AVEC SON PÈRE, SUR LA BANQUE
espèces , et le premier sir Robert Peel avait énergiquement soutenu cette mesure de M. Pitt, motivée, disait-on, par les besoins de la circulation, mais qui, en quelques années, amena dans la quantité des billets un accroissement, et dans leur valeur réelle une dépréciation considérable. En 1811, un comité de la chambre des Communes, présidé par M. Ilorner et soutenu par M. Ricardo, proposa de prescrire à la banque, au bout de deux ans, l’échange au pair de ses billets en espèces ; mais malgré le talent du rapporteur, l’éloquence de Canning et le progrès du bon sens public en cette matière, le cabinet de lord Liverpool, s’appuyant sur l’indomptable obstination des vieux amis de M. Pitt, fit rejeter les propositions du comité, et le jeune Peel vota, comme son père, avec le gouvernement. La question fut reprise en 1819 ; Ilorner était mort, et Robert Peel fut élu à sa place président du comité. Le 24 mai, au moment où il se disposait à faire à la chambre son rappoit pour lui proposer la reprise des payements de la banque en espèces, son père se leva, et présentant une pétition des négociants de Londres contre cette proposition : «Je combattrai ce soir, dit-il, quelqu’un qui me tient par des liens bien proches et bien chers. C’est mon sentiment que j’ai un devoir à remplir. Je respecte ceux qui remplissent aussi le leur et le font passer avant toute autre considération. Quelques personnes se sont étonnées que, dans un autre lieu, j’aie prononcé le nom de M. Pitt. J’ai certainement pour lui une profonde déférence.
SIK KOBEKT P K EL
Je l’ai toujours regardé comme le premier homme du pays. Nous avons tous notre penchant personnel ; je ne querellerai pas ceux qui préfèrent quelque autre nom. Je me rappelle que, lorsque la personne si intime et si chère à laquelle je viens de faire allusion était un enfant, j’ai dit quelquefois à quelques amis que l’homme qui servait son pays comme le faisait M. Pitt était, dans le monde entier, celui qui méritait le plus d’étre admiré et imité. Je pensais alors que, si Dieu me conservait la vie et celle de mon cher enfant, je le présenterais un jour A. mon pays pour marcher dans cette voie. Aujourd’hui je ne dirai de lui que ceci : quoique, dans cette circonstance, il dévie du droit chemin, son esprit et son coeur sont droits, et j’espère qu’ils l’y ramèneront. » Le père se rassit; le fils se leva : « lîien des difficultés , dit-il, m’ont assiégé dans l’examen de cette question ; une surtout m’a été bien pesante, la nécessité de me refuser à une autorité devant laquelle je me suis toujours incliné depuis mon enfance et à laquelle je jKirterai toujours le plus profond respect. Mon excuse aujourd’hui, c’est qu’un grand devoir public m’est imposé, un devoir dont je ne puis m'affranchir, quels que soient mes sentiments personnels. J’avouerai sans détour, comme sans honte et sans remords, que par suite des enquêtes et des discussions auxquelles j’ai assisté, mes idées sur la question dont il s’agit ont subi un grand changement. J’ai voté, en 1811, contre les résolutions proposées par M. Ilorner, et maintenant , quoique je diffère toujours beaucoup
MINISTRE DE L'INTÉRIEUR (l{tîl). 17
avec lui sur d’autres grandes questions politiques, je rends hommage à sa sagacité supérieure en cette matière ; ses idées doivent inspirer pour son caractère le plus grand respect, et rendent sa perte à jamais regrettable pour le pays. »
La chambre adopta les propositions de son comité ; la banque devança elle-môme de deux ans l’époque fixée pour la reprise de ses payements en espèces, et les premières bases de l’autorité de M. Peel en matière de finances furent posées. Un certain nombre de propriétaires fonciers, grevés d’hypothèques par suite de récents emprunts, se plaignirent seuls; Peel avait, disaient-ils, sacrifié l’intérêt de la propriété territoriale i\ celui du capital mobilier : symptôme précoce de l’accusation qui devait être élevée un jour contre lui dans une occasion bien plus grave et avec bien plus de passion.
Trois ans s’étaient écoulés depuis son retour d’Irlande; il avait, durant ce temps et sans occuper aucun emploi, constamment soutenu le cabinet. Lord Liveipool sentait le besoin de fortilier son administration un peu usée; lord Sidmouth, ministre de l’intérieur, bien plus usé lui-même, voulait se retirer; M. Peel le remplaça dans cet important département, à la grande satisfaction du parti tory, qui le regardait comme son meilleur défenseur. Il avait naguère, dans un nouveau débat sur l’émancipation des catholiques, persisté à la repousser, et les torys lui en savaient d’autant plus de gré qu’il avait échoué avec eux dans sa résistance. Porté par l’éloquence
de M. Canning et par le Ilot montant de l’opinion, le bill d'émancipation avait passé dans la chambre des Communes, et n’était venu tomber, dans la chambre des Lords, que devant une assez faible majorité. La timidité de ses adversaires en faisait encore mieux pressentir le succès prochain; M. I’eel l’avait combattu avec une répugnance visible ; « Je sais, avait-il dit, que nous n’avons à choisir qu’entre des difficultés. Selon moi, les raisons pour maintenir l’exclusion l’emportent sur les raisons pour l’abolir ; mais quelle que soit la décision de la chambre, je m’y soumettrai pleinement, et je ferai tous mes efforts pour lui concilier les protestants. » Devenu ministre de l’intérieur, il se montra bientôt encore plus doux; il ne combattit que faiblement la rentrée des lords catholiques dans la chambre des Pairs; il admit que les catholiques d’Angleterre fussent investis des mêmes droits électoraux dont jouissaient les catholiques d’Irlande; il fut hautement favorable, et sans aucune vue de propagande protestante tyrannique ou astucieuse, à toutes les mesures qui avaient pour objet le progrès, en Irlande, de l’éducation populaire : « Mes opinions sur la question catholique, dit-il, n’ont jamais influé sur mes vœux pour l’éducation en général ; j’aime mieux le peuple catholique éclairé qu’ignorant, et je voudrais étendre le bienfait de l’éducation à tous les partis, quelle que soit leur foi religieuse. » Cette modération libérale donnait de l’humeur à scs amis lorys, et scs adversaires whigs s’en prévalaient pour