‹ Sir Lionel d'ArquenayChapitre 5 sur 7 · II · texte numérisé non relu

II

car il n'y avait pas de nom. Est-il bien sûr que ce soit là une indiscrétion?

Après avoir fait ses dévolions de tristesse, dans ce temple dont elle allait s'exiler pour ne piiîs le revoir , elle déposa une lettre sur la cheminée et se relira. Des chevaux de posie l'attendaient. Elle partit seule avec sa femme de chambre et sa fille ,, le lendemain même du départ de Lionel pour Windsor.

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Ce n'est pas un voyage bien pénible que celui de Windsor à Londres ; mais Lionel avait 1 air aussi accablé que s'il fût revenu des Indes. C'est qu'il allait y retourner , et il paraît qu'il y a des circonstances où il est aussi fatigant de songer à la route que de la faire.

— "Lady d'Arquenay est-elle chez elle?

— Non, inylord. Milady

— Elle n'est pas rentrée ?

L'expression dont il se servit fit croire au

domestique, qu'il demandait si lady d'Arquenay était de retour , et il répondit une seconde fois dans ce sens ;

~ Non , M y lord.

Quoique sir Lionel eùl toutes les vertus possibles , et qu'il fût très-bon maître , il n'aimait pas les conversations de livrée : l'entretien n'alla pas plus loin.

— Heureusement , se dit-il en entrant dans son cabinet, que tout cela finira bientôt. Si celte vie devait continuer , je n'aurais d'autre parti à prendre que d'en faire cadeau au premier fossé de la route, que d'en jeter les haillons au coin de la borne. Oh ! la vie ! quelle insipide et maussade plaisantei ie ! quelle pitoyable mystification ! La philosophie indienne a bien raison : la sagesse consiste à étouffer en soi lout sentiment de l'existence, à l'aimuler, à se faire

caillou. Qu'importe alors que le torrent vous roule , et que saisi par la fronde des vagues vous alliez vous briser sur la grève! Il est temps que je retourne à ces leçons , et temps surtout aue j'en profite. Trente-six ansquejesouffre, et Dieu n'en a pas assez ! mais moi j'en ai de trop, m'avoir donné tous les appétits du bonheur, toutes les facultés pour l'apprécier et le sentir, me le coller sous les yeux , et le reculer sans cesse de ma main : quelle atroce dérision ! Et qu'on vienne à présent me parler de patience ! La patience ! c'est une vertu d'eunuque. Attendez, nous dit-on; la guerre ne dure pas toujours, l'orage ne peut pas gronder sans cesse, le calme arrive et le bonheur aussi. Ditesmoi donc par quels chemins , et sur quelles béquilles ils se traînent. Que j'attende ! Il sera pardieu bien lemps d'être heureux , quand j'aurai quatre-vingt-dix ans, quand mes sens seront morts , quand j'aurai de ma fosse jusqu'aux genoux ! Le beau miracle d'être tranquille avec un cœur de cendre, quand il n'y

aura plus qu'un clou à metlre au couvercle de ma bierre, quand j'aurai déjà de ma terre dans les yeux , quand il n'y aura pas la place d'un trait d'union entre moi et le néant ! Et pourquoi aurai-je vécu? pour balbutier, pour griffonner quelques phrases creuses et vides, qui me font pitié : pour pleurer des larmes dont je rougis : pour tuer des hommes , qui ne m'ont rien fait., par dépit de ne pas me luer moi-même : pour colporter mon ame, des genoux d'une poupée que je méprise, aux pieds d'un ange , qui ne veut pas de moi ! Oh! je suis misérable et stupide! Je crois que je me hais encore plus que je ne l'aime ! quelle démence d'imaginer qu'à mon âge je serais un spectateur glacé de l'existence de cette femme ! Suis-je un vieillard de bronze pour rester son frère? Elle est coupable? Vx quand ce serait , ne l'a-t-elle pas expié? sa faute n'est-elle pas morte avec son auteur? Est-ce à moi qu'elle a manqué, à moi qu'elle ne connaissait pas , à mon amour qu'elle ne pouvait j)rcvoir ? Pour-

quoi me vengerais-je , et contre moi, d'une erreur à qui elle doit peut-être plus de vertus que de larmes? Pourquoi l'ai-je repoussée de mon sein? Elle s'y serait jetée peut-être. Qu'aije à lui reprocher? Je ne lui sais pas un défaut, etje l'aime ! Qu'avais-je tant besoin de ieuilleter le registre du passé pour y trouver une tache, que j'élargis de tous mes rêves ? Oh ! si le ciel ne nous économise pas la misère, nous ne nous donnons pas grand'peine pour nous l'épargner. IN'aurais-je pas pu épouser une veuve non-seulement sans rougir, mais avec ivresse? Quelle différence y a-t-il entre cette position et la mien ne? Je suis fou ! oui, je le suis , et pour mon malheur, je le sais. C'est un terrible ma! qu'une folie qui raisonne, qu'une déraison qui s'analyse. C'est se disséquer lout vivant, et renaître sous son scalpel. Enfonce donc le couteau , puisque tu veux guérir !

