LES PORTRAITS DE FEMMES
pressentir, avec une singulière félicité, leur condition en tant que germes d'hommes et de femmes. Au contraire, les enfants de Gainsborough sont de vrais enfants. Sir Joshua était plutôt sujet à leur donner l'air de lutins d'un monde différent. Comparez sa " Miss Bowles," de la Galerie Wallace, par exemple, à la " Miss Haverfield " de Gainsborough, qui est accrochée à quelques pieds plus loin. La dernière est un enfant réel, avec l'orgueil de ses huit ou dix ans se montrant à travers la page blanche de son avenir. A côté d'elle, " Miss Bowles " semble avoir été changée en nourrice, et son rire est la gaieté d'un être qui n'aurait encore jamais vu un chien. On voit que Gainsborough savait penser comme un enfant, qu'il savait ressentir ses petits triomphes, sa timidité, l'intensité tragique de ses humeurs. Au lieu de quoi, Sir Joshua tourne autour, son lorgnon à l'œil, en observant l'extérieur.
Et comme Sir Joshua peignait les enfants, de même peignait-il les femmes. Il les observait finement, mais trop à la manière d'un juge, emmagasinant dans sa merveilleuse mémoire leur port de tête, le jeu de leurs membres, jusqu'à la traîtrise de leurs regards soudains. Il traduisait leurs qualités visibles en lignes et couleurs avec un talent consommé, ne trouvant pas plus de difficulté dans la dignité d'une Caroline Marlborough, ou la franchise d'une Georgiana Spencer, ou l'irresponsabilité d'une Diana Crosbie, que dans la vivacité d'une Abington, ou la langueur et l'impuissance à dire Non d'une Fisher ou d'une Baddeley. Il trouva même une expression picturale pour la vénalité d'une Nelly O'Brien. Mais de cette vision plus profonde qui vient de la sympathie, il n'en avait guère que la trace. Ce serait perdre son temps que de chercher dans son œuvre quelque chose à mettre à côté de telle œuvre de son rival, de " Mrs. Hallett," par exemple, la jeune mariée faisant sa première promenade avec son mari après qu'elle a appris le sens du mot " épouse," ou de " Mrs. Sheridan," portant vingt années de joies et de chagrins sur le visage. Avec la beauté proprement dite de la femme il était à l'aise, comme tant d'autres peintres anglais. Il savait exactement choisir, insister su ceci et glisser doucement sur cela, jusqu'à ce qu'il eût transporté sur sa toile l'impression la plus favorable que son modèle fut capable de donner.
Malheureusement les femmes anglaises qui se sont distinguées par leurs facultés mentales n'ont pas souvent visité les ateliers de nos grands peintres. C'est dommage. Il aurait été agréable de s'arrêter devant les portraits de
Fanny Burney, de Jane Austen, de Mary Somerville, de Mary Anne Evans, et d'Elizabeth Browning dans la collection des portraits nationaux, avec, audessous, des noms comme ceux de Reynolds, de Lawrence et de Millais.
Les dessins laissés par Sir Joshua sont en petit nombre et n'ont pas grande valeur. Ce sont essentiellement des notes pour aider la mémoire. Dans les rares cas où il eut recours au crayon ou à la plume, c'était probablement pour retenir quelque idée qui lui était venue hors de son atelier. Il ne passa jamais par cette besogne des écoles qui donne à la plupart des peintres une facilité à se servir de la pointe qu'ils ne perdent jamais ; aussi le monde ne trouve-t-il, dans ce qu'il lui a légué, rien qui corresponde au trésor de beaux dessins laissé par son rival, Gainsborough.
TETES OANCES
Galerie Nationale
(I»S ASINGTON.EN ROXELANE I.e Due de Fife
THE MISSES HORNECK.
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