LES DERNIÈRES ANNÉES DE SA CARRIÈRE
"Mrs. Abington dans le rôle de Miss Prue " (1771), "la Fille aux Fraises" de Hertford House, tableau peint en 1773, et le portrait de Baretti de 1774. Sir Joshua avait l'habitude de dire qu'il n'y avait pas d'artiste, pour grand qu'il fût, qui eût fait plus de deux ou trois choses réellement originales, et que, parmi ses œuvres, seule " la Fille aux Fraises " méritait d'être considérée comme telle. Il est difficile d'être sûr du sens dans lequel il entendait que cela fût pris. Pour nous, spectateurs qui avons l'expérience d'un autre siècle, il semble avoir peint maintes choses tout aussi originales, le " Maître Crewe " par exemple, ou les nombreuses interprétations de Mrs. Abington. Je soupçonne que ce qui a l'air d'une opinion critique était en réalité la simple constatation d'un fait, et, en un mot, l'aveu que la plupart de ses inventions étaient fondées sur quelque donnée venue de l'extérieur.
Pendant les quinze dernières années de son active carrière, Sir Joshua se dépouilla de ses inconséquences. Entre 1774 et la perte de sa vue en 1789, il se laissa rarement aller à surcharger une peinture. Il semble avoir enfin tout à fait compris la futilité de soutenir l'art avec des étais nonartistiques, et à partir de 1774 on trouve rarement une composition embarrassée d'éléments extra-picturaux. Son invention est aussi active que jamais, mais elle suit des voies plus sûres. Sans doute il se contente rarement, surtout dans ses grands ouvrages, de compter seulement sur la ligne, la couleur et la lumière. Mais le sens de ce qui peut contribuer proprement à l'effet esthétique de l'ensemble devient chez lui plus infaillible, et on ne trouve plus des compositions disloquées par l'introduction de choses disparates, détruisant la valeur du foyer central. Son impuissance à ordonner une toile encombrée de personnages persiste encore. Le tableau de Lady Cockburn et ses enfants, et le groupe tout à fait analogue de Lady Smyth et sa famille, peints l'un en 1774 et l'autre en 1786, n'ont pas la moindre unité esthétique. Dans la seule exception- apparente, le groupe de la famille Marlborough de 1778, l'arrangement est si évidemment artificiel qu'en dépit de son succès, il n'ébranle pas notre opinion.* Mais lorsqu'il
* Il est un peu singulier que, près de vingt ans auparavant, Reynolds ait écrit de laborieux sarcasmes contre le principe même qu'il met ici en action. Dans un de ses Idlers (29 Sept. 1749) il fait dire à son "connaisseur pour rire" {cheap connoisseur): "Quel dommage que Raphaël n'ait pas connu le principe de la pyramide ! il serait alors arrangé pour mettre ses figures du milieu sur un terrain plus élevé, ou faire que les figures des extrémités fussent penchées ou couchées; ce qui non seulement aurait donné au groupe la forme pyramidale, mais aurait également fait contraster les figures debout."
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s'agit d'une ou de deux figures, il atteint une unité qui avait été jusque-là hors de sa portée et il n'est pas rare qu'il l'atteigne grâce aux moyens mêmes qui avaient été jadis la cause principale de ses échecs. Mrs. Lloyd écrivant sur l'arbre ; Maître Crewe trébuchant en Bluff King Hal ; la petite Montagu dans la neige ; Lady Crosbie se glissant à la dérobée pour surprendre un amant, le sien ou celui d'un autre ; les Waldegrave avec leurs tambours à broder ; Georgiana Duchesse faisant sauter son petit enfant ; Lord Heathfield, la main crispée sur la clef de la Méditerranée ; John Hunter méditant au milieu de ses ossements ; Mrs. Abington avançant de derrière le rideau son nutseati impudent, on n'a dans tout cela que des exemples d'incidents qui se greffent sur le thème principal, au lieu de lui être liés comme pour faire un faisceau. Je pourrais citer aussi les innombrables " Muscipula," " Felina," " Robinetta," etc., etc., comme exemples de la même félicité d'exécution ; mais, malgré leur renommée, peu de ces tableaux méritent d'être placés parmi, les meilleures œuvres de Sir Joshua. En règle générale, ils sont mal dessinés, pauvres de couleur, et pas trop heureux de pâte. Il y a, bien entendu, des exceptions. L'"Age d'Innocence," de la Galerie Nationale, n'est pas seulement une image délicieuse ; c'est peut-être le plus heureux de tous les efforts de Sir Joshua pour obtenir une surface "de crème ou de fromage." Mais, à l'encontre de la plupart des artistes, Reynolds ne paraît pas avoir donné ce qu'il pouvait de mieux quand il travailla " pour le plaisir." "Pénélope Boothby," "Simplicité" (le second portrait d'Offy Gwatkin), "Miss Crewe," " la Princesse Sophia Matilda," ont un charme, et de pensée et d'exécution, qui dépasse tout ce que nous trouvons dans les mémentos de ses heures de loisir.
En termes généraux, c'est après la cinquantième année que Sir Joshua usa le mieux de ses facultés. Avant 1774, il échouait plus souvent qu'il ne réussissait ; je veux dire que la majorité de ses ouvrages suggère des intentions incomplètement remplies. De temps à autre il produisait quelque chose de magnifique, comme le " Nelly O'Brien " ; mais en somme on sent qu'il ne s'était pas arrêté à une connaissance certaine de ce qu'il pouvait ou ne pouvait pas faire. Il en était encore aux expériences ; il était encore la proie de toute idée que pouvait lui jeter un rival ou un ami sympathique ; il était encore sceptique, ou plutôt il se refusait encore, d'une manière positive et militante, à croire à l'existence, en lui ou en tout autre, d'un génie inné, ne