DÉCLIN DU CABINHT TORY
«luire en Angleterre la police despotique des Etats du continent, avec son espionnage domestique. Des journaux accrédités se lamentèrent de voir l’ancien régime des hommes du guet ( watchmen ) impitoyablement aboli. Une adresse fut présentée au roi George IV pour le conjurer d’ouvrir les yeux, d’inx oquer le nom de l’Eternel et de rallier autour de lui son peuple, car un complot était formé pour renverser la maison de Hanovre et porter au trône le duc de Wellington, à l’aide des catholkpies irlandais qui s’enrôleraient dans la nouvelle police. Les peuples ont tour à tour des terreurs et des espérances également puériles et folles.
Tout réussissait au cabinet : il gagnait de grandes batailles parlementaires, il accomplissait de grandes réformes sociales ; et pourtant, au lieu de se fortifier, il s’affaiblissait; il ne triomphait qu’à l’aide «1e ses anciens adversaires ; il perdait, en triomphant, une partie de ses anciens amis. L’hésitation et la confusion pénétraient dans ces puissants partis politiques, si longtemps disciplinés et fidèles sous leur drapeau. Les whigs marchaient avec un sourire ironique à la suite de Wellington et de Peel; parmi les torys, les uns s’éloignaient d’eux avec tristesse ou avec colère ; les autres les suivaient avec inquiétude : « Peel n’a pas de reins, disait-on; il ne sait pas faire tète à ceux «jui le poussent. » M. Peel semblait lui-méme «pielquefois un peu embarrassé de sa situation ; soit nécessité, soit dessein, il ne poursuivait pas vigoureusement, dans l'administration de l’Irlande, les
SIR ROBERT PEEE.
conséquences libérales de l'émancipation des catholiques; il laissait aux orangistes tout leur pouvoir; il prenait soin que le duc de Wellington demeurât bien, aux yeux du public, le chef du cabinet, comme pour se mettre à couvert sous un nom plus imposant que le sien. Le pouvoir était inerte et chancelant au milieu de ses triomphes.
La révolution de 1830 en France vint mettre au jour cette situation et en presser les conséquences. Au premier bruit qui en parvint à Londres, quand on n’y savait encore que les ordonnances de juillet : « Que faut-il penser de ceci? » demanda quelqu’un au duc de Wellington. — C’est une nouvelle dynastie, répondit le duc.— Et quel parti prendrez-vous? — D’abord un long silence , puis nous nous concerterons avec nos alliés pour parler. » Le duc de Wellington pressentait bien l’avenir de la France, et mal sa propre conduite dans son pays. Quand l’événement fut accompli et complètement connu, une sympathie vive et générale éclata en Angleterre; des hommes prudents s’inquiétaient, des torvs rigides blâmaient ; mais le sentiment public tenait peu de compte des scrupules et des alarmes. C’étaient les principes, c’étaient les exemples de la révolution de 1(188 que venait de pratiquer la France ; l’Angleterre applaudit avec enthousiasme ; le mouvement national l’emporta sur les dissidences de parti et sur les inquiétudes du pouvoir. A ce moment même, les embarras du cabinet Wellington-Peel avaient redoublé; il servait un nouveau roi , Guillaume IV venait de
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monter sur le trône ; il attendait un nouveau Parlement ; trois jours avant la révolution de juillet, la chambre des Communes avait été dissoute. Le duc de Wellington ne put « ni garder un long silence, ni attendre pour se concerter avec ses alliés. » 11 s’empressa de reconnaître la nouvelle monarchie française, acceptant, devant la nouvelle chambre des Communes qu’élisait l’Angleterre, la responsabilité de la nouvelle politique où l’entraînait cette adhésion.
11 en sentit bientôt tout le poids. Peu avant la mort de George IV, M. Ü’Connell avait proposé, dans la chambre des Communes, la réforme parlementaire la plus radicale, les Parlements triennaux, le suffrage universel, le scrutin secret. Une immense majorité avait repoussé sa proposition, mais la réforme était restée à l’ordre du jour ; une motion de lord John Russell demandant à la chambre de déclarer « qu’il convenait d’élargir les bases de la représentation nationale » avait réuni 117 suffrages contre 213, et dans le cours de l’automne, M. Peel et le duc de Wellington lui-méme, se promenant à travers le pays, entre autres à Manchester et à Birmingham, ne s’étaient point montrés résolus de tout repousser à ce sujet. Le nouveau Parlement à peine réuni, la question reparut, poussée avec bien plus d’ardeur. Le 2 novembre 1830, dans le débat de l’adresse en réponse au discours du trône, lord Grey, tout en désavouant les idées radicales, déclara qu’il regardait une réforme dans le système électoral comme aussi
SIK ROBERT PEEL.
