GAINSBOROUGH ET L'ACADÉMIE ROYALE
je ne vois pas qu'elles puissent être interprétées comme une promesse si absolue ; elles signifient seulement, dans l'acception commune, que, comme vous étiez la personne ayant fait la première demande, cette circonstance ne serait pas oubliée — qu'elle ferait pencher la balance en votre faveur, en supposant l'égalité sous les autres rapports.
"Vous dites que vous attendez le résultat de ma détermination. Quelle sorte de détermination pouvez-vous attendre après une telle lettre ? Vous avez été assez bon pour me donner le conseil — pour l'avenir, de faire des réponses sans équivoque ; je le suivrai immédiatement, et en ce moment, de la manière la moins équivoque, je vous informe que ce n'est pas vous qui ferez l'estampe." *
L'Exposition de 1784 est mémorable dans l'histoire de l'art anglais par la rupture entre le Conseil de l'Académie Royale et Gainsborough. Pour le récit tronqué de cette querelle, tel que l'ont si longtemps accepté les écrivains anglais, les historiens de l'Académie et C. R. Leslie sont également à blâmer. J'ai traité toute la question assez amplement dans mon volume sur Gainsborough pour qu'il me suffise ici de prévenir les lecteurs de l'ouvrage de Leslie que le passage qui va de la page 432 à la page 433 du second volume est quelque chose de plus que peu sincère. Gainsborough ne demandait nullement à avoir un groupe de portraits en pied grandeur nature accroché à la cimaise, comme l'ont affirmé l'un après l'autre les apologistes académiques ; la réclamation modérée qu'il faisait réellement ne fut pas admise, et, en conséquence, il retira tous ses tableaux et n'exposa plus jamais. En fait, Gainsborough n'était pas un personnage académisable. Il n'était pas homme d'affaires, et il ne put jamais organiser ses idées de manière à les rendre de grande utilité aux étudiants. Ses confrères de l'Académie auraient dû voir qu'en fournissant chaque année à leur Exposition des œuvres d'art délicieuses et d'un extrême attrait, il contribuait en fait plus qu'aucun autre, hormis Reynolds lui-même, au succès de l'institution. Il est absurde de s'exprimer comme s'il déméritait de l'Académie parce qu'il ne venait pas aux réunions et qu'il ne remplissait pas à son tour les fonctions de visiteur. S'il l'avait fait, il eût été simplement un embarras. Sa mission était d'aider Sir Joshua à rendre chaque année l'appel au public irrésistible, et il l'accomplissait superbement.
Le dîner académique de 1784 fut le dernier qui compta Johnson au nombre de ses convives. Le 21 avril il avait fait des prières d'actions de grâce dans l'église de St. Clément pour son retour à une santé relative, et
* Le compte-rendu de cette passe d'armes fut publié dans les journaux du temps, avec la
correspondance.
i42 SIR JOSHUA REYNOLDS
il avait surpris Mrs. Thrale en lui annonçant son intention de se mêler aux partisans et admirateurs de Reynolds. " Je ne puis publier plus efficacement ma rentrée dans le monde, car, comme dit le Français, tout le monde s y trouvera" écrivait-il avant cette date ; plus tard il dit aux mêmes correspondants :
Samedi, je me suis de nouveau montré au monde vivant à l'Exposition ; nombreuse et magnifique était la compagnie, mais, semblable au Doge de Gênes à Paris, je n'admirai rien que moi. Je montai tous les degrés jusqu' aux tableaux, sans m'arrêter pour me reposer ou reprendre haleine,
Dans toute la folie d'un excès de santé.
Le Prince de Galles avait promis d'y être ; mais, lorsque nous eûmes attendu une heure et demie, il nous fit dire qu'il ne pouvait pas venir.
Pendant l'été, il y eut des négociations entre Reynolds, Boswell et le Lord Chancelier Thurlow, pour obtenir sur la bourse du Roi une allocation qui permît à Johnson de passer l'hiver en Italie. Le projet échoua, à cause, dit-on, de la répugnance du Chancelier à demander une faveur à Pitt ; d'un autre côté, l'offre personnelle de Thurlow de donner, sous couleur de prêt, cinq ou six cents livres, fut déclinée avec remercîments par le Docteur. En décembre, Johnson mourut. A son lit de mort il demanda trois choses à Reynolds ; de ne jamais peindre le dimanche ; de lire la Bible toutes les fois qu'il le pourrait, et toujours les dimanches ; et de lui remettre une dette de trente livres. Sir Joshua lui fit sans difficulté les trois promesses, mais quant aux deux premières, il crut inutile de les tenir.
On trouve dans la biographie de Leslie et Taylor le caractère suivant de Johnson, d'après un manuscrit prêté par Miss Gwatkin aux deux collaborateurs. De même que les deux dialogues imprimés dans le dernier chapitre, il montre Sir Joshua observateur pénétrant et capable d'écrire un bon et vigoureux anglais, lorsqu'il ne se perd pas dans les généralisations et les idées abstraites.
Trente années d'intimité avec le Dr. Johnson m'ont certainement fourni le moyen, si j'en avais aussi bien le talent, de vous donner une idée véritable et parfaite du caractère et des particularités de cet homme extraordinaire. L'habitude de ma profession malheureusement ne va qu'à considérer cette partie seulement du caractère qui gît à la surface et s'exprime dans les linéaments de la physionomie. Essayer de pénétrer plus avant, et examiner la couleur particulière de son esprit en ce qui le distinguait de tous les autres, rien que votre vif désir ne peut l'excuser de ma part. Tel qu'il est, vous pouvez faire de