Lionel , qui marchait à grands pas, se jeta brusquement sur un fauteuil , comme pour déplacer la pensée par la violence de son môuvc-

ment. Mais, au lieu de la déplacer, il ne fit que lui donner une nouvelle impulsion, et au lieu d'enfoncer le couteau, il recommença tout bas un second monologue de la même force que le premier. Il est probable qu'il aurait composé là sur sa chaise un volume de soliloques comme saint Augustin , et tout aussi intéressans , s'il n'eût senti qu'après l'ennui d'écouter les autres il n'y a rien de si assommant que de s'écouter soi-même. Lors, pour mettre un frein à son ardeur d'épanchement, pour opposer au torrent qui l'entraînait la digue d'une occupation machinale, il saisit un paquet de lettres qui étaient sur sa cheminée, et se mit à les ouvrir ton', haut , une à une.

Une invitation de madame de Cerizy ! Cela çloil être écrit depuis dix ans. 11 est un peu lard pour répondre : et il jeta i'épître au feu.

Des reproches jaloux de lady (Clémence Wittingham ! Elle me prend pour lord Gordon, ou elle s'est trompée d'adresse.

Les reproches priient le même chemin que l'invitation.

Un poëte qui veut me dédier des sonnets ! Gela veut dire : prétez-moi dix guinées, que je ne vous rendrai pas. Je veux bien vous en prêter vingt , à condition que vous n'écrirez plus. C'est déplorable de voir ainsi le plus beau des arts prostitué par un tas de mendians qui n'ont ni sou ni maille, et pas plus d'idées que d'argent.

Il semblait qu'en éparpillant ainsi à droite et à gauche le fiel qu'il avait dans l'ame , le malheureux voulut donner le change à ses émotions. Il cherchait à les user par ses paroles, comme ces animaux prisonniers qui, ne pouvant remuer dans leurs cages, grattent lu terre pour dépenser leurs forces.

Des complimens romantiques de lady Ellesnière! C'est dommage qu'elle se donne tant de mal pour être aitnable , car elle le serait beaucoup. Je ne sais pas qui a dit: « L'esprit qu'on veut avoii- gâte celui qu'on a. « C'est un très-

joli vers. On n'a d'esprit cependant que parce qu'on veut en avoir. On a beau faire , on n'en a jamais malgré soi, et sans le savoir. L'esprit ! c'est très-commun , à ce qu'on dil ! Tout le monde en a ! je le veux bien : mais le monde est bien avare.

Une lettre C'est l'écriture d'Amélie.

Que me veut-elle?

Avez-vous quelquefois au milieu des broussailles d'une correspondance, qui n'a pour vous nul attrait , aperçu tout-à-coup les caractères si bien connus d'une écriture aimée? Le cœur s'abat dessus comme un faucon sur sa proie; puis tout-à-coup aussi votre impatience, votre curiosité s'arrête. Vous voulez que rien ne puisse venir se placer entre la joie que vous vous promettez , ou le malheur que vous redoutez. Vous mettez cette lettre à part , pour la décacheter la dernière. On veut jouir ou pleurer à loisir. C'est ce que fit Lionel.

Il eut bientôt expédié une lecture, qui le faùguail d'autant plus c|u'il avait hâte de lâche-

ver,el après avoir fait ses réponses à la manière de tant d'hommes d'État, qui ont souvent de bonnes raisons pour n'en pas faire d'autres , il reprit la missive d'Amélie.

Parmi les hommes qui savent Hre et écrire , il y en a sans doute quelques-uns, qui ont reçu dans leur vie une lettre désirée ou inattendue ; ceux-là nous comprendront. Comme on la retourne dans tous les sens avant de se résoudre à la déplier! Il semble qu'on va deviner ce qu'elle contient en en épelant l'adresse. On regarde le cachet , comme s'il s'y trouvait une devise magique. On cherche à se figurer ce qu'on vous annonce, avec autant de soin que s'il était impossible de s'en assurer. Comme un pieux voyageur, qui secoue ses sandales au seuil du saint sépulcie, pour n'y point porler la poussière profane de nos chemins , noire a me secoue aussi, au bord de ce paradis épislolaire, la cendre de ses ennuis. Elle se préparc par une sorte de jeune à la communion d'une autre ame. l*uis enfin , quand on a par ces délais ai-

guisé sa curiosité, jusqu'au point où ses piqûres deviennent intolérables , on ramasse tout son courage , on brise le frêle obstacle qui retient ses élans , on soulève cet atome de cire, qui comme une cataracte artificielle sépare nos yeux de la lumière; le voile tombe, et l'on se trouve face à face.... avec rien souvent, quelquefois avec la destinée.

C'est après toutes ces hésitations que Lionel ouvrit enfin la lettre d'Amélie, et la lut. Il était trop occupé, pour se douter qu'il y avait derrière lui un génie invisible , qui lisait par-dessus son épaule. C'était le nôtre.

