‹ Sir Robert PeelChapitre 11 sur 67 · MINISTRE DE L'INTÉRIEUR. J · texte numérisé non relu

MINISTRE DE L'INTÉRIEUR. J

mettre en doute que sa résistance officielle à leurs motions fût sérieuse. Peel se défendait de l’une et de l’autre attaque avec une vivacité sincère et embarrassée, également blessé de la méfiance et de la tyrannie de son parti, qu’il ne voulait ni trahir, ni servir aveuglément.

Il avait, pour échapper aux ennuis de cette situation, une ressource qu’il embrassa avec ardeur; il se fit libéral et réformateur dans les questions que l’esprit de parti n’avait pas inscrites sur son drapeau Deux whigs justement honorés, sir Samuel Romilly et sir James Mackinlosh, avaient plusieurs fois provoqué, dans les lois pénales de l’Angleterre, de salutaires réformes; mais ils appartenaient à l'opposition; leur politique générale était suspecte; les ressorts encore très-tendus du pouvoir repoussaient l’adoucissement de la législation. Les efforts de ces réformateurs philosophes ne réussirent guère qu’à ouvrir la perspective des réformes et à les rendre possibles un jour par d’autres mains que les leurs. Peel était à peine depuis six mois ministre de l’intérieur, quand sir James Mackintosh proposa à la chambre des Communes de déclarer « que dans sa prochaine session elle prendrait en sérieuse considération les moyens d’augmenter l’efficacité des lois criminelles en en diminuant la rigueur, ainsi que les mesures propres à fortifier la police et à rendre les peines de la transportation et de l’emprisonnement plus morales et plus exemplaires. » L’avocat général de la couronne, sir Robert Gifford, combattit

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la motion , mois au moment où la chambre était près de voter, M. Peel annonça qu’il proposerait luimême, dans trois jours, un bili pour régler la discipline des prisons ; les questions de la transportation, de la police et du régime pénal en général se présenteraient naturellement alors, et il avait à ce sujet des vues qu’il demanderait à la chambre la permission de lui soumettre : « Si, dans le cours de la session prochaine, dit-il, l’honorable et savant auteur de la motion veut entrer dans les détails de cette matière, il ne trouvera pas en moi un opposant décidé d’avance à le combattre. » La chambre applaudit à ce langage. La motion de sir James Mackintosh fut adoptée comme gage de réformes prochaines et poursuivies de concert ; les questions de législation pénale sortirent de l’arène des partis pour devenir l’objet d’une étude calme et libre; les faits furent recueillis de toutes parts; les idées mûrirent dans tous les camps; et moins de quatre ans après ce mouvement d’un généreux accord, M. Peel proposa successivement cinq bills, destinés d’une part à simplifier, coordonner et éclaircir, de l’autre ;i rendre plus humaines les lois pénales de l’Angleterre, notamment celles qui réprimaient les attentats contre les propriétés et celles qui entraînaient la peine de mort. La sincérité sérieuse , l’esprit pratique et décidé qui présidèrent à ce travail, le succès qu’il obtint quand les lois nouvelles furent mises à l’épreuve de l’application, firent à M. Peel un grand honneur. Un peu d’humeur jalouse se mêlait aux éloges des whigs, scs

MINISTRE DE L’INTÉRIEUR, anciens adversaires, qui le voyaient recueillir les fruits de leurs longs elForts; mais l’approbation pu-> hliqne étouffait ces petits froissements des amourspropres, et c’était, en parlant de M. Peel, le mot souvent répété des whigs réformateurs : Quotnam faits es, utinam noster esses !

M. Peel cependant n’était que médiocrement satisfait, et n’avançait guère vers ce premier poste dans le gouvernement de l’Etat, but suprême de son ambition comme des présages de son père et de ses amis. Auprès de lui siégeait et grandissait à vue d’œil un rival plus brillant et plus populaire, M. Canning, qu’en 1822, après le suicide de lord Castlereagh, lord Liverpool avait appelé A sa place dans le cabinet, comme ministre des affaires étrangères. Ce choix ne s’était pas fait sans obstacle. Bien qu’entré d’alwrd dans les affaires sous le patronage de M. Pitt et au service de sa politique, M. Canning n’inspirait aux torys ardents et constants que peu de confiance. Esprit libre et mobile, plein d’élan et peu troublé des scrupules de principes ou de traditions, habile à démêler quelle part il fallait faire aux vœux libéraux du public pour gagner sa faveur, il était bien plus propre au mouvement qu’à la résistance, et le novateur flexible se laissait toujours entrevoir derrière le

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conservateur éloquent. Partisan déclaré d’ailleuis <le l’émancipation des catholiques, il était, à ce titre seul, vivement repoussé par le torisme protestant. Le roi George FV le repoussait aussi avec antipathie pour avoir été l’un des favoris de la reine Garoline, sa femme, et pour n’avoir pas voulu plus tard se prêter au procès qui avait étalé les scandales du ménage royal. Lord Liverpool , convaincu que le cabinet ne pouvait se passer du talent et de l’influence de M. Canning, s’était efforcé, mais en vain, de le faire agréer au roi : « Je m’en charge, » lui dit le duc de Wellington, accoutumé à traiter George IV avec un respect rude et inflexible auquel le roi intimidé finissait toujours par céder. Il céda en effet, et M. Canning entra dan? le cabinet, imposé aux torys par la nécessité, et au roi par le chef des torys, au nom de la nécessité.

Sa situation y fut difficile et désagréable. Le roi se vengeait de l’avoir subi en lui témoignant son mauvais vouloir. Il ne l’invitait point à sa cour, et ne consentait même à le voir que rarement, une ou deux fois par mois, quand les affaires l’exigeaient absolument. Les collègues de M. Canning ne se montraient guère envers lui plus gracieux ni plus confiants; ils contestaient ses propositions, s’appliquaient à entraver on à énerver sa politique extérieure, et lui faisaient souvent sentir qu’il était, au milieu d’eux, isolé et suspect. Avec le duc de Wellington lui-môme, qui l’avait fait accepter, ses relations n’étaient pas meilleures : c’étaient celles d’une recon-

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