‹ Sir Robert PeelChapitre 24 sur 67 · SON SECOND MINISTÈRE · texte numérisé non relu

SON SECOND MINISTÈRE

pense de la conduite que je tiens. » Les whigs n’avaient garde de soumettre à la Chambre une telle question ; ils savaient trop quelle serait sa réponse; Le Parlement fut prorogé sans que sir Robert eût exposé ses plans. La session se rouvrit , le 3 février 1842, avec un mouvement et un éclat inaccoutumés. La reine venait d’accoucher du prince de Galles ; un vif sentiment monarchique animait le pays et les chambres ; elles votèrent au prince Albert, comme à la reine elle-même, des adresses de félicitation affectueuse. Le roi de Prusse, le premier des souverains protestants du continent, l’ancien et naturel allié de l’Angleterre, était venu à Londres comme parrain du jeune prince. Il assistaità la séance royale. Quoique fortuits et passagers, les incidents heureux, les élans de joie publique profitent au pouvoir qui les voit naître. Après un débatde pure forme, les adresses en réponse au discours du trône furent votées, dans l’une et l’autre chambres, sans aucun dissentiment. Elles annonçaient que des mesures seraient incessamment proposées pour le rétablissement de l’équilibre entre les dépenses et les revenus de l’État, pour la révision du tarif des douanes, des lois sur les grains, sur les banqueroutes, sur l’enregistrement des listes d’électeurs, sur la juridiction des cours ecclésiastiques, et pour apporter à la détresse de certains distrits manufacturiers tout le soulagement qu’on pouvait attendre de la législation. Toute hésitation et toute lenteur cessèrent en effet dans la marche du cabinet ; il mit immédiatement

SI H ROBERT PKEL

les chambres à l’œuvre, et pendant plus de six mois, du 3 février au 12 août 1842, sir Robert Peel fut constamment sur la brèche, soit pour exposer et discuter ses plans sur les grandes questions à l’ordre du jour, soit pour faire face à toutes les attaques de l’opposition et à tous les incidents du gouvernement.

Le moyen qu’il adopta pour remettre l’équilibre

dans les finances de l’Etat, l’établissement d’une taxe

( iricome-tax) sur tous les revenus fonciers, mobiliers ou professionnels au-dessus de 150 liv. sterl. ( 3,750 fr. ), rencontra une forte opposition, et n’a pas cessé d’être, surtout en France, parmi les économistes et les financiers, l’objet de critiques aussi vives que les inquiétudes qui les inspirent. Dans un temps aussi enclin que le nôtre aux passions démocratiques, je devrais plutôt dire aussi craintif devant leurs prétentions ou leurs attaques, un impôt qui ne frappe que les classes riclies, et n’excite ainsi point d’effervescence populaire, est trop tentant pour qu’on n’en redoute pas l’abus. L’assiette de la taxe sur les revenus est de plus évidemment sujette à une incertitude, à une inquisition, à un arbitraire, à des fraudes qui la rendent particulièrement suspecte et désagréable. Ces objections sont moins fortes en Angleterre qu’elles ne seraient ailleurs. Il y a là, dans toutes les carrières où s’exerce l’activité humaine, beaucoup plus de grandes fortunes faciles à connaître et à atteindre. Les garanties de légalité, de liberté, de publicité, je dirai même de moralité dans les rapports des citoyens avec l’Etat, y sont plus

ÉTABLIT L’IMPOT SUR LES REVENUS (1842). NO s lires et plus efficaces. D’ailleurs la taxe sur les revenus n’y était pas nouvelle; M. Pitt l’avait proposée et fait voter en 1798 au taux de 10 pour 100; sir Robert Peel ne demandait que 3 pour 100. Fl tint absolument à sa demande; c’était à ses yeux une question d’honneur national aussi bien que de prudence administrative : « J’ai acquitté mon devoir comme ministre de Sa Majesté, dit-il en terminant l'exposé de son plan ; j’ai proposé, avec tout le poids du gouvernement, ce que je crois nécessaire pour le bien public. Je vous laisse maintenant à accomplir le devoir qui vous est propre , le devoir d’examiner mûrement et d’accepter ou de rejeter définitivement les mesures que je vous propose. Nous vivons dan» une ère solennelle pour les sociétés humaines. C’est la pente naturelle des hommes d’exagérer la grandeur des crises qui les frappent et des événements auxquels ils assistent. Pourtant on ne saurait nier, je crois, que l’époque où la Providence nous a placés, nous et nos pères, l’époque qui s’est écoulée depuis la première explosion de la première révolution française, ne soit l’une des périodes les plus mémorables de l’histoire du monde. La conduite que l’Angleterre a tenue durant ce temps attirera les regards, et, j’en ai la confiance, l’admiration de la postérité. Cette période se divise en deux parts presque égales : vingt-cinq ans d’une lutte continue, la plus redoutable où se soient jamais engagées les forces d’un peuple, et vingt-cinq ans d’une profonde paix européenne, rare fortune dont la plupart d’entre nous out

joui, et, que nous avons due aux sacrifices accomplis pendant les années de guerre. I n temps viendra où d’innombrables millions d’hommes nés de notre sang, mis par notre vaste colonisation en possession d’une grande partie de notre globe , vivant sous des institutions issues des nôtres, parlant notre langue, un temps viendra, dis-je, où ces innombrables millions d’hommes se rappelleront avec orgueil les exemples de courage et de constance qu’ont donnés nos pères pendant la terrible époque de la guerre... On comparera leur conduite avec celle que nous aurons tenue nous-mêmes jwndant les années de la paix. Je m’adresse aujourd’hui à vous, au sein de fcette paix qui dure depuis vingt-cinq ans ; je vous expose les difficultés et les charges financières qui pèsent sur vous. J’ai l’espérance, la ferme confiance que, fidèles à l’exemple de vos pères, vous regarderez ces difficultés en face, et que vous ne refuserez pas de faire des sacrifices pareils à ceux qu'ils ont faits pour maintenir le crédit public. Pensez-y bien ; ceci n’est pas une difficulté accidentelle : il y a, dans les hautes classes de la société, de grands progrès de jouissance et de bien-être, de prospérité et de richesse ; au milieu de ces progrès existe un mal grave, un désordre dans les finances de l’Ktat qui a été croissant depuis sept ans, et en face duquel vous vous trouvez aujourd’hui. Si vous avez, comme je crois que vous l’avez, le courage et la constance de ceux qui vous ont été donnés en exemple, vous ne consentirez pas i\ rester les bras croisés, regardant ce

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