«Quand vous recevrez cette lettre, Lionel, je serai loin de vous , et loin de vous pour toujours. Je n'ai pas réfléchi , quand j'écoutai vos offres, par respect pour ma mère , qu'il fallait presque autant de courage pour accepter un sacrifice que pour le faire. x\veuglée par le vôtre , je n'ai pas douté du mien : j'ai eu tort. Et vous, ne vous ètes-vous pas aussi trompé? Nous nous sommes imposé l'un à l'anlrc un

fardeau qui s'est alourdi , et qui surpasse aujourd'hui nos forces. Vous résistez encore ; mais moi je suis plus faible , et je cède.

» Ne croyez pas qu'en m'y dérobant, je méconnaisse le prix de votre générosité. Non, Lionel ! personne n'eût fait pour moi ce que vous avez fait. Vous avez épousé, pour lui sauver l'honneur, une femme coupable, qui n'avait à vous apporter pour dot que ses larmes et les dettes de son père ; car je sais tout , et si je ne vous ai point remercié , c'est que je ne l'ai point osé. Vous avez accablé d'affection une infortunée qui ne se sentait pas digne de vous montrer la sienne; vous l'avez entourée, aux yeux du monde, d'un amour qui la rachetait quelquefois à ses propres yeux. Elle ne l'oubliera jamais.

» Elle se rappellera toute sa vie que c'est à vous, Lionel , qu'elle doit le calme des derniers jours de son père. Je me souviendrai toujours du bonheur qu'avait retrouvé ma mère et la vôtre , cet ange gardien de nos deux cœurs ,

que mon enrance a fait sourire . (|ue ma jeunesse a fait pleurer. Vous avez conservé à leurs nobles cheveux blancs l'honneur que ne leujeût pas rendu ma mort. Mon père m'a laissé sa bénédiction pour adieu : je vous la dois. Ma mère m'a pardomié un crime que vous aviez le courage d effacer , et je vous dois encore ce pardon. Qui donc aurait de la mémoire, si j'en manquais pour ces bienfaits? .Je ne songe pas à m'en acquitter ; mais je veux, Lionel , essayer de les reconnaître. Je ne veux plus vous tenir à la chaîne de mon malheur; il est juste que je vous rende le repos que j'ai perdu. Ce n'est pas se repentir que de ne pas réparer.

» Je n'ai plus de famille aujourd'hui qui s'intéresse à moi , plus de père qui puisse rougir de son enfant, plus de mère que j'humilie. Maintenant que je suis seule dans le monde, toute seule, il est l'heure de me conformer au sorl que ma faute m'a fait. Je n'en dois pas infliger davantage le poids à celui qui se sent assez de grandeur dans sa bonté pour la

couvrir de son nom. Maintenant que mon déshonneur ne peut plus rejaillir que sur moi , je ne dois pas craindre d'y présenter ma tête. Je dois avoir la force de supporter le mépris , puisque j'ai eu la faiblesse de le mériter. Cette forcelà, je l'aurai.

» Pardonnez-moi , Lionel , d'avoir été si lente à vous délivrer , vous qui n'avez pas balancé une minute quand il s'agissait de me sauver. Mais je suis femme et ignorante. Je ne savais quelle ressource employer. Dieu m'a aidée; j'espère qu'il n'est pas trop tard.

» J'ai consulté M. B***, l'avocat le plus influent du barreau. Je lui ai remis ma cause entre les mains : c'est lui qui doit plaider pour mon divorce ; je l'ai demandé. Il n'y a qu'un moyen pour l'obtenir , il faut être coupable ; je le suis : je le lui ai dit, j'ai tout avoué. Que votre générosité ne vous fasse pas refuser ce moyen de délivrance! ma résolution est inébranlable. Actuellement d'ailleurs il n'est plus temps de revenir h moi. Il y a désormais entre

nous une barrière de honte , et de honte publique. Si ce n'est mon crime , l'orgueil aujourd'hui nous sépare. L'instruction du procès est commencée. Dans quelques jours vous serez libre.

» Il n'y a que trop long-temps, Lionel, que je suis un obstacle à votre bonheur. Puisque je n'ai pu le faire, qu'il me soit permis d'y contribuer. Je n'étais pas digne devons. Hélas! j'en ai souvent pleuré : j'en pleurerai peut-être encore ; mais n'importe ! Vous aimez une femme qui vaut mieux que moi. Elle est belle , spirituelle et pure. Vous pourrez demander sa main, l'-lle ne vous refusera pas , elle ! Vous l'épouserez. Vous serez heureux — si ceux qui le méritent le deviennent.

