‹ Sir Robert PeelChapitre 27 sur 67 · LES LOIS SCR L'IMPORTAT ION DES GRAINS · texte numérisé non relu

LES LOIS SCR L'IMPORTAT ION DES GRAINS

modérés, aussi calmes qu’on pouvait le désirer. Quelque fermentation a pu paraître çà et là, quelques tentatives ont pu être faites pour enflammer le peuple; mais, je dois en convenir, l’attitude et la conduite du gros de cette nation, notamment des classes les plus frappées par la détresse commerciale , leur donnent droit à la sympathie et au respect. Aucun obstacle violent n’entravera la solution de la question ; elle est pleinement dans le domaine de la loi. J’ai la confiance qu’acceptée, ou non, tout entière et telle qu’elle est, la proposition que j’ai l’honneur de soumettre à la chambre aura pour effet d’amener quelque arrangement satisfaisant et définitif. » C’était trop espérer et de la sagesse générale des hommes et de sa 'propre sagesse ; quoique adoptées sans amendements et à de fortes majorités, les propositions de sir Robert Peel, loin d’amener pour cette grande question un arrangement satisfaisant et définitif, ne furent qu’un nouveau pas dans la lutte. Dès qu’il eut manifesté l’intention de réduire les droits protecteurs de l’échelle mobile, une scission commença dans son parti et jusque dans son cabinet; le duc de Buckingham, qu’il y avait appelé comme le plus dévoué représentant des intérêts agricoles, se retira, et dans la chambre des Communes 10 1 conservateurs votèrent pour l’amendement qui réclamait des droits plus élevés que ceux de la proposition ministérielle. M. Villiers et M. Cobden réunirent 90 voix en faveur de la complète abolition des lois sur les céréales. Le système du droit fixe, soutenu par les

whigs, rallia 226 suffrages contre 349, fidèles à celui de l’échelle mobile. Quelque complète que fût pour le gouvernement la victoire, ce n’étaient pas là, surtout à l’entrée de la carrière , des oppositions ni des symptômes d’avenir à dédaigner. Au terme de la session de 1842, l’avant- veille de la prorogation du Parlement, lord Palinerston se chargea de mettre en lumière cette situation et d’en faire éclater, sous les pas du cabinet victorieux, les embarras et les périls : « Certainement, dit-il, le jour où nous sommes sortis des affaires et où nos adversaires ont pris le pouvoir, ce jour a été, pour le parti tory, un jour d’exultation et de triomphe. C’était certainement un jour qui leur assurait, pour de longues années, le maintien de ce système de monopole et de droits restrictifs auquel ils étaient attachés, et qu’ils jugeaient bon pour l’intérêt public comme pour leur propre intérêt ; mais, ô vanité de la sagesse humaine ! Que la vue des hommes les plus sagaces est courte ! Avant que peu de mois se fussent écoulés, les chants de triomphe des torys se sont changés en cris de lamentation. Les hommes qu’ils avaient choisis comme leurs plus fermes champions, les défenseurs qu’il avaient armés pour leur cause, ceux-là même ont tourné contre eux leurs armes, et leur ont porté sans pitié des coups qui, s’ils ne sont pas mortels aujourd’hui, amèneront infailliblement bientôt la ruine complète du système favori des torys. Grand a été leur désappointement et amères leurs plaintes. Nous ne les avons pas beaucoup entendues dans cette chambre , et pour cause ;

LES LOIS SUR L'IMPORTATION DES GRAINS (1842'. 101 mais dans toutes les autres maisons de Londres, dans tous les clubs, dans toutes les rues ont retenti les colères de ces pauvres gens se disant victimes de la plus cruelle déception. Il est vrai qu’ils ont été cruellement déçus ; mais par qui? Ce n’est point par l’honorable baronet dont ils ont fait leur cbef, c’est par euxmêmes ; c’est à eux-mêmes qu’ils doivent s’en prendre du mécompte que leur cause la conduite du gouvernement de Sa Majesté. Pourquoi, pendant les dix longues années qu’ils ont passées marchant à la suite de leurs chefs dans l’opposition, n’ont-ils pas pris la peine de s’assurer des opinions de ces chefs sur ces questions d’une importance à leurs yeux vitale?... Ce que sont réellement ces opinions, nous avons eu, dans la session actuelle, pleine liberté et occasion de l’apprendre ; elles nous ont été exposées sans détour, sans équivoque, et je dois dire que les plus zélés avocats de la liberté commerciale n’auraient pu manifester des doctrines plus libérales, des principes plus élevés et plus justes. Personne ne peut supposer que nos honorables adversaires aient hérité de nous ces principes en prenant nos places, ou qu’ils les aient trouvés enfermés dans les boites rouges dont

nous leur avons remis les clefs Encore moins

peut-on croire que ces opinions, ces doctrines aient été, pour les chefs tory s, le résultat d’études profondes auxquelles ils se sont livrés depuis leur entrée au pouvoir en septembre dernier ; nous savons par expérience ce que sont les labeurs obligés des ministres ; nous savons que le torrent des affaires roule sur