inévitable que juste, et somma le gouvernement de s’y préparer. Le duc de Wellington se leva : « Quant à moi, dit-il, je ne connais aucun système de représentation meilleur ni plus satisfaisant que celui dont jouit l’Angleterre; ce système possède et mérite de posséder la pleine confiance du pays. J’irai plus loin ; si le devoir m’était imposé en ce moment de former une législature pour un pays quelconque, surtout pour un pays il grandes richesses de toute sorte comme le nôtre, je 11e pense pas que je parvinsse jamais à former une législature comparable à celleci, car la sagesse humaine n’atteint pas du premier
coup à une institution si excellente Je ne suis
donc point prêt à proposer la mesure à laquelle a fait allusion le noble lord. Non -seulement je n’y suis pas prêt, mais je déclare que, tant que j’occuperai un poste dans le gouvernement de mon pays, je m’opposerai à cette mesure quand d’autres la proposeront. »
Ni l’opposition dans les chambres, ni le public au dehors, ni probablement la plupart même des membres du cabinet ne s’attendaient à une déclaration si péremptoire. L’irritation des partisans de la réforme fut extrême et se répandit rapidement parmi le peuple. Le roi Guillaume IY devait aller dîner le 9 novembre dans la Cité. On annonça de toutes parts que des démonstrations violentes éclateraient, que le duc de Wellington serait gravement insulté, peutêtre menacé ; on s’inquiéta pour la sûreté du roi luimême. Les événements de Paris enflammaient ou
CHUTE L)U CABINET TORY (16 kovj>mbkk 1B30,. alarmaient encore les esprits ; la fermentation populaire et le trouble du pouvoir croissaient d’heure en heure. Le cabinet chancelant no voulut pas accepter la responsabilité de la sédition ni de la répression que la promenade royale à travers les rues pouvait entraîner. Une proclamation annonça la veille qu’elle n’aurait pas lieu, non plus que le dîner de la Cité. Pendant deux jours, les deux chambres retentirent à ce sujet d’interpellations, d’explications et de débats. Le duc de Wellington se défendit avec quelque embarras ; M. Peel le soutint loyalement, en essayant d’ouvrir quelques perspectives de conciliation ; mais les whigs, qui touchaient à la victoire, n’avaient garde de souffrir qu’elle fût ajournée. Le lo novembre, une proposition du chancelier de l’échiquier, pour la liste civile du nouveau règne, fut rejetée par 233 suffrages contre 20 1, et le lendemain 10, le duc de Wellington et M. Peel annoncèrent dans les deux chambres que le cabinet se retirait, et que le roi avait chargé lord Grey de former une administration.
Dans le public et parmi les vainqueurs cux-mèmes, plusieurs auraient voulu séparer M. Peel des vaincus et le gagner à la cause de la réforme. Il n’y était pas, disait-on, absolument contraire; le duc de Wellington l’entraînait dans son égoïste entêtement, et la haine des ultra-torys ne lui pardonnait pas l’émancipation des catholiques. .M. Peel repoussa toutes ces insinuations, et tomba sans hésiter avec ses collègues. Il ne se taisait pus ce [tendant sur les causes de
SIK KObEKl PKEL.
leur chute, et se préparait A ne se conduire désormais que selon sa propre pensée et pour le grand avenir qui lui était depuis si longtemps prédit : « Depuis un an, disait-il le lendemain même de sa retraite, le gouvernement trébuche et ne marche pas. Nous nous sommes aliéné les torys sans nous concilier les whigs. La chute du cabinet était infaillible. Le duc, par sa déclaration contre toute réforme, a accéléré la catastrophe. Le chef de l’administration ne doit jamais laisser pénétrer ses secrets. On peut tout faire, mais on ne peut pas tout dire. Supposez qu’un ministère soit opposé à toute réduction de taxes ; on peut agir sur ce principe et ne point réduire les taxes ; mais qu’on le dise formellement une seule fois, le cabinet est renversé. Pour moi, ma conduite est tracée : je ne suis l’ennemi que des radicaux. Le gouvernement l’est également ; en cela, je le soutiendrai. Pour le reste, j’attends la profession de foi politique des ministres; je saurai alors si je leur suis, ou non, opposé. »
Il ne tarda guère à le savoir. Proposé le 1er mars 1831 par lord John Russell, le bill de réforme parlementaire, à travers de laborieuses complications et de violents orages, absorba pendant dix-sept mois, jusqu’à l’adoption définitive en août 1832, l’attention passionnée du public comme des chambres, et du-
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