LIGUE CONTRE LES LOIS DES GRAINS {1838-1842}. III
commerciale. Des relations s’établirent entre eux et le comité de Manchester ; des réunions se tinrent, où le but et les principes de l’association, ses conditions et ses moyens de succès, furent débattus et proclamés dans une sphère plus élevée et plus étendue que celle où elle avait pris naissance. Dans une de ces réunions, M. Cobden venait de décrire l’organisation de la ligue hanséatique et d’autres confédérations analogues formées dans le moyen âge pour résister à l’oppression des puissances du temps et protéger les classes laborieuses : « Pourquoi ne formerions-nous pas aussi une ligue? s’écria un des assistants. — Oui, reprit M. Cobden, une ligue contre la loi des grains. » L’adhésion fut générale et vive ; elle se répandit rapidement au dehors, partout où le mouvement venu de Manchester avait pénétré, et l’association qui déclarait la guerre à la loi des grains eut dès lors un nom éclatant, un chef populaire, de l’unité et de la grandeur.
La ligue rencontra dès ses premiers pas un dangereux écueil ; avant elle s’était formée une autre association bien autrement ambitieuse, celle des chtirtistes, qui n’aspiraient à rien moins qu’à changer, n’importe à quel prix, l’état civil comme l’état politique de l’Angleterre, sa société comme sa constitution ; révolutionnaires aussi étourdis qu’arrogants, tjui, entre autres fautes capitales, commettaient celle de copier en paroles des révolutions étrangères. C’était la prétention des chartistes de dominer dans toutes les assemblées populaires, et d’y faire d’abord
.118 ii. SIR ROBERT PEEL.
proclamer leurs principes et leurs projets. Ils avaient naguère, dans un grand meeting tenu à Leeds, violemment rompu avec les radicaux, qui ne voulaient pas réclamer absolument et sans transaction le suffrage universel ; ils repoussèrent avec la même violence la ligue pour la liberté commerciale, qui tenait à se renfermer dans son modeste dessein ; ils se refusèrent avec elle à toute entente ainsi limitée, portèrent le trouble dans ses réunions, et finirent par jeter les manufacturiers, ses chefs, dans la plus cruelle perplexité, en donnant aux ouvriers le conseil de quitter les ateliers et de cesser tout travail , assurés, disaient-ils , que , lorsque toute source de production et de revenu serait ainsi tarie, le gouvernement serait contraint de capituler et de se soumettre aux conditions que les classes ouvrières voudraient lui dicter. Un tel conseil devait trouver aisément crédit dans les districts manufacturiers que désolait la détresse. Tout travail y cessa en effet ; les ouvriers oisifs se promenèrent, en masses bruyantes, dans les rues et aux environs des villes, commettant çà et là des désordres graves sur le lieu même, mais peu menaçants en général. Par calcul comme par instinct, la ligue contre la loi des grains demeura étrangère à ce mouvement, qui compromettait à la fois et les intérêts actuels de ses chefs et le but lointain qu’ils poursuivaient. On essaya bien d’en rejeter sur eux la responsabilité, au moins indirecte ; et probablement les prétextes ne manquaient pas à ce reproche, car dans les grandes agitations publiques