‹ Sir Joshua ReynoldsChapitre 81 sur 123 · LES DÉBUTS EN PEINTURE · texte numérisé non relu

LES DÉBUTS EN PEINTURE

un désir irrésistible de reconstituer l'homme, de trouver par le raisonnement le "pourquoi" des particularités qui firent de lui l'artiste qu'il fut, de découvrir le lien qui rattache l'ensemble de sa personnalité aux dons spéciaux grâce auxquels il devint créateur, et de déterminer la place précise dans la hiérarchie des artistes à laquelle ses créations lui donnent droit. Dans le court chapitre qui précède, j'ai esquissé le caractère de Reynolds en tant qu'unité sociale. Je vais maintenant essayer de montrer le lien— singulier à certains égards— entre son caractère laïque, si je puis m'exprimer ainsi, et son art.

Nous avons vu que dans tout le cours de sa vie, les impulsions de Sir Joshua obéirent à sa raison. Nulle passion intempestive ne le jeta jamais hors du sentier qu'il s'était tracé. Même enfant, il était exempt des enthousiasmes incommodes, et il était capable, lorsqu'on lui demandait de choisir une profession, de faire des distinctions aussi sages que peu ordinaires. "Je serai peintre," disait-il, "si vous me donnez la chance d'en devenir un bon, autrement je vendrai des drogues." Sans doute il avait dix-sept ans lorsque le choix d'une carrière s'offrit à lui ; mais que, même à cet âge, un tel bon sens est rare! Il donne l'impression, non pas tant, peut-être, de n'avoir point de passions, que d'être capable d'en nourrir une et de faire périr l'autre à son gré. Il ne montra point de ressentiment lorsque Hudson le mit à la porte de chez lui, et je ne puis m'empêcher de croire, quoi que j'en aie, qu'il provoqua de propos délibéré son renvoi. Il était en apprentissage depuis deux ans, et il devait sentir que passer deux années de plus à ce même travail serait perdre son temps. Cette hypothèse se trouve un peu confirmée par le fait que, de toutes les influences qu'il eut à subir, celle de son premier maître semble être la seule qu'il ait consciemment essayé de secouer.* Il quitta Hudson et se mit à amasser les éléments de son style. Nous savons, d'après sa manière de faire subséquente, comment il dut s'y prendre. Gandy lui révéla le parti qu'on peut tirer de la pâte et ce que vaut la largeur du faire, Rembrandt lui montra comment l'incidence de la lumière peut devenir significative et expressive, et lui expliqua, en outre, qu'un portrait doit suggérer une énergie latente, quand

* Dans l'atelier de son maître il dut apprendre, du moins, à peindre solidement, à choisir et à manipuler ses matériaux avec quelque souci de leur durée ; et pourtant, dix ans plus tard, on le voit donner à cet égard l'exemple d'une insouciance qui a été bien désastreuse pour son école.

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même il l'indiquerait à peine par l'action. Ni dans les tableaux de Gandy, ni dans les Rembrandt qu'on pouvait voir alors en Angleterre, il ne trouva grand'chose pour éveiller en lui le sentiment de la couleur. Son portrait fait par lui-même dans sa jeunesse, conservé dans la Galerie Nationale de Portraits (voy. la page de titre) est un bon exemple, peut-être le meilleur que nous ayons, de ce qu'il savait faire avant de visiter l'Italie. Il montre comme il avait bien profité des occasions qui s'étaient présentées sur son chemin. Quoique ce ne soit pas un dessin au sens absolu du mot, il est conçu heureusement. L'action permet d'obtenir l'unité sans que rien fasse sentir l'effort. Le coloris, tout sombre qu'il est, est agréable, et il est probable que, lorsque le tableau était fraîchement peint, l'ombre de la partie supérieure du visage était considérablement plus lumineuse qu'elle ne l'est maintenant. Si Reynolds, à cette époque de sa carrière, avait eu la chance de rencontrer quelqu'un qui lui eût enseigné la manière de donner toute la profondeur et le brillant possibles à ses pigments sans danger pour leur conservation, il aurait peut-être marché sur les talons de Rembrandt. Il essaya de pénétrer le secret du Hollandais en copiant ses ouvrages, et les tableaux ne sont pas rares aujourd'hui qui passent sous le nom de Rembrandt et trahissent, à ne point s'y méprendre, la main de Reynolds.* Mais il ne lui arriva pas souvent d'employer un procédé de façon consistante et avec une suffisante prévoyance. Il s'aventurait suivant sa fantaisie; il se servait de glacis d'un ton trop peu différent de la peinture solide qu'ils recouvraient, et il ne savait pas faire un usage suffisant du contraste essentiel entre les surfaces réfléchissantes et les surfaces absorbantes. Bref, il cherchait sa voie en tâtonnant dans une méthode qui demande, pour y réussir complètement, que celui qui l'emploie sache exactement dès le commencement ce qu'il y a à faire.

Ce fut son voyage en Italie qui ouvrit les yeux de Reynolds aux ressources de la couleur. En Angleterre il avait été préoccupé par les effets de lumière et d'ombre. En Italie la simplicité décorative, cette large façon d'obtenir l'effet avec une simple surface, qui est une des marques caractéristiques du midi, toucha son imagination et l'amena à travailler, pendant un temps, dans une manière qu'on ne peut guère reconnaître comme la sienne. Il cessa pour un temps sa pratique de construire une peinture. Il peignit

* Il y en a un dans la Galerie Nationale, ou je me trompe fort.

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