» La seule faveur que je vous demande , Lionel , c'est de ne pas mépriser votre pauvie sœur, de ne pas rejeter entièrement son nom de votre vie. Peut-être a-l-elle assez souffert, pour croire que devant Dieu son malheur lui tiendra lieu de vertu. Vous (|uc je regarde eu-

core comme son délégué sur la lerre , comme celui qui m'aurait fait grâce, si j'avais pu m'absoudre , n'ayez pas moins de bonté ici-bas que je n'en espère de lui là-haut. Si vous Songez à moi dans vos félicités, que ce soit pour me plaindre, et non pour me maudire. Adieu, Lionel ! n'oubliez pas, dans votre ciel , que je me suis couchée sur le seuil pour vous laisser passer. Adieu , mon généreux frère ! Soyez heureux toujours, et que toujours ce soit longtemps! J'en jouirai de loin, j'en jouirai tout bas , comme une pauvre femme bien malheureuse , en gémissant de n'avoir pas tenté plus tôt ce que je n'ose qu'aujourd'hui. Adieu, Lionel !

Elle m'aime donc ! s'écria Lionel. Et cet homme, qui venait d'injurier si vivement la vie, qui ne trouvait pas dans sa langue assez d'insultes à lui jeter , manquait une minute après d'expressions pour la bénir. Il ne s'arrêta pas long-temps à méditer cette lettre , mais il eut

le temps d'échafauder sur un adieu un ciel plus large et plus durable que l'enfer de désolation qu'il s'était construit sur un rêve. Je me suis souvent demandé comment il pouvait se faire que l'homme fût si misérable , quand il ne fallait qu'un mot pour le rendre heureux. C'est que la plupart du temps, sans doute, on ne le lui dit pas ce mot. Je découvrirai peut-être un jour une meilleure réponse à ma question. Mais, hélas! je suis bien vieux pour profiter de ma découverte.

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Une fois certain qu'il était aimé, Lionel n'eut plus qu'une inquiétude, celle de savoir ce qu'était devenue sa femme. Le problême était facile à résoudre : mais Lionel était tellement bouleversé par l'émotion , qu'aucune pensée bien

distincte ne se faisait jour dans sa tête. Il finiÉ cependant par songer que, si quelqu'un devait le savoir , c'était l'avocat qu'elle avait choisi , et dix minutes après on annonçait chez M. B*** sir Lionel d'Arquenay.

— Monsieur, lui dit-il en entrant , vous devinez le sujet de ma visite?

— Oui , général.

— Lady d'Arquenay fait demander le divorce. Elle m'écrit que l'instruction du procès est commencée

— Je le lui ai dit pour la rassurer , mais il n'y a rien de fait.

Lionel sentit à ces paroles un poids bien lourd se dégager de sa poitrine , et un air plus abondant et plus pur dilater ses poumons.

— Monsieur , reprit-il , je viens m'entendre avec vous sur les moyens d'étouffer cette malheureuse affaire. Quand j'y devrais sacrifier ma fortune....

— Cela ne vous coûtera pas si cher , général. Je me suis douté à la physionomie ren-

versée de milady , et permellez-nioi île l'ajouter , à rincohérence de ses discours , qu'elle se croyait obligée de demander une séparation qu'elle redoutait. Elle était si pressée d'obtenir le mémoire qu'elle me demandait, que j'ai dû supposer qu'elle n'était pas bien sûre de sa volonté, et qu'elle avait peur de changer d'avis d'un jour à l'autre. Quand j'ai vu que je ne pouvais la tranquilliser que par des promesses, j'ai pris le parti de mentir ; c'est un péché trèsvéniel dans notre profession. Le fait est que j'ai rédigé devant elle une consultation qui n'est bonne à rien , et qu'elle a trouvé excellente, preuve évidente pour moi , qu'elle n'était pas de sang-froid. Je me suis présenté chez vous, dans l'intention d'éviter à chacun de vous un scandale qui vous ferait plus de tort qu'il ne me rapporterait de réputation. Vous étiez absent. J'ai appris que vous reveniez aujourd'hui. Je me proposais de vous voir ce soir.

— Je vous ai, Monsieur, plus d'obligation que je ne puis vous le dire. Ce procès ne peut

avoir lieu. Lady d'Arquenay ne le désire pas plus que moi, je vous l'assure. La calomnie qui espionne tous les bonheurs a lente de détruire le mien. On a persuadé à ma femme que j'étais amoureux de je ne sais quelle autre, car elle ne la nomme même pas. Elle a cru qu'elle devait tout sacrifier pour me rendre la liberté. Généreuse , dévouée jusqu'au fanatisme, se persuadant qu'il fallait s'accuser ellemême pour appuyer sa pétition, elle sera venue par vertu se charger ici de quelque crime imaginaire.

— Je puis vous affirmer , général , que je le crois bien imaginaire , car je n'y ai rien compris.

Lionel serra la main de l'avocal avec une expression de joie qu'il n'avait pas eue depuis long temps , et sans se demander s'il n'y avait pas plus de délicatesse que de franchise dans ses paroles. Il était trop heureux pour s'en inquiéter.