eux à toute heure do tous les jours, comme les flots de la Tamise, et les emporte irrésistiblement... Non, ce n’est pas entre le 3 septembre, jour de leur avènement, et le 3 lévrier, jour de l’ouverture de cette session, que les ministres de Sa Majesté ont eu le loisir d’étudier les ouvrages d’Adaiu Smith, de fticardo, de Mac Culloch, de Mill et de Senior; évidemment les idées qu’ils ont exprimées dans cette chambre étaient le fruit de longues études et d’anciennes méditations, d’études et de méditations poursuivies pendant ces dix années du loisir que permet l’opposition môme la plus active. Nos honorables adversaires sont arrivés au pouvoir imbus de ces excellents principes dont la manifestation, de leur part, a excité tant d’admiration de notre côté de la chambre, tant de surprise et d’alarmes sur d’autres

bancs Les mesures qu’ils nous ont proposées sont

loin sans doute de répondre aux besoins du pays, et à nos désirs, et aux principes mômes sur lesquels elles se fondent; mais il n’en est pas moins vrai que, depuis que nous avons un gouvernement tory, nous avons fait un grand pas dans la bonne voie, assez grand pour nous remplir d’espoir dans l’avenir, et pour nous décider à essayer de nous contenter, dans le présent, de ce que nous avons déjà obtenu. »

Peel ressentit vivement un coup si bien porté, et il le repoussa avec hauteur et rudesse envers ses adversaires, avec ménagement et douceur envers ses amis. Prenant sur-le-champ la parole après lord Palmorston : « Le noble lord, dit-il, devrait voir avec un peu

LES LOIS SUH L'IMPORTATION DES GRAINS (1842). 103 plus de tolérance les changements d’opinion : il a été, pendant vingt ans, le partisan zélé de Percerai, de Castlereagh, de Canning ; jusqu’en 1827, jusqu’à la mort de M. Canning, cet adversaire décidé et invariable de toute réforme parlementaire, le noble lord a fidèlement suivi et servi M. Canning. En 1830, à l’avénement du comte Grey, l’avocat décidé et invariable de la réforme, le noble lord a aussi fidèlement suivi et servi le comte Grey. Pendant la vie de M. Canning, n’avait-il donc rien vu dans les circonstances du temps, dans le progrès des événements, qui indiquât la nécessité prochaine de grands changements constitutionnels? N’avait -il rien observé qui lui apprit qu’il était prudent de devancer les demandes populaires et d’écarter, par des concessions opportunes et limitées, la nécessité d’inno-' vations dangereuses? Fallait-il absolument, pour amener et justifier son changement d’opinion, quelque grand coup soudain et imprévu, comme la révolution de 1830 en France? Je puis croire et je crois à la pureté de ses motifs ; mais je crois aussi que, de sa part, il y a mauvaise grâce à étaler tant d’intolérance et de violence contre les changements d’opinion dans l’esprit d’autrui 11 insinue que j’ai

trompé mes amis par l’étendue et l’importance des modifications que j’ai apportées dans les lois sur les grains; je suis accoutumé à entendre, de la part de ses amis à lui, un reproche tout contraire : ils disent que ces modifications ne sont ni étendues ni importantes, que la loi nouvelle ne vaut pas mieux que

l’ancienne, qu’il y a mécompte et déception, non pas pour les agriculteurs, mais pour le grand corps des consommateurs. Ces deux accusations ne peuvent être vraies l’une et l’autre ; au fait, ni l’une ni l’autre n’est vraie ; je n’ai trompé personne, je n’ai pratiqué dans le gouvernement point de principes que je n’eusse professés dans l’opposition. Que me disiezvous alors? Que mes partisans ne me soutenaient qu’à contre-cœur et sans conséquence, qu’ils blâmaient ma modération, mon penchant pour la liberté commerciale. Quand j’ai pris le pouvoir en 1835, n’ai-je pas fait une déclaration publique des principes d’après lesquels je voulais agir? En quoi m’en suis-je écarté en 1842?... Le noble lord dit que je n’ai pas pris ces principes dans les boites rouges des derniers ministres. Il n’a jamais rien dit de plus vrai. Le dernier cabinet n’a pas laissé la moindre trace de ses intentions en fait de liberté commerciale et d’abaissement des tarifs ; elles ont pu être excellentes, mais nous n’en ayons rien découvert. . . Ce n’est qu’au jour même de votre chute, comme des pénitents consternés, que vous vous êtes souvenus des principes que aviez oubliés ou négligés aux jours de votre force ; et vous avez discrédité ces principes mêmes en essayant de les faire servir, non pas au bien public , mais au salut d’une administration en ruine... Le noble lord explique l’inaction du cabinet dans ses dernières années par un argument qu’il croit triomphant : ils n’étaient pas, dit-il, assez forts, ses collègues et lui, pour faire prévaloir leurs principes; ils

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