attirèrent une grande portion du public cette année : celle de Barry à la Société des Arts, où 6540 personnes payèrent un shilling pour entrer, et une, Jonas Hanway, une guinée ; et l'exhibition faite par Jarvis de sa fenêtre d'Oxford d'après Reynolds. Jarvis s'était efforcé, dans une salle de Pall Mail obscurcie à dessein, de faire réaliser à sa verrière les idées du peintre ; c'était pour augmenter d'autant plus le désappointement qui lui était réservé, lorsque la lumière diffuse de la Chapelle de New Collège viendrait renverser ses calculs. D'autres événements notables dans la vie de Sir Joshua cette année sont un second voyage dans les Pays-Bas, où il acheta quelques bons tableaux sortis des établissements religieux par suite de la politique assez insouciante de l'Empereur ; le portrait qu'il fit de Mrs.
* Walpole dit Lord Albemarle, alors âgé de treize ans ; une autre autorité dit Lord Cobham. On n'en sait rien au juste.
f Un de ces groupes était " Maître Brummell et son Frère," aujourd'hui dans la collection de Lord Iveagh. Le plus âgé des deux frères fut plus tard le fameux Beau.
\ Ainsi dit Walpole : une autre autorité y voit Sir Abraham Hume, qui, pourtant, ne posa qu'en 1786.
§ L'ami et exécuteur testamentaire de Garrick. On ne connaît pas le possesseur actuel de ce tableau. || Appartient à Lord Harrington, et est au château d'Elvaston, Derbyshire.
T Appartient à Mr. Arthur Lemon. Mr. Andrew Strahan, membre du Parlement, en offrit une copie à la Stationers1 Company (Compagnie des Papetiers), en 1815 (Graves et Cronin).
i34 SIR JOSHUA REYNOLDS
Siddons en Muse de la Tragédie et sa dernière bienvenue au Dr. Johnson au Dîner de l'Académie.
Pendant son voyage à l'étranger, il remarqua, et fut troublé de cette remarque, que Rubens paraissait moins brillant à son œil qu'il ne l'était deux ans auparavant, lorsqu'il avait vu pour la première fois Bruxelles et Anvers. Il crut avoir découvert la raison de ce déclin apparent en se rappelant qu'à sa première visite il avait pris beaucoup de notes et qu'il levait continuellement les yeux des pages blanches de son carnet vers les peintures. Northcote suggère que la vraie explication est le progrès qu'il avait fait lui-même pendant ces deux années, lequel avait diminué l'espace entre ses propres productions et celles du Flamand. On peut négliger cette explication de Northcote. Elle lui fut inspirée plutôt par son admiration pour son vieux maître que par aucune diminution perceptible de la distance, au point de vue de l'exécution, entre Sir Joshua et Rubens au cours des vingt-quatre mois qui séparent ses deux voyages en Belgique. D'un autre côté, personne de ceux qui ont l'habitude de prendre des notes dans les galeries de tableaux ne niera que l'explication donnée par Reynolds lui-même n'ait quelque fondement. Le fait de se reporter continuellement à un catalogue, quelque momentané que chaque coup d'œil puisse être, fait paraître une collection de tableaux plus chaude de couleur qu'elle ne le paraîtrait sans ce secours fortuit. Mais cette différence ne peut guère suffire à rendre compte d'une déception telle que celle de Sir Joshua. La vérité est simplement, sans doute, que son imagination avait travaillé depuis 1781, rehaussant l'impression faite sur lui par la couleur hardie et la brosse miraculeuse de Rubens, et qu'en 1783 ces impressions grossies s'étaient substituées aux souvenirs exacts, au désavantage des tableaux tels qu'ils sont. Il ne faut pas un effort extraordinaire d'imagination pour nous mettre à même de pousser une œuvre d'art un peu plus loin, dans certaines directions, que le plus grand artiste lui-même n'est capable de la porter. Pour l'œil de notre esprit nous pouvons facilement ajouter à l'éclat d'un Titien, à la force et à la profondeur d'un Rembrandt, au brillant d'un Gainsborough, et si nous nous prêtons à cette habitude et en laissons les résultats s'imposer à nous comme la mesure de nos jugements, un désappointement semblable à celui que Sir Joshua ressentit lors de sa seconde visite à Rubens en sera toujours la conséquence.
Notre plaisir, quelle que soit l'expérience, dépend de notre attente. Sir