— Je vous dois trop de remerciemens , Mon-

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sieur , pour vouloir m'acquitter aujourd'hui. Mais j'espère que vous ne me refuserez pas d'augmenter ma dette. Il me reste encore un service à réclamer de votre obligeance , ce serait de m'informer de la résidence de votre cliente.

— Je dois lui adresser toutes mes lettres dans le Lancashire , à l'abbaye de iN***.

Lionel ne voulait pas se retirer sans laisser à l'honorable M. B*** une marque un peu plus positive de sa reconnaissance que des paroles de gratitude. Mais l'homme de loi, qui se rendait justice avant de la réclamer pour les autres, ne voulut jamais recevoir le salaire d'une peine qu'il n'avait pas prise. C'est un désintéressement assez rare pour qu'on le cite. Tout ce (juil voulut accepter de sir Lionel , c'est une invitation d'aller, pendant les vacances, passer huit iours à Greendale. Lionel voulut à toute lorce y joindre sa voiture et ses chevaux qui connaissaie )t la route; mais on ne sait pas si M , B*** y consentit . Ce serait possible ; ou voit

tant de choses extraordinaires dan§ le monde , qu'on ne peut s'étonner de rien.

Une heure après cette visite , quatre vigoureux coursiers, ailés de l'impatience de leur maître, volaient sur le chemin de l'Abbaye. Lionel courait au devant du bonheur, et fuyait l'infortune. Il devait aller vile.

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Quelle que soit l'émotion qui nous frappe, dès qu'elle est violente, elle touche à la douleur. La joie a sur le cerveau le même effet, la même influence que la peine : elle étouffe la pensée. Une fois l'impulsion reçue, les nerfs continuent à vibrer, sans être aptes à recueillir de nou-

velles perceptions. L'esprit tourne, peur ainsi dire, dans le cercle du premier mot qui s'est présenté a lui. Ce mot tinte dans la tète, comme une cloche qui ne veut pas s'arrêter. On le prononce en soi-même , comme s'il résumait toute la vie , comme s'il était l'expression condensée de tout ce qu'on éprouve. Je me rappelle avoir, quand j'étais jeune , ressenti ce que je cherche à peindre. Un jour en rentrant chez moi après une de ces déplorables scènes qui, plus tard , vous font jeter â l'existence toute la boue qu'on y rencontre, j'ouvris machinalement le premier volume qui me torai)a sous la main, sans plus savoir ce que je faisais que ce que je voulais faire. Je ne sais quel était ce livre ; mais j'y vis le mot requin. Sans doute que l'idée me vint que la douleur éiait un requin, qui avait dévoré ma joie, qui déchiquetait mes jours : je ne saurais le dire; mais ce mot requin devint en quelque sorte le pivot sur lequel tourna pendant vingt quatre heures toute l'économie de mon organisme. C'était un centre

où venaient aboutir tous les rayons de mes moindres sensations. Je ne faisais pas un geste , sans éveiller cette maudite parole. Je montai à cheval, et ce ne fut pas Yatra cura d'Horace qui s'.issil derrière moi , ce fut le requin qui me monta en croupe. I^e sommeil ne parvint pas même à me délivrer du monstre, et toute la nuit il me pesa sur la poitrine, comme un cauchemar incorrigible. Je ne cessai pas un instant .dans mon assoupissement de remâcher une à une chaque lettre de ce mot démoniaque . ou plutôt chaque lettre , comme les dents d'un squale, ne cessa toute la nuit de me mordre le cerveau. Je ne connais pas de supplice plus infernal que celui-là, et je le recommande à Belzébulh, s'il se trouve par hasard à court de tortures. Lionel n'était pas tout-à-fait dans la même situation, puisqu'il était au comble du bonheur, mais il n'en ruminait pas moins je ne sais quelles syllabes cabalistiques , qui n'y avaient probablement aucun rapport. Kt c'est en vain qu'il cherchait à s'étourdir sur ce tourment par la vc-

locilë de sa course! Le mouvement du coijis ne chasse pas du tout la pensée du crâne : il 1 y comprime au contraire, il l'y emprisonne, il J'empêche d'en sortir. Faites tourner avec rapidité un vase rempli d'eau , plus le mouvement est rapide, moins le fluide a de chance de s'échapper. Que le mouvement s'arrête, l'eau s écoule. Il en est de même de l'esprit qui tourne avec les roues : rien n'en sort. Toutes les bariolures de la pensée qu'on distinguerait au repos se mêlent dans la rotation et ne forment plus qu'un point noir, que le diable ne démêlerait pas. Aussi le voyage de Lionel ne fut rien moins qu'agréable. Il ne se doutait seulement pas de ce qu'il dirait à Amélie; il voulait la voir. Il ne pensait rien : mais il sentait — qu'il ne pouvait se passer d'elle.

Il arriva vers le milieu de la nuit à l'Abbaye.

— Qu'on n'avertisse personne de mon arrivée, dit-il à son intendant, mais qu'on me prévienne dès que lady d'Ar(|uenay sera visible.

— Lady d'Arquenay n'est point ici, mylord, elle est partie il y a cinq ou six jours pour Greendale.

