SIR JOSHUA ÉCRIVAIN ET THÉORICIEN
A réputation des Discours de Sir Joshua est, à première vue, quelque peu difficile à comprendre. Depuis cent ans, c'est la mode de les traiter comme des modèles de littérature et des monuments de profondeur critique. On en a jugé le style trop bon pour leur auteur putatif, au point qu'on a cru voir les grandes ombres de Burke et de Johnson regarder par-dessus l'épaule de Sir Joshua, contrôler ses expressions et même suggérer ses idées. Et leurs raisonnements sur les fondements de l'art ont été si bien acceptés par ceux qui doivent s'y connaître, qu'ils ont été mis, comme des livres de texte, entre les mains d'une vingtaine de générations d'étudiants. Et pourtant le style de Sir Joshua ne vaut que par sa sincérité, et son enseignement n'est sain que s'il ne veut être que superficiel.
Mais d'abord, comme nous en avons parlé peu ou point du tout dans les précédents chapitres, il vaut autant, peut-être, en esquisser l'histoire. On les numérote invariablement de un à quinze, et on les imprime comme s'ils étaient tous du même ordre, visant un seul but, et prononcés dans des occasions analogues. En fait, cependant, sur les quinze, deux ne sont pas des Discours du tout. Le premier en date est une allocution adressée aux membres et aux étudiants en perspective, immédiatement après la fondation de l'Académie, et a pour but de diriger leurs esprits dans le bon canal, en ce qui regarde cette institution. Le neuvième est une courte harangue, prononcée à l'occasion du déménagement de Pall Mail à Somerset House. Les treize autres forment la suite réelle des Discours. Les quatre premiers ont été prononcés d'année en année à la distribution des prix ; les neuf restant l'ont été de deux en deux ans, le dix décembre, jour où l'on décernait des médailles d'or. Je les ai appelés une suite, et c'est, en un sens, ce qu'ils sont. Mais le développement des idées du Président est souvent capricieux et décousu ; et dans l'avant-dernier de ces Discours, il s'égare en un portrait de Gainsborough qui est peut-être le passage le plus intéressant de tous ses écrits. Les dix premiers Discours ont été imprimés par les soins de Reynolds même en 1778, avec une dédicace au Roi. La série complète fut publiée en 1797, cinq ans après sa mort, par son principal exécuteur testamentaire, Edmund Malone.
Fidèle à sa conviction qu'un homme ne peut pas réussir à bien faire plus d'une chose, le public anglais commença, peu après que les dix premiers Discours lui eurent été livrés à merci, à se montrer sceptique quant à leur origine. D'abord, il en donna la paternité à Johnson. L'histoire est bien connue de la façon dont Johnson, s'entendant attribuer la composition de ces morceaux, répondit : " Monsieur, Reynolds m'aurait aussi volontiers demandé de peindre pour lui que d'écrire pour lui." Après la mort de Johnson, il fallut trouver un autre esprit inspirateur, et l'on tomba sur Burke. Malone pensa que ce bruit valait la peine d'être réfuté.* Dans une note à son court
* L'exemplaire de la seconde édition de Malone (1798) qui appartenait à William Blake est au Musée britannique. Il contient nombre d'observations amusantes et malignes, outre celles que Mr. Gosse a citées dans son édition des Discours (Voy. aussi le "Blake" de Gilchrist). Blake a écrit sur la page du titre : " Cet Homme-ci a été Embauché pour Rabaisser l'Art ; C'est là l'Opinion de Will Blake : mes Preuves de cette Opinion sont données dans les notes suivantes." Parmi ces " preuves," on trouve les mots Damnd (sic) Fool, " Damné sot," écrits soigneusement à l'encre à côté du passage où Sir