SA FAMILLE
de fer à Exeter, et le troisième arriva, pour ainsi dire, sans lutte au premier rang de la plus hasardeuse de toutes les professions.
Suivant une autorité, Samuel Reynolds se mêlait d'astrologie, et passait "de nombreuses heures au haut du vieux château de Plympton à étudier les étoiles." Disons qu'il s'amusait à tirer des horoscopes. En une occasion, il aboutit à l'horrible découverte qu'un grand danger menaçait, dans sa cinquième année, la vie d'un enfant qui venait de lui naître. L'enfant,— c'était une fille— fut surveillée avec la plus grande sollicitude, et, à l'approche du temps indiqué, on ne lui permettait même plus de sortir de la maison. Mais les étoiles furent inexorables. Lorsque la date fatale fut arrivée, la petite fille,— une Theophila, elle aussi,— tomba par une fenêtre haute des bras d'une nourrice négligente, et se tua. Northcote confirme la dernière partie de l'histoire. Vraie ou non, cette accusation d'astrologie concorde avec ce que nous savons du père du peintre. On peut affirmer, sans grande crainte, que ses enfants eurent une jeunesse heureuse, auprès de parents qui employaient leur autorité à les guider plutôt qu'à les contrôler, et que le pire reproche qu'aucun d'eux ait été en droit d'adresser au père, c'est d'avoir montré une certaine nonchalance à stimuler leurs juvéniles ambitions.
Il ne semble pas que le blâme d'avoir négligé l'éducation de son fils, jeté sur Samuel Reynolds par un au moins des biographes de Sir Joshua, ait été mérité. Reynolds eut peu l'occasion de s'instruire par lui-même une fois que sa carrière artistique fut commencée. Et cependant c'était un latiniste passable,, à tout le moins ; il écrivait sa langue avec agrément, sans trop s'écarter de la correction; et l'ensemble des rapports qu'il entretint dans le cours de son existence avec les hommes les plus brillants de l'époque, tend à montrer que, dans les choses de l'intelligence, il traitait avec eux d'égal à égal. Ses biographes racontent diverses anecdotes au sujet de l'attitude prise par le père vis à vis du sentiment artistique naissant chez son fils. Au dessous du dessin d'un mur en perspective dans lequel s'ouvre une fenêtre, dessin fait au dos d'un thème latin et qui existe encore, Samuel Reynolds avait écrit: "Ceci est dessiné par Joshua, à l'école, par pure paresse." Mais il apparut peu à peu au bon magister que la "paresse pure était une explication insuffisante, et à un dessin exécuté plus tard, dans lequel, avec l'aide de la "Perspective" des Pères Jésuites {Jesuifs Perspective), Joshua avait lutté victorieusement contre les difficultés de la colonnade, ou cloître, qui soutenait la maison
d'école de Plympton, il ajouta cette note: "Or ceci est un exemple de ce que l'auteur de la Perspective affirme dans sa préface, à savoir que, en observant les règles posées dans ce livre, on peut faire des merveilles ; car ceci est vraiment merveilleux." Sa tolérance envers l'"art" apparaît aussi dans la permission accordée à Joshua et à ses sœurs de dessiner au charbon sur les murs blanchis à la chaux des corridors de la maison. En somme, il est raisonnable de conclure que Samuel Reynolds donna à ses enfants une éducation en rapport avec son rang et ses moyens : il est certain qu'il se tint l'esprit en éveil sur ce qu'ils pourraient faire dans la vie, et qu'il ne tomba pas dans l'erreur habituelle aux parents qui creusent un trou sans connaître la forme de la cheville qui doit le boucher.
Ce ne fut que lorsque Joshua eut dix-sept ans que son père prit des dispositions pour l'établir dans le monde. Il eut alors le choix entre l'art et la médecine ; voulait-il être peintre ou apothicaire de campagne ? D'une façon assez caractéristique, il déclara qu'il préférerait la médecine plutôt que de devenir un peintre "ordinaire," mais que ce choix serait interverti s'il pouvait mettre le pied sur un chemin qui le conduirait au premier rang. Pour nous, l'expression "peintre ordinaire" semble étrange. Nous sommes accoutumés à considérer la peinture comme une chose ou très humble ou très élevée, servant ou bien à protéger le bois et le fer, ou à produire des tableaux capables de concourir pour l'immortalité. Mais, au temps de Reynolds et pendant un siècle après lui, il y avait une industrie intermédiaire occupée à la satisfaction des innombrables besoins auxquels fournissent aujourd'hui les procédés dérivant de la photographie. Même en 1740 Plymouth pouvait, sans doute, fournir le degré d'éducation nécessaire à ces "peintres ordinaires." Mais cela ne satisfaisait aucunement l'ambition de Joshua. Il irait à Londres et étudierait sous les meilleurs maîtres, ou il se contenterait de la condition de médicastre de village. Ses idées s'étaient élargies, nous dit-on, à la lecture des œuvres de Jonathan Richardson, écrivain et peintre dont les productions, soit de la plume, soit du pinceau, sont, même aujourd'hui, trop peu appréciées. Le large horizon que la vue seule de Joshua n'aurait jamais su découvrir de Plympton, Richardson le lui dévoila, et du moment que ses écrits lui furent tombés entre les mains, son imagination se mit, sans doute, à travailler sur les possibilités d'avenir que le vaste monde offre à un artiste. Son père, plus influencé, probablement, par les qualités de trompe-l'œil de ses " perspectives " que par la flamme
SIR WILLIAM CHAMBERS, de l'Académie royale,
JOSEPH WILTON, de l'Académie royale,
et SIR JOSHUA REYNOLDS, Président de l'Académie royale
D'après le tableau de J.\ F. Rigaud, de P Académie Royale, dans la Galerie Nationale de Portraits