Lionel à ces mois respira, comme si la crise, au-devant de laquelle il avait couru , devait être moins vive en s'éloignant. Il bénit instinctivement comme un bienfait ce moment de retard ou de répit , qui venait se placer entre lui et le bonheur. 11 semble que la félicité soit une sorte d'initiation , une espèce d'admission anticipée aux secrets de l'Eternel, et qu'on ne s'y puisse élever, qu'on n'ait franchi, comme dans les temples de l'Egypte, tous les degrés de cette échelle mystique , qui conduisait lentement le néophyte des ténèbres de la terre aux virginales clartés d'Isis. Il semblait à Lionel qu'il n'avait pu s'y préparer de Londres à l'Abbaye, et que le ciel lui en donnait le temps, en reculant le dénouement de son sort jusqu'à Greendale. Mon Dieu , que l'homme est pauvrement façonné , quoiqu'il se prétende fait à votre image ! Il ne tourne le dos au mal que pour

reculer devant le bien. Serait-ce donc que vous ne l'avez créé ni pour les grandes jouissances , ni pour les grandes douleurs? En tout cas , il obéit bien tuai à la moitié de vos ordres , car il se Fait souvent de grandes douleurs de ses petits plaisirs. Quant à Lionel, il n'était pas réellement bien sûr de souffrir. Il éprouvait une sorte de vertige. On eût dit qu'il se sentait tomber , sans savoir où il tombait , et saisissait par instinct tout ce qui pouvait ralentir sa chute. Il éprouvait la même sensation qu'un homme qui, ayant long-temps désiré d'aller dans la lune, s'y sentirait tout-à-coup entraîner , et qui, ne pouvant pas prévoir s'il y arrivera vivant, ne demanderait pas mieux que de s'arrêter en chemin. Il fut donc enchanté d'être obligé de faire encore une trentaine de lieues pour arriver au but. Il aurait le temps au moins d'envisager nettement sa situation. Mais on bénit les délais sans en profiter, et c'est ce qu'il fit rigoureusement. Il remonta dans sa voiture, presque heureux de voir se prolonger son

voyage pour en méditer les suites, mais il ne réfléchit pas plus pendant la seconde partie de sa route que durant la première. En somme, je crois que c'est ce qu'il pouvait faire de mieux.

Lionel renvoya ses chevaux à l'extrémité de l'avenue et se dirigea lentement vers le château. Encore un délai qu'il s'imposait volontairement. Il aperçut dans la cour la calèche de sa femme , et tressaillit comme si c'était elle-même.

— Vous ici , mylord ! s'écria une femme de chambre qu'il rencontra sous le vestibule. Je vais prévenir madame.

— C'est inutile. Dites-moi seulement où je la trouverai: dans son appartement?

— Non, mvlord , dans le vôtre. Milady s'y est établie provisoirement parce qu'il est au midi et —

— Elle se porte bien ?

— Madame est très-souffrante depuis quelques jours —

Lionel était sur le point de prolonger le

dialogue, quand sentant qu'il était ridicule de s'informer de ce dont il pouvait s'assurer luimême , il prit le parti décisif de se diriger vers son appartement.

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Si Lionel, par crainte , timidité ou embarras, hésite à pénétrer dans l'appartement de sa femme , je connais quelqu'un qui est encore plus embarrassé que lui, et ce n'est pas sa femme : c'est moi. Je vous ai peut-être esquissé des scènes plus difficiles à décrire que celle qui

us

est imminente entre lui et Amélie; mais celle-ci,

je ne sais comment m'y prendre. Je suis presque

aussi effrayé de toucher au but, que si je parlais

pour mon compte. Il y a long-temps que, sans

avoir Tair d'y songer, je songe à cette dernière

crise tout autant que Lionel. H y a long-temps

que j'alonge tant que je peux mes phrases, pour

relarder l'inévitable dénouement , comme lui

il alongeait sa route de tous les petits obstacles

qu'il y caressait. Malheureusement je ne sais

plus qu'inventer pour reculer l'heure fatale.

En m'appliquant, je pourrais bien trouver, dans

les trésors rustiques de ma mémoire, soit une

description sauveusede l'aurore, soit un clair

de lune dans les ruines de la montagne ; mais

vous me diriez qu'il y a dans mon récit assez

de soirs et de matins pour un siècle. Ce n'est

pas que je ne puisse vous dire , sans en passer

une syllabe , ce que se sont dit nos deux

amans ; mais leurs paroles, que je sais par

cœur, je ne me les suis jamais répétées que

tout bas , cl j'ai peur d'en altérer l'expression ,

en les disant tout haut. Il est aussi difficile d'imprimer aux mots que l'on écrit le sens qu'ils ont quand on les prononce, que de prononcer , comme ils pourraient l'être , des mots qui n'ont jamais résonné que sous le bec d'une plume. Il y aurait un moyen de franchir l'obstacle, ce serait de l'éviter : et sautant à pieds joints par-dessus la scène qui m'effarouche, de vous conduire droit au résultat. L'imagination, qui va toujours plus loin que la réalité, vous aiderait à compléter mes tableaux. Mais d'un autre côté , il est très-possible que vous n'ayez pas d'imagination , et si vous en avez , infini* ment probable que l'aiguillon de mon éloquence ne l'a pas assez stimulée , pour qu'elle supplée à mon laconisme. Entrons donc courageusement.

Il faisait froid , et l'on était dans ces premiers jours de l'hiver , où l'on salue le retour du feu dans son foyer avec autant de plaisir qu'on l'a éteint. A demi-couchée sur sa dormeuse, Amélie cherchait à tromper, en lisant,

ce sentiment de vide qui alourdit le cœur ; mais l'auteur la louchait de trop près, pour ne pas la distraire de l'ouvrage. A peine avait-elle lu quelque phrase , qu'elle s'éloignait de la pensée pour en chercher la source. Elle se demandait comment Lionel avait pu l'avoir , dans quelle situation, quel jour? quelle expression elle donnait à ses traits, quel était son regard quand il l'avait écrite , s'il songeait alors à elle ou à lady Ellesmère? Elle allait jusqu'à se figurer le papier sur lequel il l'avait tracée , à suivre de lettre en lettre sa plume imaginaire. Qui de nous n'a pas fait pareil travail! Elle s'efforçait de suivre en elle-même la filiation des idées qu'elle ne connaissait pas; mais hélas! quelque chemin qu'elle prît ou qu'elle crût prendre , elle rentrait toujours dans l'ornière des siennes : elle arrivait toujours à la même conclusion : — Il ne m'aime pas ! Comment faire pour m'habituer à la sohtude que je m'impose! Je ne pourrai jamais. J'en mourrai. — Fuis secouant ce découragement , elle reprenait sa

îeclure , un instant interrompue , pour laisser retomber, une minute après, son livre sur ses genoux , la tête sur sa poitrine.

J'ai toujours pensé que l'on était à son insu dans la confidence des raouvemens du sort. Pourquoi, sans aucune espèce de motif ostensible, y a-l-il des momens où rien ne peut soulever le poids accablant de la tristesse, et d'autres où l'on relève involontairement un front libre et serein ? Ne serait-ce pas qu'il y a un mouvement d'oscillation et de déclinaison dans l'aiguille de votre destinée, qu'elle penche alternativement vers l'infortune et le bonheur? Je suis persuadé qu'on a le contre-coup secret de ce qui se passe dans le monde providentiel , et qu'on obéit à son action. Ce qu'on appelle un pressentiment, n'est qu'une confidence du destin un peu plus intelligible qu'une autre. Ce que j'avance ici ne vous parait peut-être pas beaucoup plus clair que les mystères de la cabale ou de l'alchimie ; mais que voulez-vous ? J'ai trouvé de ces idées-là dans nos vieux peu-

seurs d'autrefois qu'on ne lit plus, dans ces vénérables bouquins qui moisissent pai' les bords, et je les aime autant que les petites idées fringantes et papillotées d'aujourd'hui ; c'est la faute du sort. Au reste , que cette pensée soit ce qu'on voudra , elle s'applique comme de cire aux impressions changeantes et fugaces d'Amélie. Tantôt elle était triste et abattue , tantôt un feu follet d'espérance voltigeait dans l'ombre de ses ennuis. Elle penchait la léte sur son cœur , comme s'il y avait là une voix dont elle attendait une révélation. Puis elle la relevait, et elle semblait , comme le Tasse , prêter l'oreille à quelque esprit invisible qui lui parlait tout bas. Elle tressaillait souvent , comme si elle entendait. Elle regardait, comme si elle allait voir.

Tandis qu'elle était immobile , cherchant sans doute à concentrer les derniers rayons d'un espoir qui s'en allait , n'osant pas remuer, de peur de les éteindre , ou de les disperseï^ , Lionel ouvrit et referma doucement la porte.

Aucun bruit ne le trahit : Amélie ne se dérangea pas. Il la regarda quelque temps sans avancer ; puis, reprenant courage, il fit un pas vers la cheminée. Cette fois elle entendit, et elle reconnut le bruit qu'elle entendait ! et tournant la télé de son côté , elle poussa un léger cri, si plaintif, que l'émotion de Lionel surpassa de beaucoup celle qu'il avait prévue. Il y avait tant d'amour cependant dans ce gémissement , qu'il lui rendit ses forces : il fallait bien que quelqu'un commençât par en avoir ; et s'approchant d'elle, il lui dit à voix basse :

-^ Je ne voulais pas vous effrayer , Amélie.

— M'effrayer Non mais

— Vous ne pensiez pas que je viendrais?

— Je me défendais de l'espérer el — je vous attendais toujours.

— Je vous ai donc bien affligée , Amélie , que vous m'avez si mal jugé? iSi j'ai eu des torts avec vous, ils ne sont peut-être pas irréparables: ils sont du moins involontaires. Meper-

mellrez-vous de me justifier , de l'essayer du moins?

— Je ne vous accuse point , Lionel.

— Non; mais vous me fuyez.

- Je ne voulais pas vous fuir : je voulais vous délivrer de moi.

— Me délivrer de vous î Vous aurais-je fait sentir, Amélie , que je me trouvais esclave , que mes liens me pesaient , que j'en désirais la rupture?

— Oh, jamais ! Je vous ai toujours vu bon et généreux. Je voulais vous imiter. Vous m'avez fait tant de sacrifices , que j'ai cru de mon devoir de suivre une fois votre exemple.

— Et de quelle manière , Amélie ! en rompant par le scandale , une union

— Qui ne fut formée que pour l'éviter. Quand j'y ai consenti, votre cœur était libre.... et d'ailleurs j'étais résolue de mourir. Plus tard je n'ai point osé.... J'ai eu peur.... Je pouvais croire alors.... Je ne croyais pas que vous

pourriez m'airner Mais je pensais que vou^

n'aimeriez plus personne Aujourd'hui

qu'une autre

-^ Et quelle autre ?

— Tout le inonde le sait

— Excepté moi pourtant.

— J'ai cru On m'avait dit J'ai cru

voir que lady Ellesmère

— Vous avez cru voir , Amélie , et sur un simple soupçon, vous n'avez pas balancé à l'aire une démarche qui ne ruinait pas seulement mon bonheur , qui détruisait le vôtre , et celui de ma fille !

— Pardon , Lionel! pardon!

^- Je ne viens pas pour vous pardonner, Amélie , je viens pour vous demander grâce. Ne me cachez rien, et je vous avouerai tout. Je vous aimais comme une sœur, quand vous avez accepté mon nom. Peut-être alors me suis-jecru généreux, je ne le nierai pas; mais si j'avais changé ! si celle prétendue générosité li'était devenue qu'un égoïsme passionné ! Si

je n'avais pu vous- voir souffrir , sans vous prendre , à pari vous, la moitié de vos maux ! si je vous avais aimée sans oser vous le dire , si ma conduite bizarre , mon humeur inégale n'avait été que de l'effroi, la crainte de ne pas inspirer l'amour que j'éprouvais , voudriezvous me fuir encore, Amélie? N'auriez-vons pas un mot de compassion pour me retenir à vos pieds.

— Moi! Lionel vous m'aimez !

Vous! oh ! ne me trompez pas, je vous en prie.

La tête d'Amélie se pencha sur l'épaule de son mari , et elle pleura sans pouvoir répondre; et lui la pressant à deux bras sur son sein , comme s'il eût craint qu'un nouveau soupçon ne vînt les séparer :

— Oh ! ne pleurez pas , ma bien-aimée chérie, ou que ces larmes soient un serment de ne me plus quitter. Je ne vous demande pas d'amour ; mais ne me quittez pas : j'ai tant besoin de vous ! Vous me le promettez ?

— Oui.

— Vous vivrez près de moi ?

— Pour vous, Lionel , rien que pour vous. Mon dieu ! que la vie me semble belle, puisque je vous la donne, puisque vous y tenez ! J'ai été bien malheureuse, ami, bien coupable; mais si l'amour absout , je mérite de l'être. Je n'aime.... je n'ai jamais aimé que vous. O vous dites vrai.... vous m'aimez, n'est-ce pas?

Ses genoux fléchirent malgré elle , ses yeux noyés de larmes enflammées se fermèrent , et le sourire sur les lèvres , elle resta presque morte dans les bras de Lionel. Elle s'évanouit sur son cœur ; mais. ... ce fut là qu'elle s'éveilla.

ZL

Depuis qu'on fait des drames et des romans , on les termine à peu près tous par le mariage ou par la mort. Arrivés là, les acteurs disparaissent derrière un rideau de terre ou nn rideau de soie, n'importe lequel, et impos-

sible de savoir ce qu'ils deviennent. Il semblerait d'après cela que les auteurs ne font pas grande différence entre ces deux dénouemens , et qu'une fois marié, c'est absolument comme si on n'existait plus : c'est toujours finir par un prêtre, un lit, et du silence. Je le veux bien : mais cela me paraît aussi absurde que tout ce que nous faisons. Je ne vois pas pourquoi le mariage serait l'acte de clôture de cette triste parade que nous jouons sur un grain de sable , pour l'amusement de je ne sais quel spectateur. Je ne vois pas du tout pourquoi on vous met au nombre des trépassés , dès que vous entrez dans les conditions nécessaires pour donner légitimement la vie. Serait-ce qu'en vertu de ce proverbe vénérable, que les morts s'ennuient , on vous suppose plus ennuyeux ou plus ennuyé , ce qui revient au même , quand vous avez une femme à vous , que quand vous avez celle d'un autre? Cela peut arriver , mais généralement parlant , il est certain que les hommes sont tout aussi intéressans , tout aussi

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